02/05/2007

25/04/2007: France : une boîte noire dans la campagne, la défense...

De : info@comite-valmy.org [mailto:info@comite-valmy.org]
Envoyé : mercredi 25 avril 2007 12:35

Objet : France : une boîte noire dans la campagne, la défense

 

Texte envoyé par le Comité Valmy.
La lettre de léosthène
, le 25 avril 2007, n° 298/2007
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France : une boîte noire dans la campagne, la défense


S’il est un sujet déterminant pour l’avenir des Européens, c’est celui de leur défense – sujet absent de la campagne présidentielle française, probablement parce qu’il existe, en France, un consensus sur des éléments fondamentaux : respecter ses alliances tout en étant maître de ses engagements, et lorsqu’il faut s’engager, le faire en concertation avec la communauté internationale, dans le cadre de l’ONU. Mais, comme on l’a vu dans l’affaire irakienne en 2003, l’Europe et l’Union européenne ne partagent pas la même vision de leur sécurité collective.

Et pendant que les Français réfléchissent à leur vote du second tour de la présidentielle, qui aura lieu le 6 mai prochain, les réunions de l’OTAN (1) se multiplient, les Américains, qui en assurent le commandement militaire, tentant de faire avancer leur agenda (2), qui est toujours celui présenté à Riga, en novembre 2006 (3). Il s’agit clairement de transformer l’alliance de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord en lui adjoignant de “ nouveaux partenaires ” hors Europe (Japon, Australie, Nouvelle Zélande pour commencer). Dans quel but ? “ L’OTAN est devenu un instrument pour assurer notre défense collective et faire avancer la paix et la sécurité en orientant ses ressources politiques et militaires pour faire cesser les conflits, dissuader le terrorisme, apporter une sécurité dans les régions déchirées par des querelles, et soulager les souffrances très au-delà de ses frontières ” disait Kurt Volker (2) tout en précisant : “ Pour que cela se mette en place, les Etats-Unis doivent jouer un rôle de leader en investissant politiquement, militairement et financièrement dans l’OTAN ”.

En termes non diplomatiques, cela revient à transformer l’OTAN en instrument d’appui de la politique américaine dans le monde.

Et c’est bien ce qu’avaient compris les alliés européens – qui ont marqué, dans les faits, des réserves. En Afghanistan par exemple, en dehors des Britanniques, chaque pays a gardé son quant-à-soi dans le cadre de la FIAS (IFAS en anglais, Force internationale d’assistance à la Sécurité), mission de maintien de la paix approuvée par l’ONU, et il faut au commandement en chef (qui est tournant) une véritable bible pour savoir qui est autorisé par son gouvernement à faire quoi et à s’engager jusqu’où (4). La mission de la FIAS est restée distincte de l’opération Enduring Freedom proprement américaine, consacrée à la “ chasse aux terroristes ” (à ben Laden en particulier), malgré les efforts de Washington pour fusionner les deux opérations sous sa houlette.

La Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice s’envolera jeudi (26 avril 2007) pour la Norvège pour rencontrer ses homologues de l’OTAN pour discuter de l’Afghanistan et d’autres sujets, a annoncé lundi le Département d’Etat (...). Rice discutera aussi du plan de l’ONU appelant à l’autonomie finale du Kosovo par rapport à la Serbie et du plan américain pour déployer un système de défense anti-missile en Pologne et en République tchèque ” (5). C’est que le menu de la réunion (Conseil informel) est copieux et très épineux (6), bien que déjà abordé le 19 avril dernier lors d’une réunion du conseil OTAN-Russie.

Pour l’heure, en dehors de l’Afghanistan – où les choses se passent plutôt mal – le coeur actuel du sujet est bien l’implantation d’un système anti-missile américain dans l’Union européenne (Pologne et République tchèque). On sait que la position française, par rapport à l’ensemble du plan US concernant l’OTAN comme sur la question anti-missile était très réservée (6). “ Vous parlez aussi de cette décision qui a été prise, de renforcer les systèmes de défense américains en Europe de l’Est. Ce que je peux vous dire, c’est que nous devons être très attentifs, pour ce qui est de ce projet, à ne pas favoriser la création de nouvelles lignes de division en Europe, ou le retour à un ordre dépassé. Ce projet soulève donc, à mon avis, de nombreuses questions, auxquelles il faudra réfléchir avant de répondre ” précisait jacques Chirac lui-même le 9 mars dernier (7).

Eh bien, direz-vous, quelle a été la position de la France le 19 avril ?

La France est restée silencieuse. Ce qui a permis au porte-parole de l’OTAN, James Appathurai, de déclarer à l’issue de la rencontre : “ Il n’y a pas de commentaires critiques sur le système américain ”. L’harmonie règne-t-elle brusquement à l’OTAN, la France a-t-elle changé de politique ?

Si l’on en croit les propos rapportés par l’agence chinoise Xinhuanet – qui confirme nos propres sources – la réalité est plus nuancée, pour ne pas dire très différente. “ S’agissant du projet américain de défense anti-missiles, le président de la République avait insisté, le 9 mars, sur le fait qu’il ne devait pas ’favoriser la création de nouvelles lignes de division en Europe’’ (...). " Nous souhaitons que les questions posées par ce projet fassent l’objet d’un dialogue, en particulier avec la Russie. Les contacts bilatéraux de haut niveau en cours contribuent, à cet égard, à une plus grande transparence, de même que la réunion du Conseil OTAN-Russie qui s’est tenue le 19 avril. Le sujet devrait de nouveau être évoqué à la réunion ministérielle de l’OTAN, à Oslo, le 26 avril ” déclarait lundi 23 avril un porte-parole du ministère des Affaires étrangères françaises.

C’est que les Russes sont effectivement très mécontents, soulignant que le lieu d’implantation logique de ces missiles, s’ils étaient réellement destinés à protéger l’Europe d’une éventuelle attaque iranienne à l’horizon 2015, devrait se situer en Turquie et non pas en Pologne.La Russie s'oppose catégoriquement à la mise en place d'une ABM américaine à proximité de ses frontières ” rapporte l’agence russe Ria Novosti. Ces systèmes sont de toute façon dirigés contre la Russie". Accepter les propositions aurait équivalu à creuser soi-même sa tombe (...)  Mais même en admettant l'existence d'un péril iranien, il serait alors plus logique d'implanter les bases en question non pas en Europe orientale, mais en Turquie, par exemple (...). Moscou estime que les plans américains vont rompre l'équilibre des forces stratégiques en Europe et provoquer une nouvelle course aux armements. " Si nous ne nous entendons pas, nous serons dans l'obligation de trouver une riposte, a dit un diplomate russe informé en évoquant les contre-mesures que la Russie pourrait prendre. Or, il est notoire que les armements offensifs sont toujours meilleur marché que les armements défensifs " (9).

Washington a proposé à Moscou de “ coopérer ”, certes, sans que personne ne soit dupe. “ La Russie et les Etats-Unis se sont lancés dans un jeu militaro-politique captivant. Les Américains donnent l'impression de vouloir exhorter les Russes à prendre part à la construction de leur système antimissile (ABM) en Europe. Une invite à laquelle les Russes semblent en passe de céder. Mais des deux côtés on s'attache à faire en sorte que la coopération fasse long feu ” (9).

Où sont les intérêts européens dans ce jeu ? Ceux de la France ?

En Allemagne, le SPD et le CDU de la coalition Merkel ont pris des positions opposées. Angela Merkel elle-même est dans l’ambiguïté, protégeant son partenariat stratégique avec la Russie – et ses accords sur l’énergie, tout en plaidant un rapprochement avec Washington (en proposant l’ouverture d’une zone de libre échange US/EU, proposition qui va probablement être refusée par le Congrès américain). L’ancien chancelier Schröder dénonce vigoureusement une “ tentative de mener une politique absurde d’encerclement de la Russie qui ne répond en aucun cas aux intérêts de l’Europe " et souligne, d’après ses propos à la presse allemande rapportés par Ria Novosti (10) : “
Personne ne nie l'existence d'insuffisances en matière de démocratie et de droits de l'homme, mais on ne peut oublier que pour beaucoup "le pays se trouve encore au début de son développement". Evoquant le rôle de Moscou en tant que fournisseur de pétrole et de gaz en Europe, Schröder a appelé à comparer la situation en Russie et aux Proche et Moyen-Orient. Selon lui, n'importe quel expert impartial pourrait affirmer qu'il n'y a pas "au monde de région productrice d'hydrocarbures plus stable que la Russie", c'est pourquoi l'UE devrait renforcer son partenariat énergétique avec elle ”.

Quant aux intérêts de la France, les deux candidats en lice pour la finale ne se sont pas en réalité risqués à définir leur position, en rejetant l’un et l’autre les (rares) questions des journalistes à “ la concertation avec l’ Europe et l’OTAN ” - ce qui est un peu court, pour le moins. Dans la presse étrangère et dans les médias français, on brode, faute de mieux, les uns faisant référence à “ Sarkozy l’Américain ”, celui qui a fait allégeance à George Bush, les autres se montrant plus prudents envers un candidat qui a fortement varié au cours de sa campagne. La position de Ségolène Royal n’est pas plus transparente aux yeux des commentateurs.

Que pensent les électeurs ?

Encore faudrait-il qu’ils aient des éléments de réflexion. Parce qu’il est certain que leur avenir tient aux questions de sécurité, de voisinage pacifique, de maîtrise de leur liberté de décision – et qu’ils le savent.

Espérons que les deux semaines qui s’ouvrent permettront – enfin – d’aborder les sujets qui relèvent de la responsabilité présidentielle. Les Français sont un peuple politique. Le taux de leur participation le 21 avril est si haut qu’il “ inquiète ”, dit-on, certains en Europe, qui préfèreraient les voir moins réactifs. Puisqu’ils doivent choisir, évitons les malentendus, qu’ils sachent entre quoi et quoi.

Justement, la réunion de l’OTAN à Oslo vient le 26 avril. Le moment est propice à ouvrir la boîte noire.

Hélène Nouaille


En accès libre : ce que proposait le traité constitutionnel en matière de défense : n° 118/2005
UE : Traité et défense européenne, l’ambiguïté
http://www.leosthene.com/no-118-2005-UE-Traite-et-defense.html


Cartes :
Les pays membres de l’OTAN depuis 1949 :
http://www.histoirealacarte.com/images/cartes_fixes/tome4/otan.gif

Notes :

(1) Nous avons consacré plusieurs lettres au futur de l’Alliance atlantique, mise en place en 1949 à l’aube de la guerre froide. La Grande-Bretagne et la France avait signé, le 4 mars 1947, à Dunkerque, un traité d’alliance et d’assistance mutuelle. Avec les trois pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) qui les rejoignent l’année suivante, le groupe se préoccupe de sa sécurité : il suscite donc le concours d’autres Etats, dont le Canada et les Etats-Unis. S’ouvrent alors des discussions transatlantiques qui aboutiront à la signature du traité.
La France a quitté le commandement militaire intégré de l’organisation en 1966 et l’a réintégrée en 1992.
Texte du traité en français :
http://www.nato.int/docu/fonda/traite.htm
Sur les discussions autour de l’avenir de l’alliance, voir Léosthène n° 213/2006 (accès libre), l’OTAN au futur conditionnel (accès libre)
http://www.leosthene.com/No-213-L-OTAN-au-futur.html

(2) Voir la déclaration de Kurt Volker (Principal Deputy Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs), le 3 mai 2006, sur le site du Département d’Etat américain (en anglais) à l’adresse :
http://www.state.gov/p/eur/rls/rm/65874.htm

(3) Voir léosthène n° 249/2006, L’OTAN à Riga, un fossé culturel et stratégique
http://www.leosthene.com/no-249-2006-L-OTAN-a-Riga-un-fosse.html
Résumé (accès libre) : http://www.leosthene.com/Resume-no-249-2006-L-OTAN-a-Riga.html

(4) Sur les opérations en Afghanistan, les documents concernant l’engagement de l’UE sur le site très clair de l’Université de Montréal (Canada), en français, à l’adresse :
http://www.operationspaix.net/-FIAS-

(5) http://www.eux.tv/article.aspx?articleId=6947

(6) L’importance de la question du bouclier anti-missile ne nous a pas échappé : nous y avons consacré deux lettres récentes.
Voir léosthène n° 284/2007 Bouclier anti-missile : l’Europe touchée au coeur (3 mars 2007)
http://www.leosthene.com/no-284-2007-Bouclier-antimissile.html
Résumé (accès libre) : http://www.leosthene.com/Resume-no-284-2007-Bouclier.html
Et léosthène n° 287/2007 Missiles : l’appel russe à l’Union européenne
http://www.leosthene.com/no-287-2007-Missiles-l-appel-russe.html
Résumé (accès libre) : http://www.leosthene.com/Resume-no-287-2007-Missiles-l.html

(7) 9 mars 2007. Disponible en ligne :
http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/conferences_et_points_de_presse/2007/mars/conference_de_presse_a_l_occasion_du_conseil_europeen.74075.html

(8) Voir le texte complet de Xinhuanet (24 avril, en français) à l’adresse :
http://www.french.xinhuanet.com/french/2007-04/24/content_420226.htm

(9) Article disponible en ligne (en français) à l’adresse :
http://fr.rian.ru/russia/20070424/64258361.html

(10) Article du 12 mars 2007 disponible en ligne (français) :
http://fr.rian.ru/world/20070312/61836083.html

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19:13 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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