30/05/2006

28/05/2006: Analyse: Désindustrialisation et délocalisations

De : Annie Lacroix-Riz [mailto:annie.lacroix-riz@wanadoo.fr]
Envoyé : dimanche 28 mai 2006 19:22
Objet : TR: Désindustrialisation et délocalisations

 

Pour réflexion et action,

Amicalement,

 

Annie Lacroix-Riz

 

 

 


De : Commission luttes du PRCF [mailto:commissionluttes.prcf@laposte.net]
Envoyé : dimanche 28 mai 2006 16:50
À : Commission luttes du PRCF
Objet : Désindustrialisation et délocalisations

 

Analyse de la commission luttes du Pôle de Renaissance Communiste en France

http://initiative-communiste.fr

 

Désindustrialisation et délocalisations : se soumettre au Capital ou le combattre ?

 

EADS, Dim, Hewlett packard, Seb, Michelin, Peugeot, Facom, sous-traitants de l’automobile … Pas un jour ne passe sans que soient annoncées des suppressions d’emplois et l’industrie française connaît une énième vague de fermetures qui témoignent du fonctionnement d’un système économique piloté par la recherche du profit des grands groupes propriétaires des moyens de produire les richesses et non par la satisfaction des besoins de la population.

- Ainsi, Dim vient d’annoncer près de cinq cents nouvelles suppressions d’emplois en France : fermeture du site de Château-Chinon, 220 suppressions de postes à Autun, 96 au siège de Levallois-Perret et 39 dans l’usine Playtex de La Tour-du-Pin. Depuis 1989, les plans sociaux se sont succédés chez Dim et ce sont dix-sept usines qui ont été fermées dans le pays, participant du démantèlement de l’industrie textile française.

Ne porte-t-on plus de sous-vêtements ni de collants en France et en Europe ? Bien évidemment si, mais les propriétaires de Dim profitent tout simplement de la mise en concurrence des travailleurs du monde entier : ils ont ouvert des usines en Asie et en Europe de l’Est où ils peuvent exploiter plus à leur aise les ouvriers ; 98 % des soutiens-gorge de la marque sont aujourd’hui fabriqués en Roumanie, en Hongrie ou en Pologne et ces marchandises produites à moindre coût, reviennent ensuite se vendre dans l’Hexagone.

- Peugeot ne fait pas autre chose quand il décide de fermer son usine anglaise de Ryton alors que dans le même temps, le groupe développe sa production dans ses deux usines d'Europe centrale en République tchèque et en Slovaquie pour profiter du fort taux d’exploitation dans ces pays et revendre ensuite les voitures en Europe de l’Ouest. Jean-Martin Folz, le PDG du groupe, avait d'ailleurs prévenu : «Si la question de fermeture de sites se posait, ce ne sont pas les usines d'Europe de l'Est qui seraient fermées.» Comme l’explique la CGT, il s’agit clairement d’une «mise en concurrence avec les pays à bas coûts de main-d'oeuvre. Aujourd'hui, c'est Ryton qui est fermée parce qu'elle est la plus chère. Mais une fois Ryton fermée, ce sera au tour d'une autre usine d'Europe de l'Ouest d'être la plus chère...» A qui le tour ?

- EADS, géant de l’aéronautique et de l’armement, est un groupe franco-germano-espagnol (de droit néerlandais) dans lequel ont été fusionnés l’allemand Dasa, l’espagnol Casa et le français Aérospatiale-Matra Haute technologies, entreprise publique française privatisée par la gauche plurielle en 1999. EADS a annoncé des profits « exceptionnels » en 2005 et des perspectives 2006 inespérées : les bénéfices explosent (+ 26 % sur le trimestre 2006) de même que les dividendes des actionnaires (+ 30 %). Ce n’est pas le cas des salaires et encore moins des emplois : après avoir fermé récemment deux sites regroupant plusieurs milliers de salariés (à Bourges et à Salbris), EADS a décidé de supprimer « préventivement » 1000 emplois en fermant sa filiale Sogerma à Mérignac en Gironde, spécialisée dans l’entretien, la réparation et l’aménagement des avions. Une fermeture qui serait une catastrophe pour la région entière, les dizaines de sous-traitants et tous les emplois induits.

 

Pour justifier cette fermeture, EADS met en avant les pertes de la Sogerma. Or, celles-ci résultent de décisions de la direction d’EADS et de l’Etat français (actionnaire à hauteur de 15 % du capital d’EADS) qui ressemblent fort à une volonté délibérée d’affaiblir l’entreprise : retrait de commandes par le ministère de la Défense, transferts d’activités dans les usines à Dresde et en Tunisie…  Aujourd’hui, le gouvernement feint de découvrir la situation et de hausser le ton : Villepin fait la morale à Noël Forgeard, le PDG d’EADS, car il juge « trop brutale » la fermeture de la Sogerma. Ce dernier, qui fait désormais mine de partager l’émotion populaire, a récemment et élégamment qualifié de « singes » ceux qui soutenaient les salariés de la Sogerma en lutte. L’insulte est assez juste concernant les partis et les élus qui n’ont eu de cesse de faire des cadeaux au patronat et font semblant de découvrir que les capitalistes veulent préserver leurs profits au détriment des salariés. Et les déclarations contradictoires sur le maintien d’une activité à Mérignac, qui ponctuent ce faux bras de fer entre le gouvernement et EADS (par ailleurs impliqués ensemble dans l’affaire Clearstream), ne sont qu’un tour de passe-passe destiné à donner le change face au mécontentement : comme tous les grands groupes privés, EADS est engagé, avec le soutien des gouvernements, dans « la chasse aux coûts » à base de sous-traitance et de redéploiement des emplois vers des pays à faible coût salariaux, accompagnés de l'accroissement des emplois précaires.

 

 

Partout donc, par-delà la diversité des situations locales, se dressent les mêmes intérêts contre l’emploi et les droits des travailleurs. Les grands groupes privés ont comme moteur la recherche du profit maximum ; au nom de la concurrence et de la guerre économique, ils compriment les salaires, accroissent les cadences et l’intensité du travail, éliminent et/ou délocalisent impitoyablement les entreprises les moins profitables, quitte à sacrifier des pans entiers de l’industrie, même s’ils sont créateurs de richesse. En Europe, ces mêmes grands groupes se sont dotés d’un outil supranational destiné à créer un espace unique de valorisation du capital par la suppression de tout obstacle (syndical, politique ou national) à la liberté d’exploiter : l’Union Européenne, dont les institutions sont directement branchées sur les conseils d’administration des multinationales, est conçue pour maximiser les profits et minimiser les acquis sociaux à partir de son principe fondateur de mise en concurrence (libre et non faussée) entre les peuples européens.

 

C’est pourquoi il est nécessaire de dénoncer les illusions et les mensonges de ceux qui discourent sur l’ « Europe sociale » alors que l’Europe de Maastricht et de l’Euro est par essence une machine à broyer les emplois comme les acquis sociaux et démocratiques. De même, grande est la responsabilité de ceux qui ont accompagné hier les privatisations, quand ils étaient au gouvernement, en produisant de fumeuses théories sur la « mixité public-privé » et qui s’indignent aujourd’hui des méfaits des grands groupes capitalistes et des entreprises qu’ils ont eux-mêmes privatisées. Voici par exemple ce qu’écrivait en 2001 Lucien Marest, membre du conseil national du PCF et conseiller de Gayssot, alors ministre des transports, à propos du projet de privatisation de la SNECMA (que Jospin a dû stopper après le 11 septembre et la baisse des bourses mondiales) : « Nous pensons qu'il vaut mieux ouvrir le capital, sans privatiser, donner sa chance dans cet univers concurrentiel réel à l'entreprise publique de maintenir et d'élargir son potentiel d'activité aujourd'hui, pour développer l'emploi demain et la place de la France et de l'Europe dans la fabrication des moteurs. Je plaide, dans les entreprises publiques comme dans les entreprises privées, pour des droits et des pouvoirs nouveaux en faveur des salariés, qui n'en ont aucun ou presque. Pour conclure, je préfère une entreprise publique qui ouvre son capital, qui se développe et embauche, comme Air France, à une entreprise 100 % publique, qui tel le Titanic coule, même avec un drapeau rouge. »

 

A suivre L. Marest, il n'y aurait donc pas d'autre choix pour développer l’emploi que de participer à la course aux fusions-acquisitions capitalistes mondiales ! On ne peut pas avouer plus clairement sa soumission et son renoncement à changer de société. D’ailleurs, le projet politique du PCF évacue le problème central de la propriété du capital et explique qu’il faut séparer la propriété capitaliste de la direction des grandes entreprises où doivent se côtoyer « conflictuellement » les représentants des salariés, des usagers, de l’Etat et du Capital. Le problème central serait ainsi celui des critères de gestion des entreprises, la « gauche » se promettant, quand elle est dans l’opposition, de les définir en conformité avec les besoins de la population. Mais qui peut croire un instant que le capital va s’investir ainsi de manière quasi-philanthropique et sans contrôler la seule chose qui « compte » à ses yeux : la rentabilité de ses actions ? Admettons que MM. les capitalistes soient assez niais pour financer une entreprise les yeux fermés : qui ne voit qu’ils « retireront leurs billes » dès que la politique de l’entreprise s’écartera du seuil de rentabilité exigé par les investisseurs ?

Cette idée qu’une autre politique (ou une autre Europe) serait possible sans s‘attaquer à la propriété capitaliste des moyens de production est profondément mystificatrice et réduit à l’impuissance le mouvement populaire. Car c’est à partir de cette propriété que les grands monopoles privés ont le pouvoir d’exploiter et d’opprimer, contrôlent l’Etat et dégradent continûment la situation du peuple. Les nouveaux « critères de gestion » sociaux ne peuvent donc se substituer en tant qu’objectifs stratégiques à la révolution socialiste nécessaire pour retirer des mains des capitalistes tous les moyens essentiels de production ainsi que le pouvoir afin de les remettre à l’ensemble du peuple.

 

La résistance aux agissements du capital est essentielle et elle doit être déterminée, comme l’a montré la récente victoire contre le CPE. Le PRCF soutient les salariés qui luttent contre les fermetures d’usines et les licenciements. Au passage, notons que cette lutte pour le maintien des emplois est en totale contradiction avec la « sécurisation des parcours professionnels » revendiquée de Sarkozy à Thibault en passant par Chérèque, qui vise à encadrer les licenciements et la précarité « nécessaires pour tenir compte des contraintes de rentabilité » par un filet de sécurité individuel.

 

Le PRCF appelle à fédérer les résistances dans un grand mouvement unitaire pour le maintien et le développement de l’emploi à partir de la revendication clé de la nationalisation sous contrôle démocratique des grandes entreprises qui délocalisent ou suppriment des emplois alors qu’elles font des profits. C’est dans la construction d’un mouvement populaire rassemblant toutes les victimes du grand capital et ciblant la propriété et le pouvoir capitalistes en même temps que l’Union Européenne que se trouve l’issue durable à la régression sociale sans fin que nous connaissons.

19:08 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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