17/04/2006

15/04/2006: Gaza Airport : l’aéroport sans avions

 

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Gaza Airport : l’aéroport sans avions
Chris McGreal


« L’assistance humanitaire peut permettre aux bouches de se nourrir, mais elle ne peut financer tout un système de Santé ou d’Education sur lesquels les citoyens pourraient compter. Du seul fait de l’arrêt des versements à l’Autorité palestinienne, les gens vont souffrir. » 

Tawfiq Musmar prend sa place derrière le bureau des bagages perdus à l’aéroport international de Gaza chaque matin, il vérifie si tout est en règle sur le manège des bagages avant d’aller passer une grande partie de la journée à baratiner les hôtesses « au sol » aux comptoirs des enregistrements.

Pas le moindre vol à s’être posé ici depuis que les bulldozers de l’armée israélienne ont déchiré la piste en 2001, au début du soulèvement palestinien, et Mr Musmar se demande combien de temps encore il va être payé à ne rien faire. « Il y avait beaucoup de vols vers les capitales arabes, et même Moscou » dit-il. « Maintenant, nous sommes toujours payés mais nous ne faisons pas un vrai travail. Peut-être que maintenant, les emplois vont disparaître, comme les avions ».

Depuis 5 ans, les personnels de l’aéroport de Gaza perçoivent leurs salaires de l’Autorité palestinienne, pas parce qu’ils les ont gagnés mais parce que beaucoup de personnes dépendent de cet argent pour survivre.

Mr Musmar, 43 ans, gagne 250 livres par mois avec lesquelles il fait vivre ses parents et ses enfants. Au bureau d’enregistrement, Reem Nisreen est payée 140 livres par mois qui paient le loyer et la nourriture pour son mari au chômage, ses deux enfants et les membres de sa famille très nombreuse.

Les salaires de chacun des 152 000 salariés de l’Autorité palestinienne sont assurés en partie par l’aide étrangère pour un milliard de dollars (573 millions de livres) par an. Les pays donateurs européens et américains ont accepté il y a bien longtemps de financer les salaires des vrais emplois, tels les personnels de santé, de l’enseignement, et également ceux de ces emplois fictifs de survie. Ces salaires sont devenus une partie cruciale d’une économie qui s’est réduite d’un tiers avec l’Intifada.

Washington d’abord, puis Bruxelles cette semaine, ont gelé les aides à l’Autorité palestinienne après l’arrivée du pouvoir du Hamas ; la dépendance de l’économie toute entière aux aumônes occidentales a ainsi été mise en relief. La question pour l’UE et les USA est comment continuer les versements des salaires sans que ce soit une aide à une administration terroriste. De son côté, le nouveau gouvernement du Hamas se bat pour trouver 120 millions de dollars pour les salaires qui devraient être versés au début du mois, après avoir hérité d’une crise financière profonde de l’administration précédente.

Les territoires les plus pauvres

Les donateurs étrangers disent qu’ils ne laisseront pas les Palestiniens mourir de faim, mais Dov Weisglass, un conseiller du Premier ministre israélien, a indiqué qu’Israël avait décidé de conserver les revenus fiscaux dus à l’Autorité palestinienne pour « mettre les Palestiniens à la diète ». Et il n’y aura pas d’argent étranger avant que le Hamas reconnaisse Israël et renonce formellement à la violence.

Les Nations unies estiment qu’un salaire de l’Autorité palestinienne permet à 7 personnes de vivre ; il y a plus d’un million de salaires versés au total, soit à un résident sur quatre des Territoires occupés. « Les salaires de l’AP représentent l’élément le plus important de l’économie palestinienne, le reste de l’économie ayant tellement décliné » dit David Shearer, directeur du bureau d’assistance humanitaire des Nations unies. « En plus, le paiement des salaires est vital pour les territoires les plus pauvres de la Cisjordanie et de Gaza. A Gaza, 37 % des salariés travaillent pour l’AP. »

Presque la moitié des employés de l’Autorité palestinienne travaillent dans les différents services de sécurité. Pour Mr Shearer, ceci débouche sur le risque qu’environ 73 000 agents possédant des armes ne cherchent de l’argent de différentes manières. « S’ils devaient ne pas être payés, nous serions vraiment inquiets ; certes, il y a un grand nombre d’agents honnêtes et professionnels, mais il y en a aussi une grande partie qui ne le sont pas, et qui sont armés. Ce que nous craignons, c’est une augmentation de l’insécurité et de la criminalité, et l’usage des armes pour obtenir du travail ».

Parmi ceux qui se demandent combien de temps encore l’argent sera versé, il y a Amjad Yusuf, 20 ans, officier de police, qui a servi pendant trois ans. Ses 1 540 shekels (192 livres) mensuels sont les ressources de 10 personnes. Près de la moitié servent à payer le loyer et il y a deux mois de retard. Il n’a pas été payé pendant trois mois. « Nous avons tous peur, pas seulement moi, tous, dans les forces de sécurité. Personne ne nous a dit quoi que ce soit, mais nous sommes inquiets de savoir d’où viendra l’argent ».

Les diplomates ne pensent pas que les donateurs vont laisser l’Autorité palestinienne s’effondrer, il y a trop d’argent d’investi dans la création, comme dans les étapes, d’un Etat palestinien. L’UE et les USA disent qu’ils vont continuer à financer les besoins humanitaires de bases, tels que l’eau, la nourriture, l’éducation, sans qu’il y ait de contact avec les ministres du gouvernement palestinien. Mais il leur faut encore trouver le moyen de payer les 39 000 personnes qui travaillent dans l’Education, les 11 000 dans la Santé, aussi bien que pour laisser ouverts les hôpitaux et les écoles qui dépendent complètement des aides.

Le ministère de la Santé palestinien dépend de l’argent étranger pour environ la moitié de son budget. Juma’a al-Saqa, directeur de l’hôpital Shifa à Gaza-ville, indique que sans cet argent, il ne peut y avoir ni personnels, ni médicaments, ni opérations. « Shifa dépend des aides. Nous ne pourrions continuer à fonctionner sans elles. Elles paient les médicaments, les instruments, les fournitures médicales. Elles paient aussi les salaires ». L’hôpital emploie environ 1 400 salariés, dont des infirmières qui gagnent 200 à 350 livres par mois, payés par l’Autorité palestinienne. Mr Shearer dit que les cliniques et les hôpitaux, remplis, doivent rester opérationnels.

Acheminement des aides

L’Union européenne recherche différents moyens, dont un acheminement par le biais de quelques gouvernements arabes, ou l’ouverture d’un établissement lié à la Banque mondiale. Le gouvernement britannique a testé la bonne volonté d’associations caritatives du Royaume uni pour assurer la livraison d’aides dans les territoires où l’UE ne peut plus travailler.

Les Nations unies ont prévenu que les organismes des aides étrangères ne pourraient pas couvrir les manques, et s’il y avait un déficit, la loi internationale imposerait à Israël, en tant que puissante occupante, de fournir les services de base aux Palestiniens.

« L’assistance humanitaire peut permettre aux bouches de se nourrir » dit Mr Shearer, « mais elle ne peut financer tout un système de Santé ou d’Education sur lesquels les citoyens pourraient compter. Du seul fait de l’arrêt des versements à l’Autorité palestinienne, les gens vont souffrir. »

Chris McGreal
Jeudi 13 avril 2006 - article du Guardian.co.uk - http://www.imemc.org/content/view/1...
Traduction : JPP


 Source : CCIPPP
 http://www.protection-palestine.org/article.php3?id_article=2515


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15:37 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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