15/12/2007

Il y a eu 90 ans, la révolution russe

Octobre 1917 : les jours qui ébranlèrent le monde

Ce furent les « dix jours qui ébranlèrent le monde » selon les mots du journaliste américain John Reed. Ce fut Octobre 1917, la révolution socialiste russe. Voici son histoire en photos.

Julien Versteegh
17-10-2007

La Russie avant la Révolution

1914. Les riches s'amusent. La Russie avant la révolution est un système moyen-âgeux où tout le pouvoir n’appartient qu’à un seul homme, le Tsar Nicolas II. Le Tsar s'appuie sur une minorité de nobles et de grands bourgeois. (Photo : un bal à Saint-Pétersbourg)
1914. Les pauvres trinquent. La Russie compte alors deux millions d’ouvriers et cent millions de paysans sans terre. Les ouvriers se concentrent principalement dans les grandes villes. Les syndicats sont interdits, la grève est un délit.Les ouvriers travaillent 13 heures par jour, ils gagnent 15 roubles par mois, le prix d’une paire de bottes. (Photo : centre pour chômeurs à Saint-Pétersbourg)
1914. Si une petite partie des paysans s’était enrichie et constituait un soutien au régime, le nombre de paysans sans terres avait augmenté. Ils réclamaient la propriété de la terre et étaient réceptifs aux idées révolutionnaires. (Photo : un paysan et son fils dans un petite bourgade de province)

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Une guerre des riches où ce sont les pauvres qui meurent

La Première Guerre mondiale 1914-1918. La Russie tsariste, aux côtés de la France, de l’Angleterre, de la Belgique, combat l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne. Si en 1914, les soldats russes partent le coeur vaillant, début 1917, ils n’en peuvent plus et n’en veulent plus : 2,5 millions de morts, 4 millions et demi de blessés, 1 million de déserteurs. Pour qui ? Pour quoi ? Cette guerre, répondent les communistes, opposent deux groupes d’oppresseurs pour se repartager le monde. Le peuple n’a rien à y gagner et, pour y mettre fin, il faut renverser le régime. « A bas la guerre », « A bas le tsar Famine » sont lancés par les communistes et repris par le peuple.

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La chute du tsar

Février 1917. La guerre ne fait qu’aggraver la situation interne. Sur 12 millions de combattants engagés dans l’armée russe, plus de 10 millions sont des paysans. Ceux-ci veulent la propriété de la terre. Ils désertent en masse. Dans les villes, les ouvriers qui souffrent de famine, partent en grève. Entre le 10 et le 24 février 1917, plus de 300 000 ouvriers défilent dans les rues de Saint-Pétersbourg, capitale de l’Empire. Dans la matinée du 26 février, la grève se transforme en insurrection. Les soldats se joignent aux grévistes. En quelques jours le régime s’effondre. Après une première tentative manquée en 1905, dix siècles de pouvoir absolu viennent de prendre fin. Le Tsar Nicolas II abdique. (Photo : les aigles impériaux sont brûlés en rue)

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Un double pouvoir : les soviets et le gouvernement provisoire

Mars 1917. Se met alors en place un gouvernement provisoire de la bourgeoisie dirigé par Kerensky (auquel participent les mencheviks) et qui veut continuer la guerre. Mais dès les premiers jours, des conseils d’ouvriers et de soldats sont constitués : les Soviets. Celui de Saint-Pétersbourg, rebaptisée Petrograd, est le plus important. Les Soviets sont la base du pouvoir populaire. Plus tard, les ouvriers et soldats seront rejoints par la grosse masse des paysans. Il y a deux pouvoirs concurrents et les tensions entre le gouvernement provisoire et le Soviet de Pétrograd vont s’amplifier jusqu'en octobre 1917 quand les Soviets s'empareront de tout le pouvoir. (Photo : le Soviet de soldats de Pétrograd)
Avril 1917. Lénine, le dirigeant du Parti bolchevik (communiste), éternel opposant au tsarisme rentre de son exil suisse. Des milliers d’ouvriers et de soldats l’attendent à la gare de Pétrograd. Il y prononce un discours (qui deviendra ses « Thèses d’avril ») qui dresse un plan de lutte : « Aucun soutien au gouvernement provisoire », « Tout le pouvoir aux Soviets », résume sa stratégie.
Mai-Juin 1917. Le gouvernement provisoire ne peut rien : ni satisfaire les revendications des ouvriers pour de plus hauts salaires, ni nationaliser la terre pour les paysans, ni faire la guerre, ni conclure la paix. Les revendications des bolcheviks gagnent du terrain : « Tout le pourvoir aux Soviets, pain, paix et liberté ». (Photo : rassemblement ouvrier à Pétrograd)
Juillet 1917. Cent mille ouvriers et soldats descendent en avril dans la rue à l’appel des bolcheviks. Le mécontentement gagne la campagne où les demeures des grands propriétaires sont brûlées. En ville, les grèves se succèdent. En juillet, une tentative d'insurrection populaire est réprimée dans le sang. Kerensky fait tirer sur la foule à Pétrograd. La répression s’abat sur les communistes. Lénine doit à nouveau fuir en Finlande où il se cache dans une hutte. (Photo : foule prise sous les tirs sur la perspective Nevsky à Pétrograd)
Août-Septembre 1917. Alors que la guerre continue, l’approvisionnement des villes ne suit plus. La pénurie force le peuple à de longues filles d’attente. La faim s’installe. (Photo : femmes attendent devant un boulangerie)

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Les dix jous qui ébranlèrent le monde

Août-Septembre 1917. Les manifestations se multiplient comme ici où l’on peut lire sur les banderoles « Assistance publique », « Augmentation des allocations aux familles de soldats ! ». Bientôt le gouvernement provisoire va voir se dresser contre lui la grande masse du peuple qui n’en peut plus.
Septembre 1917. Le gouvernement provisoire charge le général Kornilov de rétablir l’ordre. Celui-ci vise le pouvoir et organise un putch. Devant le danger, les communistes s’organisent et mobilisent le peuple. Le coup est tué dans l’œuf. Le peuple a perdu toute confiance dans le gouvernement provisoire, les bolcheviks en ressortent renforcés. (Photo : meeting bolchevik à Pétrograd)
Octobre 1917. Le 7 octobre, Lénine rentre à nouveau d’exil. Les bolcheviks deviennent majoritaires au sein du Soviet de Pétrograd et de Moscou. L’heure est mûre. Le peuple veut le changement. Cela décide les bolcheviks à préparer l’insurrection. Les travailleurs rejoignent les Gardes Rouges, milices armées de défense de la révolution (photo). Les régiments de l’armée passent du côté des communistes. Un comité militaire révolutionnaire est créé par le Soviet de Pétrograd. Le gouvernement provisoire est retranché dans le Palais d’Hiver sous la protection de quelques centaines d’élèves officiers et d’un bataillon de femmes soldats.
Le 13 octobre, la flotte de la Baltique se met sous les ordres du comité militaire révolutionnaire. Le 18 octobre, la garnison de Pétrograd ne reconnaît plus le gouvernement provisoire: chaque régiment de l'armée, chaque bataillon de Gardes Rouges reçoit une mission simple à remplir. Le croiseur Aurore, acquis aux bolcheviks, braque ses canons sur le Palais d'Hiver (Photo : les Gardes Rouges, milices armées de soldats, de paysans et d'ouvriers)
25 octobre. A midi, la Banque d'Etat, la Centrale électrique, la Poste et l'Agence télégraphique sont occupées par les Gardes Rouges. Une masse de soldats et d'ouvriers armés encerclent le Palais d'Hiver où continue de siéger le gouvernement provisoire. A 18 heures, un ultimatum lui est lancé. A 22 heures, les Gardes Rouges occupent l'aile nord. A deux heures du matin les défenseurs se rendent, la révolution a triomphé. Les nuits qui suivent, pas un vol, pas un crime n'a lieu dans les rues de Petrograd. (Photo : les forces révolutionnaires à l'assault du Palais d'Hiver)

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La révolution et après...

26 octobre. Un nouveau gouvernement est créé: le Conseil des commisaires du peuple présidé par Lénine. En une journée, il réalise le programme que le gouvernement Kerensky n'est pas parvenu à appliquer en huit mois: tout le pouvoir aux soviets, la paix, le pain, la terre. Quelques jours plus tard, le pouvoir des Soviets est établi aussi à Moscou et se répand dans le reste de la Russie. (Photo : l' annonce de la révolution gagne les campagnes où elle est accueillie par des scènes de joie.)
27 octobre 1917. Le Congrès des Soviets décide de la paix tant attendue. « Le gouvernement ouvrier et paysans (…)propose à tous les peuples belligérants et à leur gouvernement d’entamer des pourparlers immédiats en vue d’une paix juste et démocratique »1. Les pourparlers de paix avec l’Allemagne commencent à Brest-Litovsk en décembre 1917. La paix est signée en mars. Mais les grandes puissances ne l’entendent pas de cette oreille. Une coalition de 25 pays (dont la Belgique) intervient et soutient les forces contre-révolutionnaires russes provoquant une guerre civile sanglante jusqu’en 1922. (Photo : soldats russes et allemands fraternisent sur le front) 1 Décret présenté au Congrès des Soviets le 26 octobre 1917

27 octobre 1917. « La propriété des propriétaires fonciers sur la terre est abolie immédiatement ». Par ces quelques mots, le nouveau gouvernement soviétique remet la terre pour la première fois à des millions de paysans russes sans terre. La mainmise des grands seigneurs est terminée. (Photo : paysannes aux champs dans la région de Moscou)

 

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Octobre dans le monde

Fin de la guerre 1914-1918. Octobre va chambouler le monde. Les soldats des puissances alliées se révoltent forçant la fin de la guerre en 1918. Dans la foulée, des insurrections éclatent en Hongrie et en Allemagne. Si elles sont écrasées, l’oeuvre fait son chemin. L’influence internationale de la révolution d’Octobre sera phénoménale. D’abord avec la création des différents partis communistes du monde dès 1920, comme le Parti communiste Belge. 1917-1975. Octobre influencera les premières indépendances nationales des parties asiatiques de l’Empire Russe : Ouzbékistan, Kazakstan, Géorgie, Arménie et sème en Asie et en Afrique, les premières graines des luttes pour l’indépendance nationale de ces pays. La révolution d’Octobre influencera les révolutions chinoise (1949), vietnamienne (1954-1975), cubaine (1959) ou coréenne (1945). Tandis que la jeune Union Soviétique jouera un rôle déterminant dans la défaite du nazisme 28 ans après Octobre. (Photo : le triomphe de la révolution cubaine)

Sources photos: Claude Renard, Octobre 1917 et le mouvement ouvrier belge, Bruxelles, 1967 | Lénine, Bref essai biographique, Moscou, 1972. | Georges Soria, Les 300 jours de ma Révolution Russe, France, 1967. | Selected Photo from China, Pékin, 1977. | Frédéric Rossif, Madeleine Chaspal, Révolution d’Octobre, Hachette, 1967. | Illustrierte Geschichte der Grossen Sozialistischen Oktober-revolution, Berlin, 1982. | De eeuw van Rusland, de geschiedenis van een weeldmacht, Londres, 1994.

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Petit lexique de la Révolution Russe

Lénine : Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine (1870- 1924). Révolutionnaire et homme politique russe, dirigeant du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, fondateur et dirigeant du parti bolchevik, a dirigé la révolution russe.

Bolchevik : Le parti bolchevik est une fraction du Parti ouvrier social-démocrate de Russie puis un parti indépendant à partir de 1912. Il prend le pouvoir au nom des soviets en octobre 1917. En 1922 il devient le Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS).

Menchevik : Autre fraction du Parti ouvrier socialdémocrate de Russie, cette tendance est la tendance sociale-démocrate. Fraction opposée aux bolcheviks. Soviet : Le mot russe Soviet signifie conseil. Apparu pour la première fois lors de la révolution manquée de 1905, les Soviets d’ouvriers, de soldats et de paysans deviendront la base de la révolution d’Octobre.

Kerensky : (1881- 1970) Il occupa divers postes ministériels dans les deux premiers gouvernements après la révolution de février et fut le président des deux suivants jusqu’à la prise du pouvoir par les bolcheviks lors de la révolution d’octobre.

Octobre en Novembre ? La révolution d’Octobre s’est en fait passée en novembre. Le calendrier russe était alors l’ancien calendrier julien en retard de quelques jours sur notre calendrier grégorien. Les évènements du 25 octobre (calendrier julien) se sont passés le 7 novembre (calendrier grégorien). Nous utilisons dans ce dossier le calendrier julien.

« La révolution russe se livre à vous »

LIVRES • John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, Le Seuil, 1996. • Histoire du Parti Communiste Bolchevik de l’URSS En vente au PTB shop, 171 blvd Lemonnier, 1000 Bruxelles
FILM Reds, est un film de 1981 mettant en vedette Warren Beatty et Diane Keaton. Il tourne autour de la vie de John Reed, militant communiste et journaliste et écrivain qui fit la chronique de la révolution russe et de son livre Dix jours qui ébranlèrent le monde. Disponible en médiathèque
FILM • Octobre, grand classique d’Eisenstein, 1927. Noir et blanc. Muet. Disponible en médiathèque.

21:14 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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