14/10/2006

14/10/2006: Corée : la pax americana en question

Corée:

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Crimes de Guerres U$ en Corée     19/07/2002

 

 

 

De : info@comite-valmy.org [mailto:info@comite-valmy.org]
Envoyé : samedi 14 octobre 2006 17:24

Objet : Re: Corée : la pax americana en question

 

Comité Valmy.
Vous trouverez ci-dessous:

1) Une analyse utile de notre amie Hélène Nouaille relative à la Corée du Nord et au caractère  absurde, vain, et en échec, de la politique d'agression et de guerres préventives de l'impérialisme américain.
2) Sur le m
ême sujet le point de vue d'un photographe canadien.
3) En pièce jointe, les propositions du Comité Valmy pour une Charte Nationale et républicaine, qui exprime notamment,  l'état actuel de notre réflexion sur ce que pourraient être les grands axes de la politique extérieure d'une France libre et solidaire des peuples du monde.

La lettre de léosthène, le 14 octobre 2006, n° 247/2006
Deuxième année. Bihebdomadaire. Abonnement 300 euros
Site :
http://www.leosthene.com/








Corée : la pax americana en question


Pour faire régner l’ordre dans le monde, nous n’avons pas besoin d’être aimés, mais d’être craints ” avait dit Donald Rumsfeld lors de l’invasion de l’Irak. Eh bien, dit familièrement mais clairement, ça ne marche pas. Et c’est là tout le problème dans l’affaire nord coréenne (nucléaire ou pas) dont nous avons donné l’historique en juin (1), quand nous n’en étions, si l’on peut dire, qu’aux tirs de missiles. Pourtant, si nous nous reportons aux fondamentaux des intentions américaines, c’est à dire au “ Projet pour le nouveau siècle américain ” (2), les auteurs signataires (William Kristol, Robert Kagan, John Bolton et les autres) avertissaient : pour “ préserver leur leadership mondial et, in fine, pour la préservation de la paix ” comme pour “ façonner l’état de la sécurité internationale en conformité avec les principes et les intérêts américains ” il fallait réussir quatre missions :

- défendre la patrie américaine
  - livrer et gagner, de façon décisive, des batailles majeures, multiples et simultanées
  - remplir nos devoirs de maintien de l’ordre, associés au façonnement de l’environnement sécuritaire dans des régions critiques
  - transformer les forces des Etats-Unis pour exploiter la “ révolution des affaires militaires
”.

Ce dont nous avons besoin ”, lisons-nous dans les première lignes du rapport, c’est “ d’une armée forte et prête à relever les défis présents et futurs ; une politique étrangère qui assure avec hardiesse et de façon résolue la promotion des principes américains à l’étranger ; et un leadership national qui accepte les responsabilités mondiales des Etats-Unis ”. Lesquels doivent donc assumer “ les coûts associés à cet exercice ”. Parce que “ l’Amérique a un rôle vital à jouer dans le maintien de la paix et de la sécurité, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient ”.

Sans discuter de la pertinence du projet en lui-même, on peut observer qu’il a failli sur plusieurs points, dont l’un est la capacité à “ livrer et gagner, de façon décisive, des batailles majeures, multiples et simultanées ”, d’abord. Que  la “ révolution des affaires militaires ” n’est pas faite. Et que le maintien de l’ordre dans les régions critiques peine à se mettre en place, au Moyen-Orient et, visiblement, en Asie. Dans l’affaire israélo-libanaise, ce n’est pas la paix américaine qui a prévalu : il a fallu céder la main à d’autres joueurs. En Irak, c’est le chef d’Etat-major britannique, Sir Richard Dannatt lui-même qui le dit, si l’invasion a été réussie, la présence de troupes étrangères, dont les 7200 soldats britanniques, “ exacerbe les problèmes de sécurité (...). C’est un fait. Je ne dis pas que les difficultés que nous expérimentons dans le monde sont dues à notre présence en Irak mais que sans aucun doute notre présence en Irak les exacerbe ”.

Pour la Corée, on peut discuter à perte de vue sur les raisons pour lesquelles Washington a refusé de s’asseoir à la même table que Pyong Yang pour signer enfin un traité de paix (4) garantissant leur sécurité aux Nord coréens. Tel ou tel éditorialiste américain peut refaire l’histoire des relations entre les deux pays et recenser les occasions manquées de parvenir à un accord global que l’on avait frôlé sous le président Clinton (5). Il n’en est pas moins vrai que c’est un trublion survivant des années staliniennes qui joue avec les allumettes tout près d’un baril de poudre sans se soucier davantage des menaces américaines.
Si cela est nécessaire, il faut frapper et détruire ” (If necessary, strike and destroy) écrivait le 22 juin dans le Washington Post (4) le même Wiliam J. Perry qui avait négocié pour le président Clinton, tout en admettant que les risques étaient grands d’une guerre ouverte dont la Corée du sud ferait les frais.

Mais personne ne veut d’une guerre, ni les Sud coréens, ni leurs voisins, ni le reste du monde. Et ceux des néoconservateurs aux affaires qui l’envisageraient se heurtent à la réalité des limites militaires américaines. Notre confrère américain Stratfor, qui n’est pas soupçonnable d’anti-américanisme, a donné, le 10 octobre, sous le titre “ Vulnérabilité américaine et fenêtres d’opportunités ” (6) un constat critique de “ la réalité (de la situation) militaire sur le terrain en Irak ” qui “ restreint sévèrement les options américaines dans le monde ”. Et qui souligne dans le même élan “ la façon dont les Etats-Unis ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour les autres puissances ”, occasion aggravée par l’imminence des élections de mi-mandat en novembre. “ Si les Démocrates gagnent seulement l’une des deux Chambres, ils peuvent bloquer les initiatives de la Maison Blanche (...) laissant les puissances étrangères avec une fenêtre de deux ans pour pousser leurs propres agendas ”.

Les Etats-Unis ont été chercher la Russie, la Chine, le Japon et la Corée du sud pour des initiatives diplomatiques avec la Corée du nord comme ils ont pris pour partenaires la Russie et les puissances européennes pour négocier avec l’Iran. Puisque les intérêts de ces puissances divergent, la possibilité d’une action concertée, même sur des sanctions, n’existe tout simplement pas. Puisque (en raison de son “impotence” militaire) la possibilité d’une action unilatérale américaine n’existe pas non plus, ni la Corée du nord, ni l’Iran n’ont besoin de prendre ces initiatives diplomatiques au sérieux. Et ils ne le font pas ”.

Et l’on voit, très loin du concept même de la pax americana, les puissances de la région reprendre leurs affaires en main. Tous l’avaient dit, la Corée est une question régionale. Le premier ministre japonais, revenant de Pékin, le confirme dans un communiqué commun avec son homologue chinois – et se sent justifié à poursuivre le réarmement de son pays. Les Russes, qui ont une frontière commune de 19km avec la Corée du nord non loin de Vladivostok, “ s’indignent ” à l’unisson avec le reste du monde et avec le Conseil de sécurité de l’ONU tout en affermissant leurs cartes régionales (n’oublions pas que les échanges économiques de la Corée du nord, qui est déjà soumise à embargo, se font avec Moscou pour près de 60 % (7). Quant à la Chine, elle sait ce vaut l’avertissement pour Washington en cas de “ frappe ” sur l’Iran.

L’Europe n’appartient pas au club des six (Chine, Russie, USA, Japon, Corée de Sud et du Nord) qui négocie avec Pyong Yang. Présente toutefois au Conseil de Sécurité de l’ONU, elle joue la “ solidarité ” avec Washington – totale pour Londres, as usual, en refusant le recours à la force militaire pour la France, ce qui revient à la position russo-chinoise dans les actes.

Tout se passe en fait comme si le concept même de pax americana, qui n’est jamais remis en question aux Etats-Unis quels que soient les doutes exprimés ici et là sur son coût ou sa faisabilité, paralysait la capacité du reste du monde à imaginer des solutions alternatives crédibles au leadership autoproclamé par les Etats-Unis. L’avènement effectif du multilatéralisme est en cours : mais nous sommes dans une période trouble, où les équilibres se cherchent où les intérêts particuliers s’affrontent en désordre, sans que, remarque le politologue russe Alexeï Arbatov, quelqu’un n’aspire “ à l’objectif principal qu’est l’arrêt du programme nucléaire de la Corée du nord ” (8).

Pas de pax americana en vue. Nous n’y avons jamais vraiment cru. Mais quoi d’autre ? Faut-il croire, avec Umberto Eco (A reculons comme une écrevisse, éditions Grasset) au “ retour triomphal de la guerre pour de bon ”, comme nous le voyons en Afghanistan et en Irak ? Alors on peut prévoir, sans grand risque de se tromper, que les situations ne seront pas toujours “sous contrôle”, comme le disait Vladimir Poutine du conflit israélo-libanais. Et que si l’on ne peut pas dire où se produira le dérapage, il est quasi certain qu’il se produira. Il reste à espérer que tous ceux qui comptent en matière de sécurité soient conscients de leur responsabilité en matière de paix et de guerre.

Nous voudrions en être sûrs.


Hélène Nouaille


Cartes :

L’Asie :
http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/asia_...
Carte et image satellite du site de l’essai nucléaire (ou pas, réussi ou pas) : http://www.populationdata.net/cartes/actus/coree-du-nord-...

Notes :

(1) Voir léosthène n° 224/2206 :
http://www.leosthene.com/No-224-Coree-du-Nord-jeu-d-ombre...

(2) Téléchargeable (anglais) à l’adresse : http://www.newamericancentury.org/

(3) Interview donné au Daily Mail britannique (12 octobre 2006). L’article, qui provoque une onde de choc, est disponible en ligne à l’adresse :
http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news....

(4) La “ guerre de Corée ” autour du 38ème parallèle (1950 1953) n’a donné lieu qu’à un armistice, signé en juillet 1953, et non pas à un traité de paix.

(5) “ L’administration Clinton tenta (...) de parvenir à un accord global en proposant à Pyongyang une aide économique en échange du gel de son programme nucléaire. Entre 1998 et 2000, M. William Perry (3), ambassadeur itinérant du président Clinton, posa les jalons d’une reconnaissance mutuelle et d’un rachat de tous les missiles nord-coréens ” écrit en 2003 Le Monde Diplomatique. En 1999, la Corée du Nord décide d’un moratoire sur les tests de missiles “pendant la durée des pourparlers avec les Etats-Unis ”. Article en ligne (français) :
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/02/CUMINGS/9950#nb2

(6) Site payant.

(7) Mais aussi avec le Japon (9,7 % des importations, 20 % des exportations), l’Arabie Séoudite et Hong Kong, voir note (1). Certains observateurs notent que la présence et l’influence russes dans ce dossier font de Vladimir Poutine un homme clef (et discret) de l’affaire. Et que sa position lui permet de négocier dans toute une série de confrontations engagées par ailleurs sur d’autres théâtres avec les Américains mais aussi avec les Chinois.

(8) Alexeï Arbatov est le chef du Centre de sécurité internationale à l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales (IMEMO) russe. Il est cité par Ria Novosti, le 11 octobre 2006, en ligne et en français à l’adresse :
http://fr.rian.ru/world/20061011/54731128.html

Le test nucléaire de la Corée du Nord - Un photographe canadien accuse les politiques états-uniennes et canadiennes de provoquer la Corée du Nord

Le test nucléaire de la Corée du Nord n'a surpris aucune personne qui suit avec attention les déclarations de la République populaire démocratique Corée (RPDC).  Dans le cadre de mon métier de photographe, j'ai voyagé dans les deux parties s'étendant d'un côté et de l'autre de la zone démilitarisée, qui maintient la péninsule coréenne artificiellement divisée.  J'ai constaté, d'une part, l'énorme écart qui existe entre les rapports diffusés par les médias canadiens sur la Corée du Nord et la vérité, et d'autre part les dommages qu'un tel écart cause à l'avancement de la paix et de la sécurité dans la région et à l'établissement de politiques étrangères canadiennes qui soient intelligentes.

 

Depuis janvier 2002, malheureusement, les faucons de l'administration Bush espéraient que la Corée du Nord réagisse à partir de la partie de territoire dans lequel les pays occidentaux ont confiné ce pays.  Sans l'épouvantail de l'"Axe du Mal", que les médias ont popularisé aux États-uniens (et au Canada), moins de systèmes militaires états-uniennes auraient été vendus en Asie et peu de raisons justifieraient le programme de «Guerre des Étoiles».  Les médias canadiens présentent-ils les rapports diffusés par la RPDC pour dénoncer les jeux guerriers et les simulations d'invasion de la Corée du Nord menés par les États-Unis et par la Corée du Sud?  Au lieu de tels rapports, les médias diffusent des rapports sensationnalistes et inexacts selon lesquels le "cher leader" mènerait une vie de playboy, poursuivrait des fétiches hollywoodiens et tendrait à agir comme un dictateur fou.

Quelqu'un aurait l'amabilité de rappeler les Canadiens/iennes que nous sommes encore techniquement en guerre avec la Corée?  La Corée du Nord a recours à la diplomatie démodée des canonnières parce qu'on ne lui laisse pas d'autre choix.  Si nous, Canadiens/iennes, étions vraiment préoccupés par le sort du people coréen, nous organiserions la promotion de la paix et de la sécurité dans la péninsule coréenne.  Cinquante-trois années se sont écoulées depuis que 45 000 soldats canadiens sont revenus de la guerre de Corée, mais que nous n'avons toujours pas signé de traité de paix ou établi un climat de sécurité dans la région.  Ottawa et Washington sont complice de la prolifération nucléaire.  Il est temps pour le Canada de refuser la rhétorique des Etats-Unis et de mettre fin à ce restant de la guerre froide.  Le Canada, bien qu'il avait entamé des relations diplomatiques avec la RPDC, en 2003, refusait à ce pays l'établissement d'une ambassade à Ottawa.

 

Les États-Unis auraient pu éviter tout cela en acquiesçant à la demande formulée par la Corée du Nord, il y a des décennies, d'entamer des discussions bilatérales.  L'Ouest capitaliste aurait pu cesser d'appliquer la politique de deux poids deux mesures, qui consiste à choisir les pays en voie de développement et à essayer de renverser les pays ayant un système économique différent.  Si nous acceptions de concéder à la RPDC les prêts qu'elle a demandés dans le but d'accroître le développement et de mettre fin aux graves famines, nous lui permettrions de se joindre à la communauté internationale en tant que nation souveraine.  Conformément à l'accord de normalisation des relations, signé en 1994 entre les États-Unis et la RPDC, celle-ci pourrait, au lieu de consacrer ses précieuses ressources à des dépenses militaires, utiliser celles-ci pour satisfaire les véritables besoins du peuple coréen.  
Le test nucléaire de la RPDC est peut-être motivé par l’espoir de montrer à un plus grand nombre d’États-uniens l’échec lamentable de la politique d’attaque préventive de l’administration Bush et de faire ainsi en sorte qu’ils votent contre lui aux élections.

Irwin Oostindie
Vancouver, October 9, 2006

18:01 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romain, courcelles, histoire, actualite, presse, coree, usa, europe, euro-dictature, imperialisme, guerre, paix, nucleaire | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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