01/09/2007

03/06/2007: Venezuela : Bolivar sous le feu des mensonges. ...

Venezuela : Bolivar sous le feu des mensonges.


samedi 2 juin 2007, par Maxime Vivas

La crainte de radoter nous vient à toujours citer le mot de Pierre Bourdieu
sur le phénomène de la « circulation circulaire de l’information ». Mais le
constat est d’actualité. Ainsi, une source politique ayant lancé le bobard de
la fermeture par Hugo Chavez de la chaîne de télévision RCTV, les
journalistes, qui se lisent entre eux, le répètent en boucle jusqu’à ne plus douter
eux-mêmes de sa véracité. Dame ! C’est écrit partout : donc, c’est vrai !
(1)Jeudi. Dans un taxi qui nous ramène des studios de VTV (Venezola de
TeleVision) où nous venons de participer à une émission en direct, Thierry
Deronne, vice-président de Vive TV me fait écouter un message sur son portable. C’
est le correspondant français d’une station de radio allemande qui lui demande
de bien vouloir le rappeler pour répondre aux deux questions suivantes : «
Que pensez-vous de la fermeture de RCTV par Chavez et des menaces de fermeture
de Globavision ? » Analyse : deux questions au contenu faux et une ignorance
du dossier révélée par l’erreur sur le nom de GlobOvision. N’apprend-on pas
dans les écoles de journalisme, pour un dossier conflictuel, à se renseigner
auprès des différents protagonistes avant de recueillir les avis de témoins ?
Si le journaliste en question l’avait fait, ses questions auraient été
différentes. La même mésaventure est arrivée à Benjamin Durand, un Français qui
dispense des cours dans une école de cinéma de Caracas et à qui une journaliste
de RFI pose des questions si manifestement semblables à celles que l’
opposition anti-chaviste auraient posées qu’il refuse de répondre, lui conseillant d’
étudier d’abord le dossier.
Rappelons les faits :
Le 28 mai, la licence autorisant la chaîne de télévision vénézuélienne RCTV
à émettre par voie hertzienne expirait et n’a pas été renouvelée. Mais RCTV
peut disposer du câble, du satellite, d’Internet, comme des centaines de
chaînes à travers le monde.
Par la vertu du pilonnage mondial des médias essentiellement aux mains des
puissances d’argent, ce non renouvellement s’est transformé en « fermeture » d
’une télévision, sonnant le glas de toute liberté d’expression au
Venezuela, accélérant une dérive autoritaire, voire dictatoriale.
Marcel Granier, le patron de RCTV, oubliant à Caracas son arrogance folle,
son mépris des lois et ses préventions contre les résultats du suffrage
universel, s’est précipité en Europe, agneau innocent que le loup prétend dévorer
alors qu’il se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Dans les couloirs
du parlement européen à Strasbourg où il rencontra un Robert Ménard (patron
de RSF) aussi primesautier qu’un croque-mort, il appela au sauvetage de la
démocratie et de la liberté. Ce parlement réunit alors une coalition de partis
de droite et d’extrême droite pour voter une résolution à coloration
Ménardo-Graniériste. L’affaire fut difficile cependant car, sur 785 députés, 65
seulement étaient présents. 43 se laissèrent embarquer dans cette galère (portés
par un élan politicien nourri d’informations erronées) tandis que 22 députés
de gauche votaient contre.
Plusieurs articles ont déjà circulé sur le Net, énumérant les cas de non
renouvellement de licences, voire les brutales suspensions en Europe, en
Amérique du Nord et en Amérique latine. Nul d’entre nous n’en avait entendu parler.
Aucune indignation planétaire n’avait envahi nos médias. L’Europe n’en
souffla mot. RSF ne hurla pas. Aucun parti politique ne lança ses troupes dans la
rue. Aucun opposant ne tira à balles réelles contre des policiers désarmés.
Aucun gouvernement responsable de la répartition (non extensible) du spectre
hertzien ne vit des télés de son pays montrer des manifestants appelant à son
renversement. Aucune télé ne publia des montages d’images faisant voisiner
le chef d’Etat incriminé avec un leader d’Al-Qaida. Aucune ne nous montra l’
attentat dont fut victime le pape Jean-Paul II avec un commentaire laissant
entendre que son président n’était à l’abri de rien (« Soyez sûr que cela ne s’
arrêtera pas ici »). Aucune ne laissa ses journalistes ou invités dire n’
importe quoi (exemple : « Chavez va répliquer en faisant manifester les « hordes
» des « ranchos » (bidonvilles) », ou encore : « Il faut éviter que le
Venezuela devienne une Cuba où les chrétiens sont pourchassés pour être tués »)
[1]. CNN en espagnol n’informa pas l’Amérique latine en utilisant des images
(anciennes mais plus spectaculaires) d’une manifestation au Mexique. Nulle
jeunesse dorée ne sortit des Universités catholiques pour descendre sur le pavé.
Bref, jamais, nulle part, le non renouvellement d’une licence ne fut ainsi
mondialement médiatisé, politiquement exploité au-dedans et au-dehors du pays,
suscitant un déferlement d’informations tronquées ou mensongères, de trucages
d’images, d’appels implicite au coup d’Etat et à tirer sur le chef de l’
Etat.
Et nos beaux esprits européens, drapés dans la cape liliale de leur amour
pour la liberté d’expression (mais pas pour autant de la vérité ), les fervents
défenseurs de la démocratie, se vautrent dans cette fange, marionnettes
agitées par des fils made in USA, bernés par un Marcel Granier que les lois
françaises auraient conduit en prison dès le 15 avril 2002 (lendemain du coup d’
Etat) et par un Robert Ménard, patron d’une organisation dont les effectifs sont
squelettiques et dont les ressources internes sont inférieures à celles qui
lui proviennent des USA, via des organisations écrans de la CIA [2].
Le 27-28 mai, sous le titre : « Censure à la Chávez », Le Monde écrivait
dans son éditorial : « Le président Hugo Chávez a ordonné la disparition de RCTV
». Le quotidien du soir fustigeait cette décision « qui réduit le pluralisme
et augmente la concentration de l’audiovisuel aux mains du gouvernement. »
[3]
Dans le Monde Diplomatique (31 mai 2007) Bernard Cassen fait l’inventaire :
« En 2006, on comptait au Venezuela 20 chaînes hertziennes VHF privées et 1
publique.
On comptait par ailleurs 28 chaînes hertziennes UHF privées, 6 publiques et
44 communautaires.
Actuellement, avec l’incorporation de RCTV, le service public disposera de
deux chaînes hertziennes VHF, de deux chaînes UHF et de deux chaînes sur le
câble. On est très loin du monopole... »
Sans la moindre trace d’humour, l’éditorial qualifie ensuite RCTV de «
chaîne privée qui donnait la parole à l’opposition ». RCTV donnait effectivement
la parole à l’opposition, et ne faisait même que cela ! Des études de contenu
effectuées sur le mois de janvier 2007 montrent que, dans ses programmes,
elle a invité 21 personnalités hostiles au gouvernement, et aucune qui lui soit
favorable. Le même mois, une des quatre autres grandes chaînes privées,
Globovisión, a invité 59 opposants à M. Chávez et 7 de ses partisans. Seule
Televen a respecté la parité : deux de chaque camp.
Certes on peut regretter que la seule chaîne publique hertzienne jusqu’ici
contrôlée par le gouvernement, Venezolana de Television (anciennement Canal
+8), ne soit pas non plus un modèle d’équilibre, mais comment pourrait-il en
être autrement dans un paysage médiatique où la plupart des journaux, radios et
chaînes de télévision se comportent en partis politiques d’opposition ? Il
faut espérer que TVES, la chaîne qui reprendra le signal de RCTV, tiendra ses
promesses de pluralisme, même dans ces circonstances adverses.
Du côté de la presse écrite, la situation est encore plus tranchée : sur 10
quotidiens de diffusion nationale, 9 sont des opposants déclarés au
gouvernement. Si l’on étudie le contenu des articles d’opinion publiés dans quatre d’
entre eux au mois de janvier 2007, on obtient les résultats suivants : pour
El Nacional, 112 hostiles, 87 neutres et 6 favorables ; pour El Universal, les
chiffres correspondants sont 214, 89 et 9 ; pour Ultimas Noticias, 31, 59 et
18 ; pour El Mundo, 49, 39 et 15. Ce qui ne les empêche pas de recevoir de la
publicité des entreprises, des agences et des collectivités publiques.
Prétendre que la liberté d’expression est menacée au Venezuela relève donc
de la plus insigne mauvaise foi. Il suffit de s’arrêter devant un kiosque à
journaux ou de passer une heure devant un poste de télévision pour être
convaincu du contraire. C’est même sans doute le seul pays du monde où, dans le
passé, des appels publics à l’assassinat du président n’ont pas entraîné des
poursuites judiciaires.
Ajoutons qu’il existe un divorce flagrant entre les idées de la population
(63 % ont voté pour Chavez en décembre 2006) et le positionnement politique
extrême de la plupart des médias qui se substituent ouvertement aux partis d’
opposition [4].
Des étudiants, chauffés à blanc par la télévision, encouragés par les
réactions de la presse étrangère, réécrivent, peut-être sans le savoir, un sinistre
scénario rôdé au Chili en 1973. Cette année-là, les Universités privées, la
Fédération des Etudiants de l’Université Catholique appelèrent à défendre la
liberté d’apprendre, contre l’instrument « marxiste de politisation des
consciences » qu’ils combattirent dans la rue contre le pouvoir de l’Unité
Populaire de Salvador Allende.
L’attribution du canal hertzien de RCTV à la nouvelle chaîne (TVES) devrait
réjouir les hommes de bonne volonté : elle réduit le divorce politique entre
les médias et la population, le déséquilibre entre les secteurs médiatiques
privé et public, elle offre un espace de culture et d’éducation à un pays où l’
analphabétisme vient à peine d’être éradiqué.
Sans l’agitation artificielle et purement politique qui a entouré la
naissance de TVES, on aurait parlé d’une décision utile à la paix civile. Quoi qu’
il en soit, c’est bien ainsi qu’elle sera vue par l’Histoire. Maxime Vivas,
Caracas, 1er juin 2007.



[1] Je cite ici, de mémoire mais fidèlement, des choses que j’ai
personnellement entendues à Caracas en zappant sur des chaînes de télévisions privées.
[2] Avertissement aux esprits sceptiques : je tiens les chiffres à
disposition et ils me viennent d’une source que les anti-chavistes ne pourront réfuter
: RSF.
[3] Lors de sa conférence de presse du lundi 28 mai à l’hôtel Hilton de
Caracas, Robert Ménard eut quelques difficultés, à répondre à plusieurs questions
dont l’une était : « Vous protestez ici contre la concentration de la
presse. Vous ne l’avez pas fait en France contre la concentration des médias entre
les mains de Dassault et Lagardère. Est-ce parce que ces oligarques font
partie de vos sponsors ? »
[4] Depuis le 28 mai Globovision, se substitue à RCTV dans l’excitation des
classes moyennes et des étudiants fils à papa qui jouent à faire un mai 68 à l
’envers. Le gouvernement a mis en garde cette chaîne, mais aucune menace de
suspension n’a été proférée. Il est certain qu’en France, elle aurait déjà
été au moins sanctionnée pour infraction au Cahier des Charges et diffusion de
fausses informations. La question de savoir si elle ne recherche pas une
décision de fermeture afin de créer un processus contre-révolutionnaire ne
saurait être écartée.

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21:49 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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