26/04/2008

22/04/2008: LE DERNIER MAOISTE DE FRANCE...


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Sujet:  LE DERNIER MAOISTE DE FRANCE
Date: Tue, 22 Apr 2008 21:28:20 +0000 (GMT)
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www.jean-luc-melenchon.fr

Ma note précédente, concernant les Jeux Olympique, le Tibet et la Chine, aura été un évènement pour moi, compte tenu du nombres des réactions qu’elle a provoqué. Ce n’est surement pas la note la mieux écrite depuis que je tiens ce blog. J’ai rédigé un peu vite et la forme s’en ressent. Pas le fond, heureusement. Il est sans ambigüité. Bien sur, je persiste et signe. Depuis, l’onde de choc des dégâts provoqués par les manifestations anti-chinoises à Paris se propage. Petit à petit nombreux sont ceux qui réalisent qu’ils ont été manipulés. Dans cette note aujourd’hui je commence par parler de mon texte précédent et des réactions qu’il m’a permis de connaître. Puis je reviens sur les faits en cause. Et j’ajoute un mot plus général à propos de la Chine.

Ma surprise.

Mon texte a suscité 2440 commentaires en ligne à l’heure à laquelle je rédige ces mots. En même temps je recevais 1500 mails sur ma boite aux lettres du sénat. Ce sont des chiffres considérables pour moi. D’ailleurs, je ne crois pas qu’une intervention politique en France en déclenche souvent autant hors contexte éléctoral. Avec cela les vidéos de chacune de mes interventions sur le sujet ont été regardées plusieurs centaines de fois et celle de mon passage à la matinale de France 2, sous-titrée en chinois je ne sais par qui, produit un buzz de première grandeur. En soi c’est un sujet de réflexion sur la puissance d’un blog en tant que média singulier. D’autre part le contenu de ces réactions m’a beaucoup étonné. Disons d’abord que je m’attendais à être totalement isolé et incompris. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Dès les premières heures après l’édition de ma note, puis surtout après mon passage à Europe 1 en face de Jean-Pierre El kabbach qui le premier m’a donné la parole, et ensuite à la télé, les témoignages d’approbations dans la rue et par courriers ont été très nombreux. Je crois que beaucoup de Français sont devenus très méfiants à l’égard des déferlantes médiatiques. Les guerres du golfe, Timisoara, et le référendum français sur la Constitution européenne sont passés par là créant une salutaire méfiance à l’égard du pouvoir d’injonction médiatique. Ensuite je m’attendais à bien des simplifications, transpositions, bétifications de mon point de vue. Elles n’ont pas manqué dans le petit cercle des milieux politiques. J’ai été au contraire impressionné par le fait que ceux qui ont décidé de me donner la parole ont respecté mon avis et traité ma singularité avec sérieux alors que continuait tout autour le déluge irresponsable en faveur du Tibet des moines. El kabbach, Françoise Laborde, Laurent Ruquier, et Paul Amar m’ont accueilli sur des émissions de grandes écoutes. Parfois le contact fut rude. Mais ce n’était  pour m’offrir en pâture. Selon moi cela n’empéchera pas la pente venimeuse d’être très fréquentée. Au niveau inférieur de la profession on continue à gagner ses galons à la force de l’aboiement. Je vous en livre un exemple, certes très secondaire, le sourire aux lèvres. Il s’agit de ce pauvre Sylvain Attal, journaliste-répondeur-automatique-libéral de chez libéral qui, selon ses termes emplis de modestie «  se lance dans l’aventure du blog en espérant qu’elle contribuera à régénérer le journalisme français, » rien de moins. On appréciera sa contribution personnelle à cette vaste entreprise en lisant cette ligne de commentaire qu’il fait sur les élections italiennes : « Reste que l’idéologie socialiste, la tendance pro-chinoise à la Mélenchon,  jadis très forte en Italie a été complètement laminée lors de ces législatives ». C’est fin, non ? Du moins apprenons-nous de cette façon quel genre de régérescence propose Sylvain Attal.

UN OUTIL HORS DU COMMUN

Un mot sur le blog en général. Je milite depuis assez longtemps, j’ai utilisé tant de vecteurs d’expression, que je peux mesurer l’apport de ce nouvel outil. Quelle merveille ! Il produit une capacité de propagation, et de mise en lien des protagonistes d’une discussion, sans précédent et sans équivalent. Il ne faut pas voir que le seul impact d’une pierre lancée à point nommée par ce moyen. L’interactivité entre l’auteur et ses commentateurs, et les uns avec les autres, est un fait essentiel. Ainsi quand j’ examine la liasse imprimée des mails et des commentaires, j’absorbe une grande richesse de points de vue et d’informations. Bien sur il y a aussi des injures et des louanges sans arguments. Mais elles rendent comptent d’un état de réactivité et elles sont donc intéressantes de ce fait même dans leur forme comme dans leur angle d’accroche. Un grand nombre de commentaires exposent une analyse. C’est cela le plus précieux. Bon nombre d’entre elles m’ont permis de corriger ou d’adapter mes arguments à l’occasion des passages audiovisuels. Je ne pense pas seulement aux informations qu’ils m’ont apportées. J’ai en vue le moyen qu’ils m’ont donné de corriger les erreurs que j’ai pu commettre ou les malentendus que mon expression a pu soulever. Par exemple j’ai noté que le fait d’avoir évoqué le racisme anti-chinois, qui fait toile de fond de nombre des attitudes pro-tibétaines, bloquait toute reflexion pour  des gens qui se sentaient personnellement visés. Ma façon de dire provoquait une confusion entre l’arrière plan d’une opération de propagande et le point de vue des personnes qui se sont engagées de bonne foi dans ce qu’elles croient être un combat pour la liberté. J’ai donc eu, à partir de là, une plus grande pédagogie dans le maniement de ma remarque.

LE DEVOIR DE MISE A DISTANCE

Le but d’une discussion comme celle que je veux déclencher dans ce type de circonstances n’est pas de stigmatiser ceux qui contredisent mon point de vue. Mon objectif est d’ouvrir une fenêtre dans le mur des certitudes et de placer la discussion sur le terrain de l’argumentation. C’est le chemin le plus sûr vers la raison. Dans la confrontation d’arguments rationnels on peut se convaincre sans déchoir. On peut en rester à son appréciation, mais alors c’est en connaissance de cause. La discussion, la contradiction rend fort. Notre ennemi, à l’âge des déferlantes médiatiques, c’est l’aveuglement. La conscience aveuglée, maladie civique de notre temps. Une conscience aveuglée est une conscience qui se met en action rationnelle au nom de faits non avérés ou tronqués. Mais au fond est-ce si nouveau ? Je me souviens de cet encyclopédiste qui disait au dix huitième siècle « il n’y a pas effort plus vain que de débattre des effets d’une cause qui n’existe pas » Le premier soin d’une conscience d’honnête homme dans le siècle de la saturation médiatique doit être de se mettre, par principe, à distance de l’information qui lui parvient. Parfois on est ramené à cette règle de prudence par des indices qui ouvrent un doute, même restreint. Ces indices fonctionnent comme des mises en garde. Il y a alors alerte. Ici mes alertes étaient de trois niveaux. Evidemment il y avait ce que je sais de l’histoire de la Chine, ce que je sais du Dalaï Lama qui ne collait pas avec la répétition en boucle de ce que j’entendais. Mais pour être franc, le déclencheur qui m’assurait du bien fondé de ma méfiance à l’ égard de cette campagne, c’est ce que je sais des héros médiatiques essentiels de la manipulation antichinoise à Paris, Robert Menard de « Reporter sans frontières », Lionel Lucca, député UMP, président du groupe France-Tibet à l’assemblée nationale. L’un et l’autre rendent suspectes, par a priori, les causes qu’ils mettent en avant puisqu’ils le font au nom d’exigences qu’eux-mêmes ne respectent pas.

Deux héros disqualifiants

Le premier, Robert Menard, est connu de tous ceux qui s’intéressent à l’Amérique latine. Menard y est un porte parole univoque mais maladroit et cafouilleur des campagnes du gouvernement des USA. Pour le reste sa défense des journalistes dans le monde est exclusivement centrée sur les pays qui déplaisent à ce gouvernement. Aux USA même, la seule journaliste qu’il ait jamais défendue est celle qui a été en prison pour avoir révélé le nom d’un agent de la CIA qui protestait contre les mensonges sur la présence d’armes de destruction massive en Irak. La suite a établi qu’elle l’avait fait sur ordre du président Bush et de son bras droit en la matière le sieur Dick Cheney. Cette manipulatrice avait été auparavant virée du « New York Time » précisément pour avoir inondé ce journal d’infos mensongères sur les armes de destructions massives. Si je cite brièvement cet épisode, parmi tant d’autres très accablants,  c’est parce qu’il signale bien le degré de proximité de Robert Ménard avec la fine pointe des avatars de la politique des néo conservateurs américains et de l’équipe Bush. Robert Menard ne mène donc pas une campagne comme celle qu’il mène contre la Chine hors du cadre politique correspondant aux objectifs de ses amis politiques américains, c’est impossible. Ni ses sources de financements, ni l’agence américaine qui réalise « gratuitement » toutes ses campagnes ne le supporteraient. Ceux qui veulent découvrir qui est ce héros très spécial et sa relation non moins spéciale à la liberté de la presse liront avec consternation le livre très documenté de Maxime Vivas « La Face cachée de reporters sans frontières » aux éditions Aden.

Le second, Lionel Lucca, député UMP des Alpes maritimes est d’une totale sincérité dans son anti communisme de principe. Moyennant quoi, qui boit la mer avec lui doit aussi avaler les poissons. Bon appétit aux amateurs ! Lionel Lucca est l’auteur d’une proposition de loi visant à rétablir la peine de mort en France. Il est aussi signataire du célèbre amendement établissant le caractère positif de la colonisation française. Il est enfin l’auteur en 2007 d’une proposition de loi visant à « reconnaître le génocide Vendéen ». Je pense que je peux faire l’économie de la démonstration sur le lien qui doit être établi entre ces initiatives législatives d’inspiration d’extrême droite et la vindicte anti chinoise du personnage.  

A propos de la Chine

J’admets que mon intérêt et mon amitié pour ce pays me fait voir souvent ce qu’il fait avec plus de faveur qu’un examen plus froid l’exigerait peut-être. Dire que l’on a de l’amitié pour un pays cela signifie quelque chose d’autre qui dépasse le moment politique. J’aime la Chine pour son histoire, son esthétique, ses cultures, ses paysages, ses continuités et ses ruptures. Pour autant que j’en connaisse de tout cela par mes lectures d’une grosse centaine de romans et de quelques autres livres assez divers. Soit. D’aucuns en déduisent que j’agis de cette façon parce que je suis un homme de gauche et que le gouvernement chinois aurait donc ma faveur automatiquement. Ceux-là ne font pas preuve d’un grand discernement politique. Confondre un socialiste républicain français avec un communiste chinois n’est pas très subtil sauf s’il s’agit de nuire à la réputation politique de l’un ou de l’autre dans son milieu. Par-dessus tout il faudrait aussi se demander si toutes ces étiquettes politiques correspondent bien au produit d’origine que la propagande veut disqualifier. L’évolution politique du Parti communiste chinois n’est un secret pour personne. Doit-on continuer à le traiter comme si sa doctrine était celle des années cinquante ? Cela se fait beaucoup pourtant. Mais je ne pense pas que qui que ce soit y croit sérieusement. Pourquoi avoir un double langage permanent à ce sujet ? Au Congrès de l’internationale socialiste de Sao Paolo, le Parti communiste Chinois était présent en tant qu’invité. Personne n’a trouvé à redire à cette invitation. J’étais membre de la délégation socialiste française, dirigée par Pierre Moscovici, qui rencontra la puissante délégation des invités communistes chinois. Personne n’évoqua l’idée de boycotter cette rencontre. Elle fut aussi normale et détendue que n’importe quelle autre rencontre. Quand le président Sarkozy est allé en Chine il y a quelques mois a-t-il une seule fois soulevé le problème du Tibet au nom duquel à présent il « n’exclut rien », y compris de boycotter la cérémonie d’ouverture ? Non, bien sur. Heureusement. Les gesticulations d’aujourd’hui sont de pures hypocrisies. Mais en agissant de cette façon irresponsable on exprime une incompréhension de ce qu’est la Chine actuelle réelle et un grand mépris pour la sensibilité culturelle de son peuple. Ceux qui croient qu’un gouvernement tient et dirige un pays de plus d’un milliard d’habitants par des mesures de police se trompent absolument et ne comprennent rien à ce qui se passe. L’ancrage nationaliste de la politique gouvernementale rencontre un écho dans la masse du peuple chinois. La peur du chaos politique est un argument central de la culture politique des chinois pour la raison de bon sens que tout le monde peut comprendre s’il réfléchit rationnellement aux problèmes d’un tel pays si vaste, si peuplé et tant de fois affreusement martyrisé par le démembrement politique. Dans ce contexte, seule la prétention sans borne des dirigeants occidentaux peut leur faire croire que nos pays seraient une référence rassurante pour les chinois. Le souvenir mortifiant des humiliations imposées dans le passé par l’occident à la Chine, le spectacle de l’acharnement contre la Russie vingt ans après la chute du mur, la volonté brutale de mettre en place l’OTAN tout autour d’elle pays par pays limitrophe, les coups de boutoirs partout contre l’unité des Etats qui sont dans la cible des Etats-Unis, comme l’a montré l’exemple du Kosovo,  tout cela permet à n’importe quel chinois qui aime son pays de comprendre quel est le sens réel dangereux de l’affection que les tireurs de ficelles occidentaux portent à intervalle utile au Tibet ou aux droits de l’homme. Les Chinois du commun ont toutes les raisons de se méfier. Ils ont raison de le faire. Dans cet épisode lamentable à Paris, notre pays a reçu un très rude coup dans l’esprit des Chinois. Je dis bien les Chinois. C’est à dire les gens du peuple, les intellectuels, les dirigeants de tous niveaux. C’est à nous, Français, qu’on en veut, davantage qu’aux autres, d’avoir permis l’humiliant traquenard contre le passage de la flamme olympique à Paris. Les Chinois savent qu’en France, si bavarde sur la liberté de la presse, ont été censurées les images ou l’on voyait un agresseur atteindre la jeune sportive handicapée et son accompagnateur aveugle. Peu importe que l’agresseur ai été un anglais comme un certain nombre des manifestants les plus agressifs venus avec ces centaines de drapeaux tibétains pourtant introuvables dans le commerce. C’est à nous qu’on en veut car c’est de nous qu’on attend le plus en Chine. C’est de nous dont on attend la meilleure compréhension parce que dans la culture et la connaissance des Chinois nous sommes toujours le peuple de la grande révolution de 1789 et celui de la reconnaissance par le général de Gaulle de la Chine populaire en 1964. Pour eux nous sommes ceux qui ont refusé la deuxième guerre du golfe et ainsi de suite. Donc ils nous pensent comme un peuple qui leur ressemble par son exigence d’indépendance et par conséquent son autonomie par rapport aux campagnes hostiles des anglo-saxons. Dès lors ils s’estiment trompés par les déclarations amitieuses du président Sarkozy en Chine auxquelles ont fait suite ses misérables menaces de boycott à Paris. Vu sous cet angle de terrain, l’attitude des dirigeants français et des énergumènes rameutés pour le Tibet des moines est un tissu de bêtises désastreuses pour la France. Et nous n’en sortirons pas tant que nos dirigeants continueront à courir derrière des marionnettes à gages comme Robert Menard et des officines comme Reporters sans Frontières.

Le dernier maoïste de France

Réponse à Jean-Luc Mélenchon


lundi 14 avril 2008 par Jean-Paul Ribes

Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essone, aime que l’on parle de lui. Bien qu’élu du parti socialiste, il n’hésite pas à faire ouvertement campagne contre son parti quand ça l’arrange, l’essentiel étant de se singulariser par des positions, souvent outrancières, sur les sujets les plus variés.

Aujourd’hui, devant le grand mouvement de sympathie pour le Tibet qui se manifeste en France et un peu partout dans le monde, il fallait bien que quelqu’un se dresse, à contre-courant, comme le champion de la Chine calomniée. Le sénateur s’est donc instruit sur la question… mais aux plus mauvaises sources. A savoir, la petite collection de brochures de propagande diffusée par l’ambassade de Chine.

D’où ses chiffres fantaisistes, ses dates inexactes, ses affirmations aussi fausses que péremptoires. Le tout baignant dans un éloge vibrant de la politique chinoise, non seulement au Tibet, mais en Mongolie, au Turkestan oriental (ch. : Xinjiang), et une approbation à peine voilée des mesures de répression à l’égard des dissidents ou des adeptes de Falung Gong (une secte, donc pas vraiment des humains) torturés et croupissant en prison.

Si le bouillant défenseur de la bureaucratie pékinoise avait un peu le souci de l’équilibre, nous lui conseillerions de se mettre vraiment au travail en allant s’informer, non seulement auprès des “fanatiques du Dalaï Lama” que nous sommes à ses yeux (la fameuse “clique” n’est pas loin) mais des universitaires les plus qualifiés, experts d’une histoire, d’une langue et d’une culture auxquelles ils consacrent leur vie et leur intelligence. Plus de cinq-cents d’entre eux, de Varsovie à Oslo en passant par Hong Kong, Paris et Washington, viennent d’ailleurs d’adresser une lettre sans équivoque au président chinois M.Hu Jintao.

Premier ouvrage dont nous lui recommandons instamment la lecture ” Le Tibet est-il chinois ? ” [1], paru en 2002 chez Albin-Michel sous la direction d’Anne-Marie Blondeau et de Katia Buffetrille, et qui regroupe les contributions de tibétologues mondialement reconnus.

Il y découvrirait que la prétention d’appartenance du Tibet à la Chine depuis le IXème siècle, qu’il a glanée dans ses lectures approximatives, est une idée récente, et qui n’a vraiment cours que depuis une cinquantaine d’années, depuis qu’elle a été imposée par le PC chinois.


Même Mao Zedong avait quelques doutes sur la question, puisque, dans ses années de lutte pour le pouvoir, il reconnaissait aux Tibétains le droit à leur drapeau, et son projet constitutionnel accordait aux “nationalités” le droit à l’autodétermination.


Pour faire court voici ce qu’affirment les universitaires compétents.

Lié aux empereurs mongols (dynastie Yuan), lors de leur arrivée au pouvoir en 1271 par un accord spécifique (Chö-Yon) dit de “maître spirituel à bienfaiteur”, le Tibet ne figure pas comme faisant partie du domaine impérial dans les très officielles “annales des Yuan”. Pas plus qu’il ne figure dans les “annales des Ming”, la dynastie qui devait succéder aux Yuan en 1368.

Avec l’arrivée des Mandchous (dynastie Qing) en 1644 les choses se sont lentement modifiées, notamment sous le règne de Qianlong (1735-1796) où l’on voit apparaître l’idée d’une suzeraineté de l’empereur sur le Tibet. En quelque sorte le “bienfaiteur” devient “protecteur” et le Tibet un “protectorat”, sans pourtant que cela prête vraiment à conséquence sur le terrain. La présence symbolique des ambans (envoyés de l’empereur) et l’entretien épisodique d’une petite garnison (quelques centaines d’hommes), à qui était exclusivement confiée une tâche de défense extérieure devant être perçue comme relevant d’un consentement mutuel plus que d’une domination par le pouvoir central.

L’érudit sénateur pourrait-il par exemple nous citer une seule “mesure de gouvernement” imposée par l’empereur, comme les rois de France pouvaient en prendre dans leurs provinces ?

Un pouvoir central qui ira en s’affaiblissant au cours du XIXème siècle au point que le corps expéditionnaire envoyé par la couronne britannique en 1904 et commandé par le lieutenant-colonel Younghusband ne trouvera en face de lui pas l’ombre d’un soldat chinois !

En revanche, la première et sanglante tentative d’annexion du Tibet en 1906 par les troupes de Zhao Erfeng, le “boucher du Kham” se terminera par une déroute en 1911, avec la chute de la dynastie mandchoue.

C’est donc tout naturellement que, de retour dans sa capitale Lhassa, le XIIIéme Dalaï Lama pourra déclarer l’indépendance du Tibet et (point 5 de la déclaration) limiter considérablement le système des fermiers “attachés à la terre” en affirmant : “nul n’a le droit d’empêcher quiconque de cultiver toute terre vacante”, allant même jusqu’à utiliser, bien avant d’autres, cette formule : “la terre appartiendra au cultivateur”.

Le Tibet va donc frapper monnaie, produire ses propres timbres, délivrer des passeports, bref s’attribuer les instruments de tous les pays indépendants. Une indépendance que la Commission des juristes qui siège à Genève, avec statut consultatif à l’ONU, décrira ainsi dans son rapport de 1960 : “le Tibet était au moment de la signature de l’accord en dix-sept points en 1951 un Etat indépendant de facto… Il a démontré de 1913 à 1950 qu’il présentait les conditions d’un Etat, telles qu’elles sont généralement acceptées par la loi internationale”.

Le seul reproche que l’on puisse faire aux Tibétains de l’époque, par négligence ou mauvaise connaissance du terrain diplomatique, c’est de n’avoir pas transformé ce “de facto” en “de jure”, comme avait su le faire la Mongolie, dite extérieure.

Sur la question du régime politique et social qui prévalait au Tibet avant l’invasion chinoise de 1950, personne ne prétend qu’il était un modèle de justice et de modernité. Tout n’allait pas pour le mieux au Pays des Neiges. Il fallait réformer. Mais les meilleures réformes ne sont-elles pas celles auxquelles le peuple consent ?

Le XIVème Dalaï Lama, dès son installation dans ses fonctions en 1950, avait fermement exprimé son souhait de s’atteler à la tâche et de sortir son pays de l’archaïsme. L’invasion chinoise ne lui en laissera pas le temps.

L’ébauche de constitution qu’il promulgue en 1963, dès son arrivée en exil, est d’ailleurs une preuve évidente de sa détermination démocratique, puisqu’il y est prévu que les députés et même les membres du gouvernement, y soient élus au suffrage universel.

En revanche, parer le régime chinois de toutes les grâces, lui qui n’accorde aucun droit de vote à ses citoyens, et même pas celui de s’exprimer sur internet (mémento Hu Jia), notre gaucho sénatorial y va un peu fort. Et de lui attribuer, dans la foulée, toutes les vertus émancipatrices que revendiquent les régimes coloniaux, à commencer par la France lorsqu’elle régnait Outre-mer. Le brouillon sénateur ne s’embarrasse d’ailleurs pas de ses propres contradictions ; lui qui se montre si critique de l’importation armée de la “démocratie” américaine en Irak, ne trouve rien à redire à l’imposition du communisme au bout des baïonnettes chinoises au Tibet, et ce depuis un demi-siècle.

Enfin là où l’ignorance devient carrément de la mauvaise foi partisane, c’est lorsque le Mao du Sénat reprend quasiment mot à mot les thèmes qui lui sont soufflés par l’ambassade de Chine sur la “volonté de restaurer la théocratie” du Dalaï Lama et autre balivernes mensongères.

Dans toutes ses déclarations sur l’avenir de son pays, le dirigeant tibétain affirme clairement sa volonté de n’assumer aucun rôle au pouvoir lorsqu’il reviendra au Tibet, celui-ci devant être issu exclusivement des urnes, dans le cadre d’une constitution laïque et démocratique.

Quant au régime social, c’est en France, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, présidée à l’époque par Jack Lang et devant un Edouard Balladur ébahi, que nous avons tous entendu le Dalaï Lama affirmer avec une certaine audace que son choix se portait résolument vers un système socialiste. Affirmation qu’il complétait dans le Nouvel Observateur du 17 janvier 2008 en se décrivant comme “un marxiste en robe bouddhiste”. On comprend que cela puisse déplaire au sénateur de gauche. Enfin, la robe de moine. Car il préfère sans doute réserver l’appartenance marxiste aux vareuses des commissaires politiques, aux complets-vestons des businessmen et aux uniformes des militaires, zélés défenseurs du capitalisme chinois.

Qu’on nous pardonne notre ton parfois polémique, il ne cache ni hargne ni colère. Simplement notre souhait de voir l’élu de la République s’obliger à un peu de retenue dans ses propos, appliquant la consigne que tous les journalistes dignes de ce nom partagent : “qui n’a pas fait d’enquête n’a pas droit à la parole”. Inutile de lui préciser l’auteur de cette citation.

Qu’il sache en outre (voir notre article du 10 avril sur tibet-info.net) que nous n’agissons jamais par haine de la Chine, attachés que nous sommes à la liberté de ce grand peuple, que nous ne sommes pas des “indépendantistes tibétains” et encore moins des “agitateurs professionnels” comme l’affirme la langue de bois pékinoise. S’il veut s’en convaincre, et à moins qu’il ne calque son attitude sur l’horreur du dialogue propre aux dirigeants chinois, nous sommes, cela s’entend, parfaitement disposés à le rencontrer. En toute bonne foi.

Jean Paul Ribes
 
http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=588#more-588

12:26 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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