16/01/2008

Ex-agent de la CIA et ami de Cuba, Philip Agee est décédé ...

« J’ai écrit par solidarité avec les victimes des opérations de la CIA »
Ex-agent de la CIA et ami de Cuba, Philip Agee est décédé

Le 27 octobre dernier, Philip Agee était encore l’invité d’honneur de la fête Che Presente à Bruxelles. Nous publions ici des extraits d’une interview accordée à Indymedia.be.

Grégory D’Hallewin*
16-01-2008

Après 12 ans de travail à la CIA, Agee a recommencé à étudier et a réalisé « que ce que mes collègues faisaient à la CIA durant les années 50 et 60 n’était que la continuation de près de 500 ans de répression politique. Nous devions arrêter de violer la souveraineté de ces pays, arrêter ces interventions. » Photo: Philip Agee à la fête Che Presente à Bruxelles en octobre 2007. (Photo Solidaire, Ann Goemaere)

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Le parcours de Philip Agee est des plus extraordinaires. Entré à la CIA par goût de l’aventure durant la seconde moitié des années 1950, il la quitte en 1969. Il opère alors progressivement une métamorphose politique. Il lit énormément et prend conscience que les activités de l’Agence en Amérique latine étaient « la continuation de près de 500 ans de répression politique ». Par solidarité envers les victimes, il décide de publier un livre détaillé sur ces activités : « Inside the Company : CIA Diary ».

 

Pouvez-vous expliquer les motifs qui vous ont amené à entrer à la CIA ?

Philip Agee. Peu avant la fin de mes études, la CIA a envoyé un homme de Washington à l’Université, qui se situait près de Chicago. Je précise que je suis originaire de Floride. À l’époque, je lui ai dit que je préférais refuser l’offre parce que j’étais sur le point d’étudier le droit à l’Université de Floride. Ce que j’ai fait. Alors que j’étudiais, j’ai fait un voyage à La Havane, je pense que c’était en janvier 1957. J’avais beaucoup apprécié la nourriture, les danses, les gens et je me suis dit que travailler pour la CIA m’amènerait à travailler dans des endroits comme celui-là. Je pensais aussi que ce serait particulièrement intéressant de travailler dans un domaine comme la sécurité nationale et le renseignement. Donc j’ai écrit à la CIA. Ils m’ont aussitôt répondu. Ils m’ont payé le voyage jusque Washington pour procéder à des interviews et à des tests. Les trois mois qui ont suivi, j’ai fait deux ou trois voyages entre la Floride et Washington. Environ six mois plus tard, à l’été 1957, j’étais embauché.

J’étais un jeune homme. J’avais seulement 22 ans et je voulais de l’aventure. Je voulais vivre une vie intéressante, vivre dans des endroits intéressants, relever des défis. J’étais un bon étudiant. J’ai eu une bonne éducation mais je n’étais pas politiquement conscientisé.

 

Quelles ont été les raisons de votre démission?

Philip Agee. C’était en 1969, après près de douze ans. Je suis allé à Mexico dans le cadre des Jeux Olympiques, un an et demi avant les Jeux. J’étais assistant spécial de l’ambassadeur pour les Jeux Olympiques, un attaché olympique. Mon travail consistait à recevoir les gens impliqués dans l’organisation, à les rencontrer, à faire leur connaissance et à voir dans quelle mesure la CIA les intéressait. Des gens de tous les secteurs, le monde culturel, les partis politiques, des gens de toutes sortes d’institutions, des professionnels … Il y avait des centaines de personnes intéressées par la CIA. Je devais rencontrer ces gens, les « cultiver ». Après les Jeux, je devais recevoir un nouveau bureau à la CIA. Là, je devais faire le suivi des personnes rencontrées dans le cadre de mon travail d’attaché olympique et procéder à du recrutement pour la CIA.

Mais il y a aussi une histoire personnelle. Le Comité Olympique avait désigné une femme pour travailler avec l’ambassade des Etats-Unis et avec moi pour les Jeux. Elle était originaire de New York où elle avait épousé un Mexicain. Elle avait eu trois filles avec lui, puis elle avait divorcé, avant que je ne la rencontre. J’étais moi-même en instance de divorce à l’époque. J’étais parti seul à Mexico.

Début octobre 1967, nous étions au restaurant. L’assassinat du Che en Bolivie fut annoncé. Soudainement, elle perdit le contrôle d’elle-même, elle entra dans une rage folle, utilisant les pires termes de langage que vous pouvez imaginer. Elle maudissait la CIA d’avoir assassiné le grand espoir de l’Amérique latine : El Che. J’étais assis et j’écoutais. Elle ignorait que j’étais de la CIA. Et je ne pouvais pas le lui dire. Je me suis dit qu’il allait falloir que je prenne une décision. Déjà, à ce moment, j’avais en tête de démissionner et de commencer une nouvelle vie. C’est ce que j’ai fait. J’ai remis ma démission en janvier 1969.

Donc je suis entré à la CIA pour des raisons essentiellement non politiques, et je l’ai quittée pour des raisons qui également étaient essentiellement non politiques.

 

Quand est survenue votre prise de conscience politique ?

Philip Agee. Plus tard. Et de façon graduelle. Après ma démission, j’ai étudié à l’Université Nationale de Mexico. Une des premières choses que j’ai faite après avoir démissionné est d’entamer un programme d’études de l’Amérique latine. J’ai lu beaucoup. Par exemple le Che. J’ai découvert qu’il avait des vues politiques très positives. En faisant ces études, j’ai commencé à avoir l’idée d’écrire un livre. J’ai réalisé que ce que mes collègues faisaient à la CIA durant les années 50 et 60 n’était que la continuation de près de 500 ans de répression politique. Donc, j’ai pensé que nous devions arrêter de violer la souveraineté de ces pays, arrêter ces interventions …

 

Justement, en 1975, en Grande-Bretagne, vous publiez votre livre intitulé « Inside the Company : CIA Diary ». Dans quelle perspective le faites-vous ?

Philip Agee. Je l’ai fait comme un acte de solidarité avec les gens qui étaient les victimes des opérations de la CIA : les victimes de la torture, de la répression politique, les «disparus», etc. C’était la véritable motivation derrière l’écriture de mon livre et de mes articles, derrière ma participation à des programmes télévisés et radiophoniques et à différents types de médias. Mon but était de répandre la vérité sur ce que fait la CIA et comment c’est lié à la politique étrangère des USA. Et comment cette politique étrangère est liée à un système plus global, aux Etats-Unis, un système qui est complètement injuste. Et qui produit ces choses scandaleuses que la CIA fait.

 

(*) L’interview complète est consultable sur www.indymedia.be

> L’ancien agent de la CIA, Philip Agee sera l'invité d’honneur de Che Presente

12:55 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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