25/01/2008

Anniversaire :: La révolte des étudiants de janvier 68 (1ère partie)...

Mai 68 n'a pas commencé en mai...

Mai ’68 est sans conteste un point fort de la révolte démocratique contre le conservatisme de la société d’alors. Une période passionnante et instructive qui avait déjà commencé en 1966.

23-01-2008

Louvain, 20 janvier 68. Dans la bouche des étudiants, c'est le slogan «Bourgeois dehors» qui remplace le trop connu «Wallons dehors» (Photo Een kwarteeuw mei ‘68)

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« Mai ‘68 » symbolise en réalité les événements chaotiques qui se sont déroulés entre 1965 et 1970. Tout commence dans les murs de l’Université Catholique de Louvain alors bilingue. La direction de l’Université est aux mains d’évêques autoritaires et rétrogrades. Depuis quelques temps déjà, l’agitation nationaliste flamande réclame au cri de « Wallons dehors » la scission de l’Université en une aile néerlandophone et francophone.

Le 13 mai 1966, une ordonnance épiscopale met le feu aux poudres. Les évêques décrètent le maintien de l’unité de l’université dans une « ordonnance » à laquelle « doit se soumettre toute personne membre de l’université ».

Heurtés par l’autoritarisme de la déclaration, des milliers d’étudiants descendent dans la rue plusieurs jours d’affilée. A chaque fois, ils sont pris d’assaut par des pelotons entiers de gendarmes. Cette révolte qui a duré cinq jours, impliquait également les écoles secondaires flamandes. Le slogan « Walen Buiten » domine les manifestations.

Mais un an et demi plus tard, en janvier 1968, éclate une nouvelle révolte. Le climat est alors complètement différent.

Journal de bord d’une révolte

13 janvier. Les évêques belges déclarent à nouveau avec autant d’arrogance qu’en mai 1966, que l’université francophone restera à Louvain.

Le mouvement étudiant distribue alors des tracts sur lesquels on peut lire « Bourgeois dehors! Il faut détruire la Société Générale ! (à l’époque le groupe capitaliste le plus important de Belgique) Une université wallonne pour les Wallons en Wallonie ! Des universités démocratiques ! ».

Mardi 16 janvier. Le leader du mouvement étudiant, Paul Goossens, s’adresse à une salle archicomble au collège De Valk. « Bourgeois dehors » a remplacé le slogan « Wallons dehors » dans la bouche des masses d’étudiants déchaînés.

Mercredi 17 janvier. Tout Louvain néerlandophone est en grève. A 17h00, l’Alma II est comble. A peine les premières paroles sont-elles prononcées que la gendarmerie fait irruption dans la salle. Ils arrêtent Paul Goossens et l’emmènent à la caserne. Mais des dizaines d’étudiants moins connus, avec les mêmes idées de gauche et la même force de persuasion, sont prêts à prendre la relève.

Jeudi 18 janvier. Tout attroupement est désormais interdit. Mais le soir, 2000 étudiants se retrouvent à l’Alma.

Vendredi 19 janvier. Trois milles étudiants se rassemblent devant les halles où se réunit le conseil académique. La gendarmerie tente de les disperser par tous les moyens. Le conseil académique décide alors de suspendre les cours jusqu’au 27 janvier.

Lundi 22 janvier. Les autorités constatent leur erreur. Malgré toutes les mesures prises, le mouvement ne s’est pas éteint : dans l’après-midi, 2000 étudiants se réunissent à nouveau à l’Alma II. L’assemblée populaire devient une habitude, elle contraste singulièrement avec les événements de mai ’66 puisqu’à l’époque aucun rassemblement politique de masse n’a eu lieu. Ces assemblées populaires stimulent le débat politique, elles permettent la mise au point de projets politiques et créent l’unité parmi les étudiants. Ce jour-là l’assemblée populaire décide que la révolte de Louvain sera la base d’une campagne politique nationale. La semaine suivante, les étudiants se rendent dans les écoles secondaires et aux portes des usines.

Mardi 23 janvier. A Gand, les étudiants se mettent également en grève et font le tour des écoles. A Mol et à Lommel, 1500 lycéens manifestent. A Mechelen et à Oostende, les écoles secondaires et techniques se vident. A Anvers, 3000 étudiants et lycéens se rassemblent.

Mercredi 24 janvier. Le vice-recteur De Somer confisque le « journal illégal Revolte ». Ce matin-là, il avait probablement lu dans l’éditorial du Standaard, porte-parole de la bourgeoisie flamande, ces quelques lignes à propos du journal Revolte: « Les leaders des étudiants, aidés par un petit groupe de 200 agitateurs (…) se font des illusions s’ils pensent qu’ils pourront rallier l’opinion à leur cause ou qu’ils vont pouvoir après-demain soulever une insurrection sociale dans 50 usines. L’affaire Louvain est beaucoup trop sérieuse pour être laissée à ces apprentis sorciers et le front flamand constitué par l’autorité académique, le conseil académique, les professeurs, les étudiants et quelques millions de Flamands est suffisamment inébranlable que pour ne pas se laisser casser par quelques utopistes. »

Pour la bourgeoisie flamande, « l’affaire Louvain » est l’occasion de prendre le contrôle sur une plus grande partie de l’appareil d’Etat belge. Elle maudit donc ces élans démocratiques radicaux portés en avant par la jeunesse flamande.

Jeudi 25 janvier. Une grande manifestation nationale est prévue. A Woluwe-Saint-Pierre, la gendarmerie fait irruption au Mater Dei Lyceum, où 600 jeunes filles et garçons sont rassemblés dans la cour. 109 d’entre eux sont conduits au poste. Des manifestations sont organisées à Diest, Bruges, Izegem, Geraardsbergen … A Louvain, la gendarmerie assaille un cortège de 2000 personnes. Cette nuit-là, 675 personnes sont arrêtées, parmi lesquelles plusieurs mineurs limbourgeois.

Vendredi 26 janvier. Perquisitions dans les locaux du syndicat des étudiants SVB et au KVHV. Au SVB, les oiseaux se sont envolés … en direction des usines liégeoises. Pratiquement dans tout le pays, les étudiants se rendent dans les usines pour une grande campagne d’information: dans les docks, devant les usines Gevaert, GM et Bell à Anvers, devant des usines à Gand, à Liège et à Zedelgem. De nouvelles révoltes estudiantines éclatent impliquant 1500 jeunes à Tielt et 1000 à Puurs.

Le slogan « Bourgeois bruxellois dehors » résonne dans les rues de Louvain. Slogan attribué aux nationalistes flamands pour qui Bruxelles est le berceau de tous les maux. Au bout de deux semaines de révolte, les bourgeois en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, angoissés mais unanimes, se réunissent pour trouver un moyen de mettre fin à la révolte de Louvain.

D'après « Dit was 1968 » (EPO, 1978) de Ludo Martens et Kris Merckx

Louvain 1966-1968 : aux origines du PTB

Le PTB est né à Louvain lors des événements qui ont éclaté dans les années 1966-1968. Le syndicat des étudiants qui dirigeait à l’époque le mouvement a d’abord donné naissance à Amada (Tout le pouvoir aux ouvriers - TPO) qui en 1979 a été rebaptisé en Parti du Travail de Belgique.

Quarante ans plus tard, Solidaire jette un regard sur le passé mais aussi vers l’avenir. A l’aide d’articles divers, nous tenterons d’apporter une réponse aux questions suivantes : quels sont les facteurs qui ont permis au mouvement étudiant de s’élargir et de se radicaliser au point de faire tomber le gouvernement Vanden Boeynants ? Quelles sont les leçons que la gauche radicale d’aujourd’hui peut tirer de cette période ?

13:05 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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