20/07/2006

19/07/2006: IRAK: portrait d' un collaborateur ...

Fort heureusement, tous les communistes irakiens n’ ont pas encore craché dans la soupe en empruntant le chemin de la Kollaboration avec l’ occupant.

Il y a en Irak des communistes qui luttent autrement …

RoRo

 

 

 

 

De : FISCHER BERNARD [mailto:fischer02003@yahoo.fr]
Envoyé : mercredi 19 juillet 2006 22:54
Objet : PORTRAIT D UN COLLABORATEUR

 

 

Raïd Fahmi, un ministre "communiste" à Bagdad

LE MONDE | 18.07.06 | 14h22 • Mis à jour le 18.07.06 | 14h22

 

Ce jour-là, dans le lobby du célèbre hôtel Al-Rachid à Bagdad, Raïd Fahmi comprend d'un seul coup l'étroitesse du pouvoir qu'on lui a octroyé. "Désolé, Monsieur, vous ne pouvez pas être photographié ici." Le garde scandinave est poli, mais ferme. Le photographe engagé par Le Monde range illico ses appareils. A Bagdad, on ne discute pas les ordres d'un homme armé.

 

Le palace Al-Rachid, où résident désormais de nombreux ministres, parlementaires et hauts fonctionnaires irakiens, est à l'intérieur de la fameuse "zone verte", un enclos hyperfortifié de quelques centaines d'immeubles répartis sur cinq kilomètres carrés en plein coeur de la capitale.

C'est ici, à l'ombre des miradors, derrière deux lignes de hauts murs de béton anti-bombe, que l'essentiel du pouvoir irakien "légal" s'est réfugié sous la protection de quelques milliers de soldats et policiers nationaux, de plusieurs autres milliers de GI des Etats-Unis et de plusieurs centaines de troupiers, Géorgiens et Ukrainiens équipés de pied en cap - armes et uniformes - par l'US Army.

"Désolé, Monsieur, s'excusa donc le garde scandinave, nous devons appliquer la consigne de l'ambassade américaine." Tiens, fit-on remarquer au ministre Raïd Fahmi, l'ordre américain s'impose donc toujours jusque et y compris dans les bâtiments théoriquement rendus à la souveraineté irakienne depuis plus d'un an ? "Vous voyez bien..., ronchonna Raïd Fahmi. La récupération complète de notre souveraineté nationale demeure un objectif..."

Titulaire d'un DEA d'économie et développement obtenu à la Sorbonne et d'une licence délivrée par la London School of Economics, le "matheux" ne déteste pas l'ellipse. Question de formation politique peut-être...

Dans le théâtre d'ombres qui s'agite à Bagdad sous l'intitulé de "gouvernement d'unité nationale", Raïd Fahmi est un personnage vraiment à part. Pas de milice armée, peu d'amis, aucun soutien dans les mosquées qui sont aujourd'hui les vrais centres du pouvoir en Irak. Trente-sept ministres en exercice, un seul communiste : lui. Ou comment un "vieux" militant irakien qui rejoint le Parti communiste à 19 ans, se réfugie en France à 29 pour y rester jusqu'à 56 ans, devient titulaire de la double nationalité et père de quatre enfants français, se retrouve soudainement projeté dans le chaudron incandescent qu'est devenu Bagdad.

"J'ai appris ma nomination le 17 mai, dit-il, via un message de félicitations laissé par un ami sur mon portable." Ce matin-là, comme toujours, Raïd Fahmi, professeur d'économie dans un lycée de Bobigny, donnait son cours. A la pause, il était au téléphone avec Bagdad. On lui a confirmé la "bonne" nouvelle. "Je suis membre du comité central et je savais bien sûr que le parti proposait, entre autres, ma nomination. Mais ce fut quand même un choc."

Trois jours après, le nouveau ministre des sciences et technologies était de retour dans la capitale qui l'avait vu naître en 1950. Depuis l'invasion anglo-américaine d'avril 2003 et la chute du dictateur, il y était revenu "à quelques reprises". Mais n'y était pas resté. L'insécurité était trop grande, l'avenir du parti trop mal assuré, sans doute.

Comme tant d'autres médecins - 220 assassinés depuis trois ans, un millier partis depuis en exil -, Mouna, sa soeur, avait été enlevée en décembre 2005 et n'avait pu recouvrer sa liberté qu'en versant une rançon de 32 000 dollars aux malfrats. Une petite fortune en Irak. Quant au PCI, le Parti communiste irakien décimé par le Baas de Saddam Hussein dès les années 1970 et retranché depuis quinze ans au Kurdistan, il était devenu si fantomatique qu'en décembre 2005, pour s'assurer ne serait-ce qu'un strapontin dans le nouveau Parlement, il avait poussé la contorsion idéologique jusqu'à s'allier à la liste de l'ancien homme lige de la CIA en Irak, Iyad Allaoui. La liste "laïque" de l'ancien premier ministre nommé par Washington en 2004 a obtenu 9 % des voix. Maigre perspective pour inciter le représentant vedette du PCI, en France, à rentrer au bercail.

A 56 ans, Raïd Fahmi est pourtant revenu. Seul, comme presque tous ses homologues, qui ont laissé femme et enfants à l'étranger. Ses émoluments de ministre sont trois fois supérieurs à son traitement de professeur à Bobigny. Mais, assure-t-il, et on peut le croire, c'est d'abord "par devoir" qu'il a accepté de revenir dans l'enfer de Bagdad. "Pour sauver l'Irak, c'est maintenant ou jamais", estime-t-il.

Probablement pas assez important, le ministère des sciences est l'un des rares à être resté dans ce que les Américains appellent la "zone rouge" d'Irak, c'est-à-dire tout le pays hors "zone verte". Raïd Fahmi vit certes dans le "cercle vert" du Rachid, mais il doit parcourir chaque jour quelques kilomètres pour rejoindre son bureau. Et, comme les autres ministres qui s'aventurent encore parfois hors de la place fortifiée, il ne se déplace qu'en convoi motorisé, avec sirènes hurlantes et gardes du corps surarmés. Difficile à accepter pour lui.

Le ministre parle comme un kalachnikov sur position automatique, mais il "déteste" les armes. "Non, je n'ai pas peur, cela ne sert à rien, j'essaie de me concentrer sur ma mission, c'est tout." La mission n'est pas simple. D'abord parce que sur les 9 000 fonctionnaires qui dépendent de lui, les scientifiques de haut niveau sont devenus rares. "Beaucoup sont partis en exil, d'autres ont été enlevés ou assassinés et puis, en leur offrant des salaires trois fois supérieurs aux nôtres, les universités, elles aussi paralysées par les départs et les tueries, nous piquent nos ingénieurs." Mais la difficulté, pour lui, est surtout politique.

Fermement opposé à la dictature de Saddam Hussein, le PCI était aussi, jusqu'à mars 2003, vigoureusement contre "l'invasion impérialiste de l'Irak, largement motivée par le pétrole." Aujourd'hui, Raïd Fahmi, comme tant d'autres, a avalé son chapeau : protégé par elles, il est contre "un départ précipité" des troupes américaines et n'est "pas opposé, par principe", à l'établissement de bases américaines permanentes en Irak.

Depuis trois ans, son parti n'a cessé de dénoncer "la montée des forces sectaires". Et le ministre siège à présent dans une équipe dominée, aux trois quarts, par les partis religieux. Comment vit-il cet écartèlement, cette schizophrénie permanente ? "Bof, il faut arrêter de se lamenter et retrousser ses manches. En Irak, c'est maintenant ou jamais. Ça passe ou ça casse..."

Patrice Claude

Article paru dans l'édition du 19.07.06

11:02 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualite, communisme, crimes, colonialisme, democratie, guerre, histoire, irak, imperialisme, occupations, politique, romain, resistance, terrorisme, usa | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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