10/04/2006

09/04/2006: Jénine : commémoration d'un massacre

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Sent: Sunday, April 09, 2006 7:09 PM
Subject: Jénine : il y a quatre ans : le massacre

 
Jénine : commémoration d'un massacre
Il y a quatre ans, au mois d'avril 2002, les troupes de l'occupation sioniste commettaient un massacre dans le camp de Jénine. Les dirigeants sionistes sont hantés par les camps de réfugiés palestiniens. Les camps leur rappellent leur histoire coloniale, car ils sont peuplés de tous ceux qui ont dû fuir les massacres commis en 1947-48, pendant la création de l'Etat d'Israël. Au lieu de comprendre enfin cette réalité, que le peuple palestinien est indéracinable, que rien, ni les armes les plus sophistiquées, ni les avions supersoniques, ni le fait d'être la quatrième puissance militaire au monde, ne peuvent vaincre sa volonté de retour au pays ou sa volonté de vivre libre sur sa terre, les dirigeants sionistes commettent massacres après massacres : la fuite en avant de l'Etat d'Israël ne peut que précipiter sa chute.
En hommage à tous les martyrs tombés dans le camp de Jénine, à tous les prisonniers et blessés du camp de Jénine mais aussi à tous les martyrs, prisonniers et blessés de la résistance palestinienne,
CIREPAL présente ce troisième article traduit sur le massacre du camp de Jénine, une certaine semaine d'un mois d'avril, en 2002.
 
3 - Camp de Jénine : les souvenirs au servive de la détermination, de la résistance et de la volonté
Dès le début du mois d'avril, la population de la ville et du camp de Jénine se remémorent l'état dans lequel la ville et le camp furent laissés après le passage des forces de l'occupation et le massacre. Ils se remémorent ces instants d'héroïsme et de souffrance, qu'ils ont vécus tout au long de deux semaines, et qui représentent pour eux toute une vie. Les forces de l'occupation avaient utilisé tous les moyens de combat, les avions, les chars, les unités spéciales ainsi que les bulldozers pour détruire "la capitale des martyrs".
Malgré les conditions difficiles et les conséquences désastreuses du massacre, la population de Jénine commémore cette date qui fut l'expression de leur unité, de la force de leur détermination et leur disposition à résister.
 
Début de l'attaque...
Dès l'aube, à trois heures du matin, le 3 avril, les habitants du camp de Jénine sont réveillés par les obus tirés par les chars et fusées lancées par les avions. Dès les premiers instants, ils surent que l'attaque était différente des précédentes. Les forces de l'occupation avaient fermé toutes les issues, encerclant le camp pour empêcher tout mouvement. Elles bombardent les transformateurs électriques, les cables téléphoniques et le réseau d'alimentation en eau : Jénine est coupée du monde. La population se rassemble autour de la résistance, qui se bat contre les forces de l'occupation, dans un face à face trop inégal, dans les quartiers et les ruelles du camp. Les résistants refusent, malgré les pertes, de baisser les armes et de se rendre, même lorsque leurs munitions se raréfient, que le monde les abandonne et que le danger, le blocus et les bombardements s'intensifient, jour et nuit.
 
Destruction, rasage, bombardements, saccages...
La bataille de Jénine s'est caratérisée par l'unité de toutes les forces armées de la résistance, ce qui a lui valu reconnaissance et soutien populaires. Les habitants du camp ont affronté l'occupant : lorsque les soldats leur ont demandé de sortir dans les rues pour se rendre, ils ont refusé, ne voulant surtout pas que les soldats de l'occupation isolent les combattants, qui se sacrifiaient pour Jénine et son camp. C'est pourquoi l'armée israélienne a intensifié ses bombardements et ses destructions, ouvrant la voie aux unités terrestres, qui ont pu investir les maisons, situées à l'entrée du camp.
 
Les snipers ciblent les enfants...
Au même moment, les groupes de snipers, qui avaient occupé plusieurs maisons donnant sur le camp, avaient pour mission de tirer sur tout corps, petit ou grand, qui bougeait. La première cible victime fut l'enfant Mahmoud Umar Hawashin, 9 ans. Sa mère témoigne : "Mahmoud n'était ni un combattant, ni armé. Il était encore si petit... Ce qui est encore plus terrible, c'est qu'il est resté, baignant dans son sang, juste en face de nous. Nous n'avons pas pu l'emmener à l'hôpital. Lorsqu'ils ont commencé à détruire les maisons du quartier Hawashin, nous nous sommes enfuis, et il est resté, là... Quelle injustice ! Ils m'ont privé d'une part de moi-même, ils ont détruit notre maison et actuellement, je suis de nouveau en errance, et ma famille se trouve à Jénine".
 
Les martyrs
Avant même la fin du massacre, le nombre de martyrs était déjà très important. Plusieurs martyrs appartenaient aux mêmes familles. La famille al-Fayed a perdu les enfants Jamal et Muhammad. La famille Noubani a également donné deux martyrs, Shadi et Nidal. Issa al-Wishahi a perdu son épouse et son fils Mounir.
 
Les habitants du camp se rappelent comment les forces de l'occupation ont attaqué le camp avançant le prétexte que plusieurs opérations martyres avaient été lancées à partir de ce haut lieu de la résistance. Les Israéliens avaient non seulement encerclé le camp, mais ils avaient empêché les équipes médicales et les secours d'y entrer. Dr. Muhammad Abu Ghali, directeur de l'hôpital de Jénine raconte comment les troupes de l'occupation avaient encerclé l'hôpital, empêchant quiconque d'y entrer ou d'en sortir. Elles ont interdit aux ambulances de se mettre en route et arrêté les blessés, lorsque certaines équipes médicales trouvaient le moyen de les amener. Il rappelle comment l'hôpital avait reçu des milliers d'appels au secours, du camp, mais les forces de l'occupation avaient interdit tout mouvement. De nombreux blessés trouvèrent la mort, faute de soins, et les corps sont restés dans les rues et les maisons. Malgré l'intervention de la Croix Rouge Internationale, des Nations-Unies et d'autres instances internationales, les forces israéliennes avaient refusé l'accès au camp, même aux journalistes.
 
L'encerclement du camp et l'interdiction d'y entrer signifiée à tous les organismes internationaux et aux médias, avaient suscité la crainte et l'inquiétude au sein de la population palestinienne, mais aussi dans la communauté internationale, qui commençait à réclamer l'arrêt de l'attaque. Dans le camp, les soldats israéliens poursuivaient les destructions et la mort. Ils ont occupé les mosquées et les écoles, pour les transformer en centres d'interrogatoire. Les civils commençaient à manquer de nourriture et d'eau.
Puis, les unités spéciales de l'occupation sont arrivées. Les premières troupes n'avaient pas réussi à mettre fin à la résistance. Les unités spéciales se lancent dans la bataille, en détruisant les maisons, sur leurs habitants, pour obliger la population à s'en aller. Beaucoup de familles furent obligées de quitter le camp et de lever le drapeau blanc, en direction de la ville de Jénine, de Burqin et des villages situés à l'ouest. Tous les hommes furent arrêtés et transférés au camp de Salem. Ils furent interrogés. Des centaines d'entre eux furent gardés jusqu'à la fin de la campagne de terreur.
 
Des cadavres dans les rues
Contraints de partir, les habitants du camp ont aperçu des scènes épouvantables, difficiles à supporter. Ils ont indiqué que les soldats obligeaient les jeunes gens à se dévêtir devant les femmes, ils furent emmenés, nus, dans les rues, vers les centres de détention. Là, ils ont aperçu des cadavres qui jonchaient la place, de nombreux cadavres.
Muhammad Abu Ghali, directeur de l'hôpital, dit : "les forces de l'occupation israélienne nous ont empêchés d'enlever les cadavres des victimes. Ils nous ont autorisé à le faire, une seule fois, pendant le massacre. Nous avons enlevé les cadavres que nous avons enterrés dans la place de l'hôpital", tout en indiquant que plus tard, lorsqu'il a pu rentrer dans le camp, avec les équipes médicales, ils découvrirent des cadavres ensevelis sous les décombres des maisons, détruites sur leurs habitants.
 
Une commission d'enquête internationale
Le 20 avril 2002, le conseil de sécurité de l'ONU vote la résolution 1405, qui conseille l'envoie d'une commission ayant pour mission d'enquêter à propos des informations faisant état de crimes de guerre à Jénine. C'est suite à l'intérêt et l'appel lancé par la Croix Rouge internationale, le Croissant Rouge palestinien et d'autres organisations non gouvernementales que le conseil de sécurité adopte cette résolution. L'appel dénonce la violation par Israël des conventions de Genève. Mais le premier mai, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Anan, déclare que la mission de la commission n'a plus lieu d'être, devant le refus israélien de collaborer. Deux jours plus tard, Human Rights Watch publie un rapporté dénonçant Israël d'avoir commis des crimes de guerre et appelle la communauté internationale à enquêter auprès des responsables de ce massacre.
La diplomatie internationale n'a plus de voix. Le monde entier assiste à la mainmise israélienne sur les Etats occidentaux, qui prétendent défendre les droits de l'homme. Anan, le premier août, publie un communiqué mettant les deux parties, israélienne et palestinienne, en cause, les rendant responsables de ce qui s'est passé à Jénine. C'est la déclaration la plus ridicule, la plus injuste qui soit, à tel point que Human Rights Watch répond au secrétaire général de l'ONU, insistant sur le fait que les Israéliens ont commis des crimes de guerre à Jénine, et que les Nations-Unies ne pouvaient pas en être fières, en masquant les faits.
Les gouvernements occidentaux savent parfaitement ce qui s'est passé à Jénine. Les médias ont transmis ce qu'ils ont vu, lorsqu'ils furent autorisés à entrer. Bien que l'armée israélienne ait voulu cacher ses crimes, sous les décombres des maisons détruites sur leurs habitants, le camp de Jénine a cependant livré assez de scènes pour comprendre.
Les observateurs ont réussi à voir certaines traces, en passant dans les mosquées, où des restes des corps étaient encore visibles, dans les maisons dont les murs et les meubles ont témoigné des crimes qui s'y sont déroulés. Les témoins encore vivants ont parlé, les yeux des enfants et des vieillards ont tout raconté : les ambulances interdites de circuler pour transporter les blessés, les tirs sur les équipes de secours, l'interdiction d'enterrer les martyrs, jusqu'à la décomposition des corps. Les tombes collectives, et la terre qui se referme sur les martyrs.
Malgré cela, ce qu'on appelle la communauté internationale n'a rien vu, n'a rien entendu... Aucun gouvernement occidental n'a protesté, n'a dénoncé ce massacre, n'a voulu sanctionner ceux qui l'ont commis.
Ils ont cru que nous allons oublier...
 
Traduction

Centre d'Information sur la Résistance en Palestine

20:32 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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