27/12/2007

Saddam Hussein : l'exécution qui abrège un procès gênant

Officiellement, Saddam a été pendu pour la mort de 148 villageois chiites à Dujail en 1982. Mais d’autres raisons se cachent derrière cette exécution.

Bert De Belder
10-01-2007

Maart 2003. Een man staat op de ruïnes van zijn stukgeschoten huis in Bagdad. Een snelle executie van Saddam Hoessein moest de verantwoordelijkheid van de Amerikanen in het Irakese leed bedekt houden. (Foto Geert Van Moorter)

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Le procès contre Saddam Hussein a été présenté comme un procès du peuple irakien contre son ancien président. Les Irakiens auraient ainsi réglé les comptes avec leur passé. Vraiment ?

« Ce procès était biaisé sur plusieurs points, explique Malcolm Smart, directeur d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. L’indépendance et l’impartialité du tribunal étaient contestables. Il y a eu des interventions d’ordre politique. Trois des avocats de la défense ont été assassinés1. »

Si les juges étaient irakiens, le reste était made in USA. Partout, on trouve des traces de la présence américaine. Ce sont des troupes américaines qui ont arrêté Saddam. Il était détenu à Camp Cropper, une base des forces aériennes américaines. Les Etats-Unis ne l’ont remis aux Irakiens que quelques heures avant l’exécution.

Le tribunal spécial qui a condamné Saddam est l’œuvre de Paul Bremer, anciennement à la tête de l’occupation américaine en Irak et ce sont des avocats américains qui ont rédigé les statuts du tribunal en question. Les Etats-Unis ont injecté plus de 100 millions de dollars dans ce tribunal et sont intervenus directement dans le déroulement du procès.

La sentence est tombée juste avant les élections américaines début novembre dans le but d’influencer le résultat en faveur de Bush. L’exécution s’inscrit également dans la campagne de propagande offensive lancée par Bush et ses semblables pour contrer les trop nombreuses mauvaises nouvelles - à leur goût - sur l’Irak. Bush voudrait en effet envoyer davantage de troupes à Bagdad, pour poursuivre une guerre qu’en réalité les Etats-Unis ont déjà perdue.

Ce qu’aurait révélé la continuation du procès de Saddam Hussein

Pourquoi a-t-on voulu régler au plus vite le procès et l’exécution de Saddam Hussein ? C’est peut-être parce que les autres crimes dont Saddam était accusé se sont produits pendant la guerre Iran-Irak (1980-88) et la guerre du Koweït (1990-91), et que cela aurait entraîné l’implication des Etats-Unis dans les dizaines de milliers de morts qu’a subi la région depuis 25 ans ?

La responsabilité des Etats-Unis dans le prolongement de la guerre Iran-Irak aurait, par exemple, inévitablement refait surface. « J’espère qu’ils vont s’entretuer », avait dit l’ancien secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, Henry Kissinger, à propos de cette guerre qui a fait un million de morts.

L’Iran de Khomeiny et l’Irak de Saddam Hussein dérangeaient Washington car ils voulaient, chacun à leur façon, se détacher de l’influence américaine dans la région. George Bush père (vice-président de 1980 à 1988, président de 1988 à 1992) l’a confirmé dans ses Mémoires : « Après la chute du shah d’Iran en 1979, les Etats-Unis ont décidé de n’avantager ni l’Iran, ni l’Irak. C’est ce qui a fait pencher l’administration Reagan en faveur de Bagdad. Non par préférence pour l’un ou l’autre de ces deux régimes criminels, mais parce que nous ne voulions pas qu’un pays puisse sortir vainqueur du conflit. Nous étions convaincus que l’Irak, à ce moment, se trouvait dans la position la plus faible2. »

Pour en savoir plus

Mohammed Hasan & David Pestieau, L’Irak face à l’occupation, EPO, 2004, 15 euros. A commander sur www.solidaire.org/shop.

A un certain moment de la guerre, les Américains ont ainsi vendu des armes chimiques à l’Irak et bombardé des installations pétrolières iraniennes. A d’autres moments, les Américains ont livré de l’artillerie anti-aérienne à l’Iran (comme l’a révélé le scandale de l’Irangate), quand l’Irak aurait pu prendre l’avantage. Saddam Hussein l’avait reconnu en 1990 : « Les Américains n’auraient-ils pas pu arrêter la guerre ? Ils ont laissé l’Iran et l’Irak se battre pendant huit ans. Durant ces huit années, ils étaient très contents de nous. Ne serait-ce que pour pouvoir nous vendre des armes et faire baisser le prix du pétrole. »3

Une autre partie prévue du procès était celle de la guerre au Koweït (1990-91). Là aussi, le gouvernement américain n’en serait pas sorti tout blanc. Ni sur le quasi feu vert accordé par l’ambassadrice américaine fin juillet 1990 à l’Irak pour envahir le Koweït. Ni sur le refus obstiné des Etats-Unis d’une sortie négociée de la crise, proposée par d’autres pays arabes. Ni encore sur les 200 000 morts irakiens de la guerre déclenchée par George Bush le 17 janvier 1991.

Valait-il mieux étouffer l’affaire ? Saddam Hussein devait-il emmener son secret dans sa tombe ? La suite du procès contre Saddam Hussein n’allait-elle pas justement mettre en lumière aux yeux du monde entier les origines réelles de la guerre de 2003 qui remontent à la guerre Iran-Irak et à la première guerre du Golfe ?

1 BBC World, 30-12-2006. • 2 George Bush senior et Brent Scowcroft, George Bush à la Maison Blanche, 4 ans pour changer le monde, Editions Odile Jacobs, Paros, 1999, p. 330 • 3 Cité par Chapour Haghigat, Histoire de la crise du Golfe, Editions Complexe, Bruxelles, 1992, p.64

Pour de la salade et des concombres ?

« L’Occident a réglé son compte à un leader arabe qui n’obéissait plus aux ordres de Washington », a déclaré le spécialiste du Moyen-Orient Robert Fisk. Si, comme le prétend Bush, la pendaison de Saddam fait partie d'un processus démocratique, comment expliquer que de nombreux régimes autoritaires de la région entretiennent de si bons rapports avec les Etats-Unis ?

Le président égyptien, la dynastie d’Arabie saoudite doivent-ils également craindre la pendaison ? Pour l’écrivain Noam Chomsky, on peut très difficilement croire « que les Etats-Unis auraient « libéré » l’Irak si les principaux produits d’exportation du pays avaient été la salade et les concombres et si les principaux gisements pétroliers ne s’étaient pas trouvés au Moyen-Orient mais dans le Pacifique1. »

 

Et les autres coupables ?

« Riverbend », célèbre bloggeuse anonyme de Bagdad, se demande pourquoi « un des pays les plus développés du monde n’a absolument pas aidé à la reconstruction de l’Irak ni réussi à rédiger une Constitution convenable, mais a participé à la mise en place d’un tribunal fantoche et à un lynchage. Un lynchage qui dans les livres d’histoire passera pour la plus grande réalisation des Etats-Unis en Irak. Et à présent ? Qui va-t-on pendre pour les centaines de milliers de victimes tuées par la guerre et l’occupation ?2 » 

Y aura-t-il un jour un procès contre les responsables des 655 000 Irakiens tués depuis l’invasion en mars 2003 – pour la plupart civils –, le 1,5 million d’Irakiens victimes des sanctions qui ont précédé la guerre, les victimes de tortures à Abu Ghraib et les nombreux autres crimes de guerre perpétrés par les Américains et les Britanniques ? Quand poursuivra-t-on Rumsfeld, Bush ou Blair ?

1 news.independent.co.uk • 2 riverbendblog.blogspot.com/, 31 december 2006

21:51 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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