09/06/2006

08/06/2006: TEMOIGNAGE : « On ne nous a jamais dit pourquoi nous étions enfermés » au camp de concentration ricain de Guantanamo ...

TEMOIGNAGE : « On ne nous a jamais dit pourquoi nous étions enfermés » au camp de concentration ricain de Guantanamo ...

----- Original Message -----
Sent: Thursday, June 08, 2006 5:08 PM
Subject: [Transfer_info] TEMOIGNAGE : « On ne nous a jamais dit pourquoi nous étions enfermés »

« On ne nous a jamais dit pourquoi nous étions enfermés »
CHAT LIBERATION • Incarcérés « par erreur » à Guantanamo Bay, Shafiq Rasul, Asif Iqbal et Ruhel Ahmed, trois Britanniques d'origine pakistanaise racontent leur descente aux enfers • Un témoignage qui intervient alors que sort sur les écrans « The Road To Guantanamo », un film sur leur calvaire •
mercredi 07 juin 2006 (Liberation.fr - 19:47)


Gena : quelles sont les séquelles psychologiques d'un tel internement ?

Les trois de Tipton. Shafiq :
le fait d'être enfermé comme une bête en cage, on devient fou. C'est aussi très inquiétant de ne pas savoir ce qui peut arriver à nos proches. S'ils sont exposés à des mesures ou des risques éventuels. On ne sait plus exactement ce qui se passe à l'extérieur. Le simple fait de nous parler de la famille suscite des inquiétudes.

Asif : j'étais enfermé avec des Chinois avec qui je ne pouvais pas parler. C'est un besoin fondamental de parler avec quelqu'un. Il me fallait absolument parler en anglais avec un autre être humain. J'en ai parlé aux gardiens, je faisais des cauchemars, ils m'ont amené une psychologue. Elle m'a posé plusieurs questions : « Avez-vous envie de mettre fin à vos jours ? De tuer des Américains ? Est-ce que vous avez envie de faire du mal aux autres détenus ? Est-ce que vous vous sentez triste ? » Et enfin, « est-ce que vous voulez du Prozac ? » J'ai répondu que ce dont j'ai envie c'est de parler avec quelqu'un. Je parle anglais, je pouvais exprimer mes besoins, ce qui n'était pas le cas de beaucoup de prisonniers qui, eux, avaient du Prozac.

Ruhel : quand nous avons été libérés, au moment de notre retour au Royaume-Uni, nous avions besoin d'un accompagnement, d'un soutien psychologique. Mais, à part le soutien de la famille, aucune aide ne nous a été apportée. Les problèmes psychologiques viendront peut-être plus tard, avec le recul. Je sais qu'il existe des détenus qui sont incapables de s'exprimer.
 
Vnz : vous a-t-on dit pourquoi vous étiez enfermés ?

Ruhel :
non, jamais. Aucune raison. Ils avaient besoin de sacrifier des gens pour montrer au public qu'ils agissaient après les attentats du 11 septembre. Mais depuis on a vu les choses empirer. Il y a encore plus de terrorisme, c'est un fait. Des atrocités ont eu lieu depuis. La torture génère la terreur.
 
Vnz : aviez-vous des contacts possibles avec vos proches, ou avec des associations humanitaires ?

Asif :
absolument aucun, jamais. Notre seul contact a été avec le CICR (la Croix-Rouge). On avait des échanges de courrier, mais il était censuré. Seulement « bonjour », « comment tu vas ? », le reste était censuré. J'ai écrit une lettre à ma famille où je parlais de ce qu'on mangeait. Les autorités m'ont rapporté la lettre, il était hors de questions d'aborder les questions de nourriture.
 
Vnz : les soldats US de Guantanamo vous semblaient-ils sûrs d'eux, ou doutaient-ils de la « justice » d'un tel traitement ?

Ruhel :
ils doutaient, notamment les deuxième ou troisième vagues, parce qu'il y avait des vagues successives de renouvellement des personnels. Ils avaient des ordres, ils ne faisaient qu'obéir.
 
Bijou : est-il vrai qu'on vous faisait écouter de la musique rock (du heavy metal), très fort, pour vous empêcher de dormir ?
Ruhel :
ce n'était pas pour « écouter », c'était pour nous désorienter, nous empêcher de dormir. Il était hors de question de dormir. On était attaché dans des positions de stress, la clim poussée à fond, dans le sens du froid.

Asif : parfois on était attaché, mais pas toujours, il y avait des variantes. On nous mettait dans une salle avec la musique à fond, ça donnait la migraine. La première fois où j'y suis entré, il avait mis Eminen. Je connaissais même les paroles des chansons, ça me plaisait. Ils s'en sont aperçus, et l'ont enlevé.
 
Vnz : les conditions d'enfermement se sont-elles améliorées, au fur-et-à-mesure, ou, au contraire, durcies ?

Asif :
elles se sont progressivement durcies. Au début, les conditions étaient extrêmement rudes, mais pas très organisées. Une fois que le général Miller est arrivé, tout le système des interrogatoires a été revu. On nous a mis des fers aux pieds avec une chaîne très courte, les pieds très rapprochés les uns des autres. Avant Miller, il n'y avait pas de degré de punition, après son arrivée les éléments de « confort », le Coran, ou autres, ont été retirés. On était privé.
 
Rich : quand vous étiez détenus, avez-vous pu rencontrer des autorités pour leur demander ce que vous faisiez là ?

Asif :
jamais. A aucun moment.
 
RoseofPain : est-ce que croyiez à une libération ?

Shafik :
non, nous étions convaincus d'être condamnés à terminer notre existence à Guantanamo. On nous même dit, une fois, qu'ils étaient en train de construire un cimetière pour les détenus.
 
Vnz : après votre libération, avez-vous eu des excuses du gouvernement américain ?

Shafik :
l'administration américaine ne souhaite pas entretenir des relations avec des « terroristes », ils n'ont rien à nous dire. Il y a beaucoup de gens à travers le monde qui verront ce film, ce qui nous est arrivé. Ils se demanderont ce qu'ils peuvent faire. Ils prendront contact avec Amnesty International, écriront au Premier ministre, au Président pour demander la fermeture de Guatanamo, et des autres prisons à travers le monde.
 
Machine : quels sont vos projets pour l'avenir ? Comment envisagez vous votre réinsertion ?

Ruhel :
pour le moment on vit au jour le jour. Il est difficile de s'intégrer. La façon dont les musulmans sont présentés par les autorités, la presse, dans les pays occidentaux, ne facilite pas les choses. Nous allons mener le combat contre la torture, quels que soient les pays concernés au Nord comme au Sud. On fera de notre mieux.
 
Tige : que vous a t-on dit quand on vous a libéré ?

Ruhel :
rien. On ne nous a donné aucune justification, on nous a annoncé comme ça : « Vous êtes libres, vous pouvez partir. »
 
Ibti : avez-vous du ressentiment ?

Ruhel :
oui, contre l'administration Bush, pas contre le peuple américain. Le peuple américain ne nous a rien fait. Il est naturel d'en vouloir à un gouvernement qui a bafoué vos droits, qui vous a torturé.
 
Vnz : comment se passaient les « tribunaux spéciaux » à Guantanamo ?

Shafik :
on nous a menacé de nous faire comparaître devant des tribunaux spéciaux. Nous étions disposé à nous présenter devant le tribunal, c`était la seule occasion de faire valoir notre innocence. Nous savions qu'à l'audience ils seraient ridiculisés, nous pouvions facilement apporter la preuve de notre présence au Royaume-Uni pendant la période concernée.
 
Machine : malgré votre libération, avez-vous le sentiment d`être toujours perçus comme des « terroristes » ?

Ruhel :
bien sûr. Le gouvernement britannique a dit aux Américains que, même si nous avons été libérés, sans aucune charge à notre encontre, ils continueront à nous surveiller, cela a été annoncé publiquement à la télévision. A chaque fois que nous nous rendons dans un pays d'Europe, au moment du retour au Royaume-Uni, nous sommes arrêtés. Jeudi dernier, nous sommes rentrés d`Espagne, à l'atterrissage à l'aéroport de Birmingham, il nous a été interdit de descendre de l'avion, sous prétexte de problème d`immigration. L'officier de l'immigration était accompagné de trois policiers armés de mitraillettes. Les gens nous regardaient d'un air méfiant.
En tant que citoyens britanniques pourquoi devrions-nous avoir affaire à des agents de la police au frontière ? Nous avons l'impression d'être des étrangers dans notre propre pays.
 
 http://www.liberation.fr/page.php?Article=388346

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18:24 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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