24/05/2006

23/05/2006: Belgique: BAHAR KIMYONGÜR PIÉGÉ, NOS LIBERTÉS EN DANGER.

 
 
 
 
----- Original Message -----
Sent: Tuesday, May 23, 2006 5:02 PM
Subject: TR: Belgique: BAHAR KIMYONGÜR PIÉGÉ, NOS LIBERTÉS EN DANGER.

 

 Pour information,

Amicalement,

Annie Lacroix-Riz

 


De : Annie Lacroix-Riz [mailto:annie.lacroix-riz@wanadoo.fr]
Envoyé : mardi 23 mai 2006 16:50
À : ''redaction@lecanardenchaine.fr'
Objet : TR: Belgique: BAHAR KIMYONGÜR PIÉGÉ, NOS LIBERTÉS EN DANGER.

 

Voilà ce qui a été publié dans Le Soir, principal journal de Bruxelles vendredi 16 mai, pour venir au secours de « Bahar Kimyongür, ressortissant belge », membre d’une organisation d’opposition au régime politique turc. C’est évidemment au contenu de cet appel, concernant toute personne soucieuse des « Droits de l'Homme », qu’il faut d'abord s’attacher.

 

Cette défense d’une victime muée en dangereux « terroriste » incite aussi à réfléchir à un autre aspect de la présentation courante des vaincus d’aujourd'hui. Un épisode, certes moins vital pour sa victime, Peter Handke, coupable du scandale d’avoir assisté aux obsèques de Milosevic (qualifié par la presse française quasi unanime de grand criminel de guerre et de mégalomane de la « grande Serbie ») et puni pour ce crime du retrait immédiat d’une de ses pièces, prévue à l’affiche de la Comédie française, n’a pas donné lieu à intervention universitaire de ce genre. Libération a publié le 3 mai une protestation de l’écrivain(e) prix Nobel, Elfriede Jelinek, accompagnée de celle de plusieurs artistes et écrivains, outrés de pareille censure digne du « temps des dictatures » et convaincus que celle-ci dessert les « victimes du régime de Milosevic » ‑‑ dernière vérité naturellement indiscutable. Le maximum d’audace manifesté (publié dans la grande presse) consiste donc à revendiquer les éventuels mérites d’Handke en tant qu’auteur littéraire, et à les dissocier soigneusement de ses honteuses sympathies politiques pour le « Boucher des Balkans", selon l’élégante formule de Ruth Valentini, dans le Nouvel Observateur du 6 avril. Un journal allemand, la Frankfurter Rundschau, a, le 21 mars 2006, dénoncé « notre Céline » (je pensais Handke toujours autrichien : la langue allemande d’Autriche donne-t-elle, comme entre 1926 et 1938, officieusement droit à la nationalité allemande? L’Anschluss a-t-il été proclamé? (cf. mon ouvrage Le Vatican, l’Europe et le Reich, Paris, Armand Colin, 2006, chapitres 4 et 8) : Ina Hartwig, tout en disculpant Handke d’antisémitisme, daube pour son « dédoublement de la personnalité » qui calquerait celui, présumé, du défunt dirigeant politique yougoslave.

D'une part, les journalistes français et allemands pourraient consulter le travail de leur consœur américaine, Diana Johstone (« La croisade des fous », Pantin, Le temps des cerises, 2005) et de leur confrère belge, Michel Collon (divers dont « Poker menteur. Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres », Bruxelles, EPO, 1998), travaux fort documentés. Ce leur serait un moyen de se demander si la serbophobie ne les aveugle pas depuis 1990 autant que la tchécophobie en 1938 : la grande presse française a passé presque tout l’an 1938, avant et après la nuit du 29 au 30 septembre des « accords de Munich », à seriner à la population que « l’entêtement » de ce crétin de Bénès, bourreau des pauvres Allemands des Sudètes, était la cause majeure des malheurs de la Tchécoslovaquie (mon ouvrage Le choix de la défaite, chapitres 8-9). Ce n'est pas à la grande presse « gleichshaltée » (adjectif synonyme en l'occurrence de nazifiée dont usa le grand journaliste britannique Alexander Werth) mentant à ses lecteurs que l’histoire a décerné le prix de la vérité historique. C’est pourtant elle, et elle quasiment seule, qui a eu le droit d’« informer » les Français avant la catastrophe de 1940.

D'autre part, les accusations proférées contre une personnalité fort honorable méritent arrêt. Entre Handke, inquiet de la destruction de la Yougoslavie (très dommageable pour la France même, comme peut l’affirmer tout historien connaissant les Balkans) et contraint aujourd'hui à des explications et justifications qui ne déshonorent que la meute qui le harcèle, et Céline, cet infâme antisémite, la comparaison est ignominieuse. Les activités éditoriales de ce médecin et homme de lettres que les dernières décennies ont hissé au rang d’écrivain du 20e siècle sont rapportées notamment dans les dossiers « Éditions Denoël », lesquelles l’enrichirent (et s’enrichirent) des publications et rééditions de ses injures antisémites (« Mort à crédit, L’école des cadavres, Les beaux draps, […] rééditions de titres parus en 1936 et 1938 »,  Guignol’s Band et Bagatelles pour un massacre (série F 12, vol. 9640, éditions, Archives nationales, et dossier de même titre, GA, D 13, APP).

Céline, antisémite notoire des années trente publié par l’éditeur ci-dessus, fut sous l'Occupation « membre du Cercle européen n° 26 bis, radié le 15 mai 1943 » (prudemment et tardivement); il fut même « membre du comité d’honneur » dudit Cercle, selon le rapport manuscrit de l’IPA Valentini, et des inspecteurs Bazier et Meyniel, Paris, 18 novembre 1944, PJ 32 Mouvements et partis collaborationnistes, APP (référence sur cette seule précision). « Collaborateur français pour le Bureau central des questions juives », il s’intéressa directement au sort des médecins juifs spoliés (il était lui-même médecin), et fut invité en 1942 par l’institut allemand de médecine à Berlin. Il était auprès des gredins les plus célèbres du temps l’un des « indicateurs pour les questions juives » de l’ambassade d'Allemagne en général  et d’Otto Abetz en particulier (rapport des RG, 18 juin 1947, GA, C 9, Louis-Ferdinand Céline,  archives de la Préfecture de police, plus loin APP). Un des interrogatoires français du chef nazi et SS Knochen « sur la question juive » est d’une précision diabolique, et j’en tiens les annotations à votre disposition : il en ressort notamment que le grand homme d’aujourd'hui fit dès 1941 partie du lot « présenté à Dannecker des Français désirant volontairement collaborer avec les services allemands, tels: Montandon, Darquier de Pellepoix, Puységur, Céline, Lesdain, etc. » (Interrogatoire B, 12 p, paginé 58-69 (joint à celui du 23 décembre 1946), par un commissaire divisionnaire (sans doute Marc Bergé), 4 janvier 1947, « Dossier 4, Knochen, direction générale de la sûreté nationale direction des RG, janvier 1947 », 3W, vol. 358, interrogatoire d’Allemands, Archives nationales). Laurent Joly, dans son dernier ouvrage, en a fourni un portrait semblable, également fondé sur des sources originales, « Vichy dans la solution finale, 1941-1944. Histoire du Commissariat général aux questions juives (1941-1944) », Paris, Grasset, 2006, index.

Céline qui, comme chacun le sait, a connu la rédemption par les lettres, a bénéficié, le 22 novembre 2001, des trésors d’indulgence de Claude Duneton, dans un article du Figaro littéraire rédigé à l'occasion d’un compte rendu du livre du Danois Ole Vinding (1908-1985), qui « a fréquenté Céline durant son exil à Korsoe de 1948 (sic) à 1951 » et fourni « un témoignage frais, un document insoupçonné qui dormait blotti dans la langue danois depuis 48 ans » sur cet innocent écrivain – victime... de Staline. Selon M. Duneton, auquel je conseille vivement la fréquentation des archives d’Occupation, « Céline ne joua aucun rôle officiel ni même actif dans la Collaboration […] Son dossier d’accusation était vide de tout acte de coopération effective qui eût mérité une sanction... Et si l’on parle de son antisémitisme, bien réel, il faut savoir que l’antisémitisme n’était pas, hélas, ce qui » manque une partie « les consciences, en France, par une effet de scandale humaniste à retardement. Au moment de la Libération, seul l’aspect “politique” exaspérait les passions. » Il impute donc toutes les misères du pauvre Céline à sa dénonciation « dès 1937 […] contre Joseph Staline et la dictature bolchevique en URSS, ce qui faisait de lui une sorte de Panaït Istrait aux grandes ailes, l’homme à abattre au sens concret de la rafale de mitraillette. […] Oui, ce qui avait motivé le départ, in extremis, et bien à contrecœur, de Céline pour l’exil, c’est que les inconditionnels du régime soviétique voulaient bel et bien lui faire passer l’arme à gauche, sans sommation ! Les sous-entendus ne sous-entendent rien : Céline s’était réfugié au Danemark parce que les staliniens voulaient lui faire la peau. » M. Duneton se trompe, et pas seulement sur les dates de l’ « exil » de Céline (selon le document du 18  juin 1947 déjà cité, ce dernier vivait alors librement au Danemark, qui refusait son extradition en la faisant justifier par sa presse : « plusieurs journaux danois ont reproché à la France de “fusiller trop facilement”. ») Le grand Céline fut, à en juger par les archives policières, diverses et recoupées, une des plus abominables canailles collaborationnistes de l’Occupation. Décidément, dans la boîte de Pandore de la disculpation des années 1933-1945, aucune arme n’aura été proscrite au nom de la lutte antibolchevique réelle, présumée ou prétendue. Céline est donc franchement moins coupable que le Handke d’aujourd'hui – et plus talentueux, ça va de soi.

 

Pour en revenir à l’objet initial, la chasse aux dissidents est admirablement répartie sur l’ensemble de l’Union européenne. La réplique des intellectuels à cette offensive « anti-terroriste », antibolchevique, parfois parée en anti-négationnisme, bénéficie cependant dans ses pays constitutifs d’un écho inégal. Nous devrions pouvoir, en France, selon la tradition, aisément postuler pour les premiers rangs du « dindonnage », selon l’expression d’un remarquable texte du 15 septembre 1938, issu d’un proche de l’État-major général (voir Le choix de la défaite, p. 17 et 560). Les intellectuels français ne sont pas aussi conformistes et indifférents qu’on nous le serine; ils ne disposent pratiquement plus, sauf quand ils se plient à l’air du temps, d’aucun écho dans les moyens d'information dominants – lesquels glosent en revanche volontiers sur Marc Bloch l’incompris des années trente – incompris de ses collègues si peu clairvoyants, nous précise-t-on, tandis qu’on ne nous dit mot de la presse d’alors qui « dindonnait » ses lecteurs, et qui les informait sur l’ensemble de l’Europe orientale, Tchécoslovaquie en tête, aussi mal qu’aujourd'hui sur la Yougoslavie ou sur les ruines auxquelles celle-ci a été réduite. J’accepte, en toute conscience de la vanité présente de cette mise au point qui, une fois de plus, ne dépassera pas le cadre du présent courrier, de prendre date sur le sujet.

 

Bien cordialement,

 

Annie Lacroix-Riz

 

Merci à l’éventuel utilisateur des citations sur Céline de mentionner l’«inventrice ».

Texte envoyé en pièce jointe, vu la fréquence des signes cabalistiques parasites.

 

 

 

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De : Jean Pestieau [mailto:gr010471@worldonline.be]

Envoyé : vendredi 19 mai 2006 18:30

À : Annie Lacroix-Riz

Objet : Belgique: BAHAR KIMYONGÜR PIÉGÉ, NOS LIBERTÉS EN DANGER.

 

 

BAHAR KIMYONGÜR  PIÉGÉ,

                                                                       NOS LIBERTÉS EN DANGER.

 

Corinne Gobin, Politologue à l’ULB

Jorge Palma, Attaché à l’ULg

Christine Pagnoulle, Enseignante à l’ULG                                                                     

Jean-Claude Paye, Sociologue

Jean Pestieau, Professeur à l’UCL

Dan Van Raemdonck, Professeur à l’ULB

Annick Stevens, Professeur à l’ULg

 

 

 

Bahar Kimyongür, ressortissant belge, ne peut assister à son procès en appel qui se déroule actuellement à Gand. Il a été arrêté par la police hollandaise la nuit du 27 au 28 avril 2006, alors qu'il se rendait à un concert de musique turque. La justice belge ne le réclame pas et a déclaré qu'il n'est pas nécessaire qu'il assiste à son procès.

 

Les conditions de son arrestation sont particulièrement inquiétantes. La police néerlandaise affirme que  son interception s'est faite lors d'un banal contrôle de circulation pour excès de vitesse. Cependant, l'arrestation a été effectuée par des policiers en civil, voyageant dans deux voitures banalisées et le véhicule de Bahar était, selon des témoins, suivi depuis un moment avant son immobilisation. En contradiction avec le motif déclaré de l'immobilisation du véhicule, le conducteur de la voiture n'a reçu aucun procès. Ce fait, ainsi que l'existence d'une filature et d'une arrestation, de toute vraisemblance, programmées, ne peut que renforcer nos inquiétudes.

 

Il reste incarcéré aux Pays-Bas. Un mandat d’arrêt international, lancé à son encontre par l’Etat turc, lui a été signifié, au motif qu’il serait membre d’une organisation terroriste. Il est menacé d’extradition vers ce pays. Ce que lui reproche la Turquie est d'être membre du DHKPC et d’avoir interpellé un ministre turc au Parlement européen en 2000 afin de dénoncer les tortures subies par les prisonniers politiques.

 

Notre pays porte une lourde responsabilité dans cette affaire. Le 28 février dernier, en première instance, un tribunal brugeois a condamné M. Kimyongür à quatre ans de prison ferme comme membre d’une organisation terroriste - en réalité, il avait traduit, diffusé et commenté un communiqué du DHKC, organisation d’opposition au régime turc -, et pour être membre du bureau d’information bruxellois de ce mouvement. Bahar a directement interjeté appel de ce jugement politique, mais il ne peut assister à son procès, pour s’y défendre, car il est maintenant prisonnier aux Pays-Bas et la justice belge a décidé de ne pas demander son extradition. Ce qui laisse ouverte la possibilité de sa remise à la Turquie par les Pays-Bas. (La Belgique ne pouvant, quant à elle, répondre positivement à la demande turque, puisqu'elle ne peut extrader ses ressortissants.) Le gouvernement belge, dont l’obligation devrait être d’exiger du  gouvernement hollandais le rapatriement de son ressortissant, a adopté jusqu’à présent la même attitude.

 

Dans cette affaire, un ensemble concordant d'éléments nous font penser à la mise en place programmée d'un piège. La condamnation de Bahar Kimyongür, en première instance, a donné le feu vert à l’action de l’Etat turc. Ensuite, la Belgique, qui avait pourtant déjà connaissance du mandat d’arrêt international, n’a pas prévenu son ressortissant. On peut aussi se poser la question: pourquoi le tribunal de première instance, qui l'a  condamné comme un dangereux terroriste, l’a laissé malgré cela, en liberté, et n'y a apposé aucune condition, comme celle, habituelle, d'interdiction de quitter le territoire? Dans cette histoire, comment ne pas conclure que rien ne soit laissé au hasard  et que, en toute vraisemblance, l’Etat belge aurait sciemment sacrifié un de ses ressortissants, qui  risque ainsi son intégrité et sa vie, et ce pour satisfaire les exigences de l’Etat turc ?

 

Cette affaire  est de toute première importance. Elle résume à elle seule la plupart des attaques contre nos libertés, que les gouvernements occidentaux ont initiées au nom de la lutte contre le terrorisme. Rappelons l'utilisation de l'incrimination d'appartenance à une organisation terroriste, qui permet de punir toute action ou déclaration politique d'opposition à un gouvernement ou à une organisation internationale. Cette incrimination crée un délit d'appartenance. Elles permet de poursuivre des personnes, qui n'ont commis aucun délit matériel, sur le simple fait qu'elles sont membres ou liées aux organisations désignées comme terroristes. Cette notion est très vague, son utilisation est largement déterminée par l'interprétation qui en est faite. La jurisprudence va donc jouer un rôle essentiel. Il s'agit là d'un des premiers enjeux de ce procès, établir par ce jugement, une jurisprudence qui permette une utilisation directement politique de ces lois.

 

En désignant d’avance, aussi bien en première instance qu'en appel, le magistrat devant juger Bahar, la justice a installé un tribunal d'exception qui remet en cause le droit à un procès équitable.

 

« L'enlèvement » de Bahar Kimyongür est indicatif également d’une collaboration étroite entre appareils policiers et judiciaires de différents pays en violation de leur propre légalité et en application de nouvelles lois et procédures d'exception, afin de satisfaire les exigences d'un Etat qui pratique la torture et l'assassinat politique, mais qui est correctement aligné au niveau international .

 

Ainsi, le régime turc ne peut être que conforté dans sa politique répressive. Malgré son caractère ouvertement autoritaire, il reçoit ainsi une légitimation politique qui le reconnaît comme un Etat démocratique.

 

Heureusement, cette collaboration n'est cependant pas du goût de tous nos représentants politiques. Le mercredi 10 mai, plusieurs parlementaires européens, en protestant contre une utilisation liberticide des législations antiterroristes, ont, dans l'enceinte de leur assemblée, interpellé le gouvernement belge pour qu'il intervienne afin de protéger son ressortissant et qu'il empêche ainsi  la remise de Bahar Kimyongür à la Turquie.

 

Carte blanche, Le Soir, Mardi 16 mai 2006

19:51 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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