10/07/2006

10/07/2006: Missiles nord-coréens : une arme diplomatique ?



De : Antonio Artuso [mailto:pueblo@sympatico.ca]
Envoyé : lundi 10 juillet 2006 0:55
À : 00-artusoantonio
Objet : Missiles nord-coréens : une arme diplomatique?


Article du magazine communiste «Solidaire» du Parti du Travail de Belgique.
Visitez le site Internet : www.solidaire.org

 
Le 8 juillet 2006
 
Missiles nord-coréens : une arme diplomatique ?
 

« La Corée du Nord menace le monde », ont titré plusieurs quotidiens, après les tirs de missiles de la Corée du Nord. Le pays semble plus que jamais isolé après une série de condamnations et les nettes réserves de la Chine et de la Russie. Mais quels sont les dessous de l’intense ballet diplomatique qui vient de s’ouvrir ?

 

Cécile Chams

 

Sept missiles nord-coréens ont été tirés dans les eaux internationales entre la Corée et le Japon le 4 juillet, jour des festivités d’indépendance des Etats-Unis. L’un d’eux serait un missile intercontinental, qui n’aurait parcouru que quelques dizaines de kilomètres.

Conséquence logique : à travers le monde, la condamnation était quasi-unanime. Mais pourquoi la Corée du Nord a lancé cette action?  « Geste désespéré d'un régime aux abois ? », s’interroge le spécialiste de la Corée dans le quotidien français Le Monde. «  Jusqu'à présent, le régime de Pyongyang a démontré qu'il est moins imprévisible qu'on le dit et qu'il joue relativement habilement le peu de cartes qu'il a en main », ajoute-t-il. Pour Philippe Pons, il s’agit « d'une diplomatie au bord du gouffre dont les tirs de missiles sont une nouvelle expression ».[1]

La suite des événements semble confirmer cette analyse. Une intense activité diplomatique a repris autour de la question coréenne. « Bush doit s'expliquer ; le temps nécessaire de la diplomatie », titre Le Soir du 8 juillet. Christopher Hill, le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis, s’est rendu en Chine le 7 juillet. Le négociateur japonais aussi. Les Chinois et les Russes insistent sur la reprise d’un dialogue avec la Corée du Nord. L'ambassadeur  russe à l'ONU, Vitali Churkine, s’est prononcé pour « un message fort et clair, mais dont l'objectif consiste à la reprise des pourparlers à six, ainsi qu'une solution diplomatique. »[2]

A la suite de l’annonce du programme nucléaire civil nord-coréen, des pourparlers à six (Chine, Etats-Unis, Russie, Japon, Corée du Nord et du Sud) s’étaient ouverts en 2003. Mais ils sont dans l’impasse depuis septembre 2005. La Corée du Nord estime que les nouvelles sanctions et actions financières des Etats-Unis violent le préaccord.

 

Sortir de l’isolement

 

Les Etats-Unis ont en effet accentué les pressions économiques et financières sur la Corée du Nord. Ils ont récemment lancé des accusations selon lesquelles le pays fabriquerait des faux dollars et bloqué des comptes nord-coréens dans des banques étrangères. Ces rumeurs sont fermement réfutées par la Chambre de commerce européenne en Corée du Nord. Celle-ci soutient d’ailleurs activement la prochaine foire commerciale internationale qui se tiendra à Pyongyang, capitale de Corée du Nord.[3]  La Corée du Nord tente en effet de sortir de son isolement en intensifiant ses relations commerciales avec la Chine et la Corée du Sud d’abord, l’Union européenne ensuite. Son gros obstacle reste cependant le blocus et l’état de guerre persistant avec les Etats-Unis. Rappelons qu’il n’existe qu’un cessez-le-feu entre les deux Etats depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953).

La Corée du Nord souhaite l’établissement de relations diplomatiques avec Washington, comme elle en a avec la quasi-totalité des pays du monde. Et faire lever les sanctions économiques qui nuisent fortement à son développement. « La Corée du Nord cherche surtout à forcer les Etats-Unis à engager des négociations bilatérales, imitant ainsi Téhéran », écrit  Le Monde. « A court terme, les Etats-Unis vont réagir avec colère au lancement [de missiles], mais ils vont se rendre compte que la seule solution à long terme est d'engager des pourparlers directs avec la Corée du Nord »,  estime Paik Hak-soon, de l'Institut Sejong à Séoul.[4]

« Les tests de missiles seraient un ultime moyen pour de la Corée du Nord de regagner l’attention de Washington », écrit l’agence de presse sud-coréenne. Et elle rappelle que Washington avait rejeté l’invitation adressée par Pyongyang  à l’envoyé américain Christopher Hill, qui avait pourtant pour but de relancer les pourparlers à six.[5]

 

« Une provocation, pas une menace »

 

Les Etats-Unis disposent d’une technologie de missiles et d’armes nucléaires en avance de 50 - 60 ans sur la Corée du Nord. Leurs sous-marins nucléaires déployés en Corée du Sud, au Japon et dans le Pacifique sont capables de détruire complètement ce petit pays. « Les tirs de missiles sont une provocation, mais non une menace », a déclaré Steve Hadley, le conseiller présidentiel américain pour la sécurité nationale. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils alors fait tant de tapage ? « Nous voulons une action commune… de la part de la communauté internationale » contre la Corée du Nord, précise Hadley.[6] Par l’intermédiaire de leur allié japonais, les Etats-Unis ont déposé un projet de résolution aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Il prévoit des sanctions économiques et la possibilité d’actions militaires contre la Corée du Nord. La Grande-Bretagne et la France y étaient favorables.

La Chine et la Russie contre des sanctions

Mais la Chine et la Russie ont immédiatement rejeté ce projet. Dans une conversation téléphonique avec son homologue américain Bush, le président chinois Hu Jintao a rappelé son engagement « en faveur de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne et s’est dit opposé à toute action qui pourrait aggraver la situation ».[7]

Les Etats-Unis devront donc revoir leur copie. Au lieu d’une « action unanime » de la communauté internationale, il y aura tout au plus une « déclaration ».

La Corée du Sud s’est également prononcée pour une approche modérée. « L’action du Nord a des motivations politiques et requiert donc une réponse politique et diplomatique », a déclaré le cabinet de la présidence.[8]

 

Un accord de paix, seule issue à la crise

 

« La République populaire démocratique de Corée continue de vouloir la dénucléarisation de la péninsule coréenne, comme stipulé dans la déclaration du 19 septembre 2005 des pourparlers à six », déclare la presse nord-coréenne.[9]

La Corée du Sud confirme la bonne volonté de Pyongyang.  « Le Nord garde la porte ouverte au dialogue avec les Etats-Unis », rappelle l’agence de presse sud-coréenne.[10]

« La Corée du Nord et les États-Unis devront changer d’attitude. Washington en particulier devra cesser de tout demander tout de suite, et accepter des concessions graduelles », estime l’américain David Albright, ancien inspecteur pour les armes nucléaires en Irak.[11]

La Corée du Nord réclame depuis toujours un traité de paix pour remplacer le cessez-le-feu de 1953. Des négociations bilatérales avec les Etats-Unis sont indispensables pour y parvenir. Ce n’est ni le moyen ni le but des pourparlers à six. Un tel traité de paix entraînerait le retrait des 33.000 soldats américains et de leurs armements de Corée du Sud. Le principal obstacle à la réunification de la Corée serait enfin levé et les deux Etats pourraient consacrer l’essentiel de leur budget au développement du pays.

 

 

 

*******************************************************************************

 

Poursuite des relations inter-coréennes

 

Quelques heures après les tirs de missiles, plusieurs centaines de touristes sud-coréens arrivaient en bus dans les monts Kumgang, site touriste de Corée du Nord, à moins de 100 kilomètres des sites supposés de lancement. Le même jour, un autre groupe de 200 hommes d’affaire et responsables sud-coréens se rendaient dans la zone industrielle conjointe de Kaesong, en Corée du Nord, juste au nord de la ligne de démarcation. (AP, 7 juillet 2006)

La crise sur les missiles ne semble pas avoir affecté les relations commerciales Nord-Sud, en plein essor depuis la rencontre entre les deux dirigeants en juin 2000. En 2005, le volume commercial intercoréen a même atteint pour la première fois le milliard de dollars.

 



[1] Philippe Pons, Le Monde, 6 juillet 2006.

[2] Xinhua, 6 juillet 2006.

[3] Voir articles à ce sujet sur www.korea-is-one.org

[4] Le Monde, 6 juillet 2006.

[5] Yonhap, 5 et 6 juillet 2006.

[6] Point de presse, Maison Blanche, 4 juillet 2006.

[7] Xinhua, 6 juillet 2006.

[8] Yonhap, 7 juillet 2006.

[9] KCNA, 6 juillet 2006.

[10] Yonhap, 6 juillet 2006.

[11] La presse (Canada), 6 juillet 2006. 

10:28 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualite, coree, communisme, histoire, imperialisme, politique, presse, solidaire, ptb, romain, usa | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.