13/11/2006

13/11/2006: Premier bilan militaire de la guerre du Liban

 

De : COMAGUER [mailto:comaguer@wanadoo.fr]
Envoyé : lundi 13 novembre 2006 16:18
À : 'Romain Roger '
Objet : bulletin 156

 

 

 

 

 


CONTRE LA GUERRE, COMPRENDRE ET AGIR

Bulletin n°156 – semaine 45 – 2006

 

FEUILLE DE ROUTE VERS LA CATASTROPHE

Comme en témoigne l’entrée au gouvernement du leader de l’extrême-droite nationaliste israélienne : Lieberman , et la brutalité accrue des attaques quotidiennes contre les Palestiniens de Gaza, l’équipe dirigeante israélienne a fait le choix d’une politique sanguinaire, meurtrière et qui ferme la porte à toute négociation avec les palestiniens. Implicitement et pour reprendre une expression terrifiante qui a eu cours en d’autres  circonstances, Israël ne laisse plus le choix aux Palestiniens qu’entre la valise ou le cercueil. Ce durcissement est la réponse, la pire des réponses, à l’échec militaire et politique qu’a subi Israël cet été au Liban, échec dont il faut prendre l’exacte mesure.

 

Premier bilan militaire de la guerre du Liban

Il a été facile pendant le déroulement de la guerre d’en suivre au jour le jour les évènements sur le terrain et ce qui transpirait des cercles de la diplomatie internationale. En cette matière cependant on sait que coexistent le discours public et les tractations plus ou moins secrètes. Le premier est d’usage  et d’accès immédiat, destiné au grand public mais aussi à intoxiquer l’adversaire, le second ne se découvre que progressivement  et quelquefois beaucoup plus tard au fil des recherches des historiens et  au hasard des témoignages des acteurs.

Pourtant, la guerre du Liban vient de faire l’objet, dans un délai relativement court, d’un premier décryptage qui mérite d’être connu.

Il a été publié en anglais par deux bons connaisseurs de la politique internationale : ALASTAIR CROOKE et MARK PERRY. Qui sont-ils ?

ALASTAIR  CROOKE est britannique. Universitaire de formation il a fréquenté les cercles du pouvoir puisqu’il a été conseiller de JAVIER SOLANA, ancien secrétaire général de l’OTAN et aujourd’hui haut commissaire de l’Union Européenne pour les relations extérieures.  Ce n’est  donc pas un intellectuel critique mais c’est un personnage qui peut avoir accès facilement à des niveaux élevés de l’appareil politique et militaire occidental.

MARK PERRY est un historien étasunien, auteur de plusieurs livres sur l’histoire de son pays et sur ses engagements au Moyen-Orient qui lui aussi a fréquenté le monde politique puisque YASSER ARAFAT l’avait choisi pour faire partie de la délégation palestinienne qui négociait les accords d’Oslo.

Ces deux personnages qui vivent donc à la charnière de la recherche universitaire et de la politique ont fondé ensemble une sorte de club de discussion de haut niveau : le FORUM DES CONFLITS (CONFLICTS FORUM – www.conflictsforum.org) où l’on débat des grandes questions de la politique internationale et en priorité de la question palestinienne qu’ils connaissent bien tous les deux. CONFLICTS FORUM organise donc des rencontres et publie des analyses.

Après avoir eu de nombreux contacts avec les analystes du Pentagone qui ont, bien entendu, collecté une énorme masse de données sur cette guerre, ils ont rédigé dans ce cadre et sous leurs deux signatures un rapport intitulé

Comment le Hezbollah a battu Israël

qui a été publié le 12 Octobre  dans le quotidien de Hong-Kong en ligne : ASIA TIMES. (www.atimes.com)

Son titre suscite évidemment la curiosité car, si dans le monde arabe la guerre a bien été perçue comme un défaite d’Israël, les médias occidentaux se sont en général bien gardés de reprendre à leur compte ce genre de conclusion et très vite l’intérêt s’est concentré sur l’ONU, la FINUL, la reconstruction...c'est-à-dire sur l’après-guerre.

Ce rapport a été traduit en français, il est accessible sur le site de PALESTINE SOLIDARITE et chacun peut en faire la lecture intégrale. Cependant,  nous avons jugé utile d’en extraire les points principaux et d’y ajouter quelques commentaires.

La guerre a été brève, les évènements se sont succédé très rapidement et le premier intérêt de l’étude de CROOKE et PERRY est d’en proposer un phasage et une lecture militaire. Lecture  très froide, clinique, mais qu’il ne faut pas ignorer car, on le constate chaque jour, cette défaite d’Israël n’a pas amené la paix au Proche-Orient et  tous ceux qui, tout en intensifiant l’agression contre les Palestiniens, préparent une nouvelle guerre – les militaires dont c’est le métier et les politiques qui y songent - doivent tirer les enseignements de celle-ci.

L’étude est découpée en trois parties :

1 – Comment le Hezbollah a gagné la guerre du renseignement

2-  Comment le Hezbollah a gagné la guerre sur le terrain

3 – Comment le Hezbollah a gagné la bataille politique

Première partie :

Dans cette première partie CROOKE et PERRY expliquent l’échec de l’offensive aérienne israélienne qui a constitué la première phase de la guerre du 12 au 14 Juillet.

La capture de deux soldats israéliens dans le secteur des fermes de Shebaa et la mort de huit autres dans l’accrochage avec le Hezbollah a entrainé une riposte d’une intensité que le Hezbollah n’avait lui-même pas prévu. En effet, cette capture de soldats israéliens n’était pas la première et, dans les cas précédents, Ariel Sharon lui-même avait accepté la demande d’échange de prisonniers présentée par le Hezbollah et les échanges, bien qu’incomplets (il reste encore des prisonniers libanais en Israël) avaient eu lieu. Cette fois pas question de négocier et l’action militaire israélienne vise à détruire le Hezbollah, son infrastructure, ses bunkers, ses stocks d’armes et son système de transmission.

Elle échoue car, depuis le départ de l’armée israélienne du Sud-Liban en 2000, le Hezbollah a construit un double réseau de bunkers, un que l’on pourrait qualifier de virtuel constitué dans des zones peuplées au vu et au su de la population et des agents israéliens qui y sont mélangés et que le Hezbollah a quasiment tous identifiés et un deuxième réel que le renseignement israélien ignore. L’aviation israélienne va donc bombarder copieusement et sans résultat les bunkers « virtuels » qui sont vides. Au bout de 72 heures de pilonnage intensif, le Hezbollah conservera presque intactes ses installations, ses munitions et ses hommes. De plus, autre succès militaire, le Hezbollah réussit à maintenir ses liaisons internes et il continuera à le faire pendant toute la durée du conflit. Les experts du Pentagone estiment qu’à peine 7% des capacités militaires du Hezbollah ont été détruites pendant cette phase. Dans cette même période, quelques brèves incursions de blindés israéliens ont lieu sur le territoire libanais mais les chars sont détruits par le Hezbollah.

Le gouvernement israélien décide alors d’intensifier les bombardements en ciblant cette fois les objectifs civils : routes, ports, aéroports puis ensuite écoles et mosquées. Il s’agit d’une part de couper les lignes d’approvisionnement du Hezbollah et d’autre part de dresser la population libanaise contre le Hezbollah.

Ce calcul échouera puisque la population soutiendra les combattants et que les politiciens qui, dans le fond de leur cœur, souhaitaient l’écrasement du Hezbollah, à savoir le Premier ministre FOUAD SINIORA, le général GEAGEA et ses milices chrétiennes et le druze WALID JOUMBLATT, seront condamnés au silence par l’évolution, pour eux imprévue, de la situation. Ils étaient en effet les uns et les autres convaincus,  comme l’étaient les dirigeants étasuniens, français et israéliens  que le retrait de l’armée syrienne allait permettre d’en finir avec le Hezbollah. Cette phase s’achève avec le massacre de Qana qui soulève une telle réprobation internationale qu’il débouche sur un cesser le feu de 48 heures. Ce cesser le feu est respecté par le Hezbollah ce qui démontre le maintien de l’unité de commandement de la résistance.

Deuxième partie

Face à cette situation qui n’avait pas été envisagée par le gouvernement israélien, persuadé qu’il était d’une supériorité militaire écrasante et définitive, deux possibilités s’offrent à lui : soit la prise en considération de la demande initiale d’échange de prisonniers , soit l’escalade militaire sous la forme de l’invasion terrestre. Il choisit la seconde, l’accompagnant d’un appel à l’aide de la « communauté internationale » et en lançant l’idée du déploiement d’une force internationale.

C'est-à-dire qu’à la fois il poursuit l’aventure militaire (il décide pour cela de rappeler des réservistes dés le 21 Juillet) et en même temps, conscient des difficultés qu’il rencontre,  il commence à chercher des appuis extérieurs pour trouver une porte de sortie politique. Il souhaite  que cet appui vienne de l’OTAN c'est-à-dire implique directement le « grand frère » étasunien. Mais l’OTAN ne répondra pas à cette sollicitation. Le déploiement des réservistes, improvisé, va se faire de façon chaotique, sans plan d’ensemble, et des soldats israéliens vont se retrouver propulsés sans munitions sur le front.

L’appel à l’aide est bien reçu à Washington qui imaginait aussi que l’armée israélienne ne ferait qu’une bouchée du Hezbollah et le 22 Juillet les Etats-Unis commencent à expédier par voie aérienne l’armement demandé par Tel Aviv, en particulier les bombes à guidage laser.

Commence alors l’invasion du Sud-Liban. Mais l’armée israélienne, si elle arrive bien à pénétrer dans les villages libanais ne parvient pas à s’y maintenir. Le Hezbollah va en effet utiliser une tactique semblable à celle utilisée par  les combattants vietnamiens et rendre la vie impossible à cette armée qui se voudrait d’occupation. Il le fait avec une très grande économie de moyens puisqu’il n’engagera dans la guerre que la seule brigade NASR chargée du Sud-Liban qui ne compte que 3000 hommes. Aucun renfort ne sera nécessaire et ses pertes seront très faibles, moins de 200 hommes.

Quand, le 25 Juillet, CONDOLEEZA RICE arrive à Jérusalem pour  trouver une issue, on approche du point culminant de la bataille terrestre : Israël engage ses meilleures unités, rappelle encore 15000 réservistes et déverse sur le Liban une grande quantité de bombes à fragmentation qui visent clairement la population civile. Mais les experts militaires US commencent à comprendre qu’il n’y aura pas de victoire israélienne d’autant moins que le Hezbollah a continué, sans jamais pouvoir être neutralisé, d’envoyer des roquettes sur Israël. D’après COOKE et PERRY le Hezbollah n’a tiré pendant toute la guerre que 4000 roquettes sur un total de 16000 en sa possession. Tous les limiers de la FINUL doivent à cette heure chercher celles qui restent !

A ce sujet, le Hezbollah aura fait preuve d’une grande maîtrise. Il sait qu’après un tir de roquette, dont le point de lancement est identifié instantanément le délai de riposte de l’armée israélienne est de 90 secondes. Toutes ses unités de lanceurs sont mobiles et ont été entraînées à se déplacer dans les 60 secondes suivant le tir. Donc l’armée israélienne riposte dans le vide. Pendant cette phase et jusqu’au cesser le feu le Hezbollah va détruire 40 chars israéliens et encore le fera-t-il avec des missiles anciens de fabrication soviétique et datant de la guerre de 1973.

Pour ALASTAIR CROOKE et MARK PERRY la guerre de 34 jours, aérienne puis terrestre, est une évidente défaite militaire d’Israël.

Troisième Partie

Cette défaite a et va continuer à avoir des conséquences politiques considérables. Le monde arabe et plus largement l’ensemble du monde musulman a vu et compris qu’Israël avait perdu. Cette  victoire a été acquise par une lutte du type de la guérilla populaire et non pas à l’issue d’un affrontement de deux armées classiques. La guérilla a eu la capacité de toucher le territoire israélien lui-même. Les régimes arabes qu’ils soient ouvertement alliés à Israël comme l’égyptien et le jordanien ou simplement passifs se retrouvent en position d’accusés et face à une opinion publique qui leur dit ; « Vous voyez,  il est possible de résister à Israël et vous ne l’avez pas fait. » Ces régimes sont d’autant plus embarrassés que la leçon est administrée par un parti qui, se réclame du chiisme alors qu’ils sont tous sunnites et que ce parti a eu le soutien de la majorité  du peuple libanais : chrétiens, sunnites, chiites, communistes et autres, tous confondus.

 

L’office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (www.reliefweb.int) a publié des cartes détaillées des opérations de la guerre du Liban qui font apparaître toutes les zones de combat et de bombardement. Trop lourdes pour être jointes à ce bulletin elles sont d’une grande utilité.

 

 

Il ne faut pas considérer l’étude de CROOKE et PERRY comme un soutien au Hezbollah (ils reconnaissent d’ailleurs qu’ils n’ont pas rencontré de dirigeants du Hezbollah)  mais plutôt comme une invitation aux gouvernements des Etats-Unis et d’Israël à tirer les leçons de cet échec et à réviser leur stratégie. 

Mais ils admettent que la guerre du Liban est un véritable tournant dans la situation au Proche et au Moyen Orient.

Elle l’est effectivement  pour un ensemble de raisons :

-         l’espoir a changé de camp ce qui est d’une grande importance politique

-         la méthode efficace pour s’opposer à l’expansion sioniste est la guérilla armée sur le modèle vietnamien

-         le conflit est, de facto, internationalisé et pas comme le souhaitait Israël (via l’OTAN). En effet quelles que soient les arrière-pensées – et elles sont nombreuses et en général hostiles au Hezbollah - des diverses fractions de la FINUL,  la présence au Liban, à côté de troupes occidentales, de troupes chinoises, russes, indiennes fait qu’aucun gouvernement important dans le monde ne peut désormais ni  se désintéresser du conflit, ni ignorer les violations du cesser le feu par Israël, ni être à la merci de la propagande israélienne et étasunienne sur la question. Le Liban est devenu un point de cristallisation de l’ensemble des tensions internationales d’où sont seuls absents les militaires US.

-         La sauvagerie des attaques israéliennes contre la population de Gaza est proportionnelle à la crainte de Tel-Aviv de voir la résistance palestinienne passer clairement à  la lutte armée, choix qui s’impose à elle désormais dans la mesure où il est le seul susceptible d’arrêter la mécanique exterminatrice lancée à grande vitesse et où il est clair, même s’il s’agit d’un raisonnement d’apparence glaciale, que les pertes humaines palestiniennes ont atteint un tel niveau qu’il ne serait pas dépassé en cas de passage effectif à la guérilla organisée.

 

 

 

 

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22:37 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, israel, liban, palestine, guerre, barbarie, fascisme, colonialisme, racisme, imperialisme, sionisme, actualite, presse, silence, histoire, romain, courcelles, resistance, solidarite, occupations, oppression capitaliste, onu, otan, propagande, terrorisme, gangsterisme, crimes | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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