03/06/2008

29/05/2008: La hausse des cours des céréales a provoqué une crise alimentaire dans trente-sept pays...



From: socio13
Sent: Thursday, May 29, 2008 5:01 PM
Subject: La hausse des cours des céréales a provoqué une crise alimentaire dans trente-sept pays


Table ronde télévisée : La Crise mondiale des aliments, tenue dans les studios de l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), le 15 avril 2008RandyAlonso. Bonsoir, chers téléspectateurs et auditeurs. La FOA alerte que la hausse des cours des céréales a provoqué une crise alimentaire dans trente-sept pays. De leur côté, la Banque mondiale [...]

La hausse des cours des céréales a provoqué une crise alimentaire dans trente-sept pays

Table ronde télévisée : La Crise mondiale des aliments, tenue dans les studios de l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), le 15 avril 2008

Randy Alonso. Bonsoir, chers téléspectateurs et auditeurs. La FOA alerte que la hausse des cours des céréales a provoqué une crise alimentaire dans trente-sept pays. De leur côté, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international évoquent aussi les risques dont la situation menace les pays les plus pauvres.
C’est sur cette question importante, qui a aussi des retombées dans notre pays, que portera notre Table ronde informative : « La Crise mondiale des aliments », dont les intervenants seront Igor Montero Brito, vice-président de la société cubaine ALIMPORT, Ramón Pichs Madruga, sous-directeur du Centre de recherche sur l’économie mondiale, Eduardo Dimas et Ariel Terrero, collègues de la télévision cubaine et de la revue Bohemia, tandis que, comme de coutume, la journaliste Aixa Hevia suivra pour nous les informations sur Internet.
Nos invités sont aujourd’hui des élèves et professeurs de l’Ecole de formation accélérée de professeurs Vicente Pérez Noa et des travailleurs de la direction nationale des Comités de défense de la Révolution.


Avant de nous lancer dans la question qui nous occupe aujourd’hui, je tiens à  vous lire les Réflexions que le compañero Fidel Castro vient de nous faire parvenir, sous le titre :

« NE PAS FAIRE DE CONCESSIONS À L’IDÉOLOGIE ENNEMIE

« J’ai décidé d’écrire ces Réflexions après avoir entendu un commentaire public d’un média de la Révolution, dont je vais taire le nom.
« Il faut faire très attention à ce que l’on affirme pour ne pas faire le jeu de l’idéologie ennemie. On ne peut accuser la Période spéciale du système que l’impérialisme a imposé au monde ; elle n’a pas inventé les changements climatiques, la civilisation dépendante de la consommation des hydrocarbures, le transport de chaque membre d’une famille dans une voiture qui voyage quasiment à vide, ni l’idée néfaste de convertir les aliments en carburant ; elle n’a pas inventé les guerres mondiales pour le partage de la planète, les bases militaires, les armes atomiques et radio-électroniques, les satellites spatiaux qui épient toute chose et dirigent vers la cible des rayons meurtriers, les missiles téléguidés, les sous-marins qui tirent depuis mille mètres de profondeur, la science et la technologie au service de la mort et de la destruction.
« Elle n’a pas non plus inventé la géographie politique et les terres dont dispose chaque nation, qui ont été le fruit d’autres facteurs historiques.
« Que l’on réfléchisse bien à ce que l’on dit, à ce que l’on affirme, pour ne pas faire d’honteuses concessions. Que l’on analyse la nature et la psychologie des êtres humains ; leur durée d’action est très brève et constitue à peine une fraction de seconde dans l’histoire de notre espèce. Le comprendre est un grand remède contre la vanité.
« La Période spéciale a été la conséquence inévitable de la disparition de l’URSS qui a perdu la bataille idéologique et qui nous a poussés à une étape de résistance héroïque dont nous ne sommes pas encore totalement sortis.
« Qu’il est difficile d’être bref dans la Bataille d’idées ! »
Fidel Castro Ruz
15 avril 2008
16 h  45
[Documentaire d’introduction au thème, par Marisela Recaséns :

La crise alimentaire a commencé cette année à se présenter dans toute sa vérité. Ces dernières décennies, la faim rôdait dans les campagnes ou dans les zones marginales des pays sous-développés ; de nos jours, la hausse des cours des aliments sur le marché mondial menace de se propager dans tout le Tiers-monde. Selon des statistiques de la FAO, les cours du riz ont doublé en un an à peine, battant un record historique le 8 avril dernier avec une hausse de 2,3 p. 100 en un seul jour à la bourse de Chicago ; les cours de blé ont atteint leur maximum en vingt-huit ans ; ceux du lait en poudre ont triplé en un peu plus de deux ans, et ceux du maïs restent à la hausse.
 La Banque mondiale reconnaît dans une étude que cette flambée obéit à la production croissante d’agrocarburants, à la hausse des cours de l’énergie et des engrais, à la faiblesse du dollar et aux prohibitions touchant les exportations agricoles.
 De toute façon, selon des experts, trois crises se combinent en une sorte de logique perverse pour déclencher ce chaos : crise économique, crise énergétique et crise environnementale.
 Selon la FAO, si cette tendance se poursuit, le continent américain comptera en 2015 environ  40 millions de dénutris, surtout en Amérique centrale.
 Le Programme alimentaire mondial (PAM),  une institution des Nations Unies créée pour répondre aux urgences alimentaires, a besoin d’au moins 500 millions de dollars supplémentaires pour faire face à la tragédie, faute de quoi beaucoup de personnes souffriront de faim et en mourront.
 Selon le rapporteur de l’ONU pour l’alimentation, « la planète  se trouve au seuil d’une situation dangereuse ». Rien de bien neuf, assurément : Fidel en avertit depuis au moins une dizaine d’années : « L’espèce humaine est en danger d’extinction. » [Fin du documentaire d’introduction.]

 Randy Alonso. Nous ne pouvons oublier que la première des Réflexions de Fidel – ces Réflexions devenues à la longue un facteur clé dans notre Bataille d’idées – datée du 28 mars 2007, voilà donc plus d’un an, s’intitulait : « Pus de trois milliards de personnes dans le monde condamnées à mourir prématurément de faim et de soif ». Ces prédictions se sont avérées exactes au fil de ces derniers mois. Cette très grave situation suscite l’inquiétude de toute la communauté internationale et de nombreuses organisations internationales.
Comme le dit Marisela Recaséns dans son documentaire, plusieurs facteurs jouent dans cette flambée des cours internationaux des denrées alimentaires, en particulier le facteur pétrole, l’un des plus importants, celui dont on parle le plus et dont le cours ont atteint des niveaux scandaleux. J’aimerais donc commencer notre Table ronde par le pétrole. Pichs, pourquoi et comment le pétrole influe-t-il sur les cours des aliments ? Quels rapports existent-ils entre l’énergie et la production de denrées alimentaires dans le monde ?
Ramón Pichs. De fait, l’un des axes essentiels de cette équation relative à la crise mondiale des aliments est sans aucun doute l’évolution des cours pétroliers ces derniers temps.  Selon les dernières informations boursières d’aujourd’hui, le pétrole frôle les 114 dollars le baril, concrètement 113,79 dollars à la bourse de New York, dont le brut, le West Texas Intermediate, sert de référence sur le continent américain. Bien que le facteur pétrole n’ait jamais cessé de jouer depuis le début du siècle, puisque la tendance haussière des hydrocarbures apparaît dès 1999, une série de circonstances agit dernièrement. Du côté de la production, une offre rigide, inflexible ; du côté de la demande, un marché en croissance rapide ces derniers temps ; à quoi il faut ajouter l’instabilité au Moyen-Orient, une région particulièrement importante pour ce marché puisqu’elle concentre les deux tiers des réserves de pétrole mondiales, et la faiblesse du dollar, la monnaie de cotisation boursière du pétrole : logiquement, face à la dévaluation de cette monnaie, les agents de change cherchent très souvent refuge dans des matières premières stratégiques, comme le pétrole, l’or, mais aussi les aliments.
Voilà quelques-uns des facteurs sous-tendant la flambée des cours pétroliers ces derniers temps, un marché très tendu, en proie somme toute à la spéculation, à l’incertitude. Par ailleurs, la situation créée au Moyen-Orient, la présence militaire, l’occupation d’un des principaux pays producteurs de pétrole au monde, l’Iraq, par des troupes étasuniennes et alliées, a constitué la toile de fond de ce marché incertain et instable.
Les cours élevés du pétrole influent essentiellement de deux manières sur les cours des aliments. Logiquement, si le pétrole renchérit, les coûts de production et de transport des aliments en font autant. Tout simplement parce que les intrants utilisés en agriculture contiennent une force composante pétrolière : les engrais, par exemple, sont très influencés par les cours pétroliers. De même, plus ceux-ci flambent, et plus le coût du transport augmente, aussi bien celui des intrants que celui des denrées alimentaires.
Randy Alonso. Les engins agricoles, aussi.
Ramón Pichs. Aussi. Le pétrole apparaît tout au long de la chaîne de production et de transport des aliments, ce qui explique, entre autres facteurs clefs, la situation actuelle.
Mais il en est un autre. Cette hausse constante des cours du pétrole a servi de détonateur à l’expansion massive des biocarburants, censément comme une option énergétique durable. Je dis censément, parce qu’elle est en fait intenable dans la mesure où elle ne tient pas dûment compte des retombées sociales et environnementales qu’elle entraîne. Ainsi donc, la proposition du gouvernement étasunien de 2007 de réduire de 20 p. 100 en dix ans la consommation d’essence en lui substituant des biocarburants, sans modifier en absolument rien le modèle de consommation énergétique fondé sur le gaspillage, a eu une influence extrêmement négative sur les cours des aliments.
Deux facteurs, donc : 1) l’incidence des cours élevés du pétrole sur les coûts de production et de transport des aliments ; 2) la façon dont ceci s’articule à cette formule intenable de promouvoir les biocarburants à grande échelle. Ces deux facteurs commencent d’ores et déjà à avoir un coût social élevé en termes d’insécurité non seulement alimentaire, mais encore environnementale : dégradation des écosystèmes, déforestation, diminution des ressources hydriques de nombreux pays, etc.
De plus, on ne saurait oublier que la plupart des quatre-vingt-deux pays à déficit alimentaire sont en même temps des importateurs nets de pétrole. Bref, tous ces facteurs se combinent pour exercer une influence extrêmement défavorable sur des pays qui sont par ailleurs les plus faibles et les plus vulnérables dans l’économie mondiale.
Randy Alonso. Je voudrais insister sur deux points : le fait que la plupart des importateurs d’aliments sont en même temps de gros importateurs de pétrole ; et le fait que le rapport pétrole/denrées alimentaires ne se situe plus seulement de nos jours au niveau de la production dans les champs, dans la mesure où la plupart des produits alimentaires sont traités industriellement dans des usines qui consomment à leur tour de l’énergie. Tout ceci renchérit doublement les coûts.
Ramón Pichs. Exat. C’est toute la chaîne agro-industrielle de la production alimentaire qui est touchée.
Randy Alonso. Pichs a introduit la question des biocarburants. Fidel, je le répète, l’avait abordé dès la première de ces Réflexions, mais aussi dans plusieurs autres, et de nouveau dans la dernière qu’il vient de nous adresser cet après-midi. De toute évidence, le facteur que les observateurs et spécialistes en thèmes alimentaires signalent le plus de nos jours est bel et bien celui des biocarburants.
Eduardo Dimas. Et même, ce qui soulève davantage l’attention, certains qui ne le sont pas, comme Robert Zoellick, qui est en fin de compte un néoconservateur, mais qui vient d’affirmer que le motif de la flambée des cours alimentaires, c’est justement l’utilisation de céréales pour produire de l’éthanol.
Randy Alonso. L’actuel président de la Banque mondiale.
Eduardo Dimas. Oui, mais il avait été avant représentant commercial des Etats-Unis. C’est de toute façon un personnage très lié aux groupes néoconservateurs qui dirigent actuellement les USA.
Je ne sais si vous vous rappelez la fameuse « tournée de l’éthanol », autrement dit celle que Bush a faite en Amérique latine, au Brésil et dans d’autres pays, pour promouvoir la production de ce produit, ce qui a été, si j’ai bonne mémoire, le point de départ des réflexions de Fidel. En tout, depuis, on a continue de produire de l’alcool en grandes quantités, et la production d’éthanol a fait un bond : ainsi, au Brésil, quoique là, la production se fasse à partir de la canne à sucre, autrement dit des mélasses d’arrière-produit qu’elle fournit. Dans ce dernier cas, donc, la canne a donc produit quelque chose, un aliment, du sucre, bien que le Brésil soit en train de produire une canne transgénique qui ne donne plus de sucre, mais uniquement de l’alcool. Pas dans toutes les sucreries brésiliennes, bien entendu, mais c’est là un processus en cours.
Mais les Etats-Unis, eux, en revanche, produisent de l’éthanol essentiellement à parti du maïs ! Dans d’autres pays, le point de départ est le riz. Et au Brésil, la production de soja en hausse dans ce but est en train de provoquer la déforestation de l’Amazonie : il ne s’agit pas de produire de l’huile, mais du biodiesel, ce qui a enclenché bien entendu une hausse des cours des huiles comestibles sur les marchés mondiaux.
Pour en revenir aux Etats-Unis, ils vont y consacrer cette année le tiers de leur production de maïs, qui est en plus subventionnée par le gouvernement, à la production d’éthanol. Ce qui veut dire que le maïs, dont les cours ont déjà doublé – deux cents dollars et quelque la tonne actuellement  – va sans doute continuer sa hausse, mais aussi qu’il commence à manquer sur le marché mondial puisqu’on en consacre une partie à la production d’alcool.
Mais il ne faut pas oublier que le maïs sert aussi à alimenter le bétail, les volailles, de sorte que toute hausse des cours du maïs a des retombées sur ceux de la viande, du poulet et de tous les types de viande. Mais c’est aussi le fondement de l’alimentation de nombreuses cultures : au Mexique, par exemple, où le prix de la tortilla, autrement de la galette de maïs qui est l’aliment de base, a doublé, des manifestations ont éclaté tout récemment.
Donc, les USA vont consacrer le tiers de leur production de maïs à l’éthanol. Oui, mais il faut savoir que cette production a beaucoup augmenté, parce qu’ils ont consacré ces derniers temps au maïs des terres autrefois consacrées au blé et à d’autres grains, ce qui a bien entendu à son tour des répercussions sur les cours de ces derniers produits.
Ainsi donc, la production d’alcool afin de maintenir les standards de vie et les niveaux de consommation d’une société vraiment aliénée de ce point de vue entraîne la conséquence suivante : des centaines de millions de personnes – voire, sur le long terme, trois milliards, comme le dit Fidel – risquent d’avoir faim dans le monde, justement à cause de cette folie consistant à produire de l’alcool, dans ce cas, des carburants, à partir d’aliments de base.
Jean Ziegler, qui est le rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, affirme : « L’utilisation des biocarburants est un crime contre l’humanité. » Cette phrase, associée aux Réflexions de Fidel du 28 mars 2007, donne une idée du fond du problème : sacrifier des centaines de millions de personnes pour qu’un groupe minoritaire puisse avoir toute l’essence et toutes les choses dont il a besoin ! D’autant que, pour produire de l’alcool, il faut aussi des combustibles !
Randy Alonso. Selon certains scientifiques, il faut plus d’un litre de combustible pour produire un litre d’éthanol.
Eduardo Dimas. C’est exact. Du moins, ça l’était à l’époque où je travaillais dans une distillerie…
 Randy Alonso. Ça l’est toujours.
 Eduardo Dimas. Peut-être qu’avec les techniques actuelles…
 Randy Alonso. Non, non, ça l’est toujours.
 Eduardo Dimas. Alors, c’est découvrir saint Pierre pour vêtir saint Paul… Ou pis encore. Je vais vous lire quelque chose de terrible, une dépêche de l’AFP, depuis Bruxelles : « Malgré les dures critiques tournées contre les biocarburants, accusés d’être “un crime contre l’humanité”,  l’Union européenne refuse d’abandonner se projets fondés sur cette source d’énergie, car cela impliquerait d’inverser tout son plan de lutte contre les changements climatiques. “Il n’est pas prévu de suspendre pour le moment l’objectif fixé pour les biocarburants”, a affirmé ce lundi la porte-parole européenne pour l’environnement, Barbara Helfferich. “Nous ne pouvons pas changer un objectif politique, car nous devrions alors avoir un débat sur tous les autres objectifs”, a-t-elle affirmé. »
 Ainsi donc, pour ne pas éliminer un objectif politique : produire de l’éthanol – et pour produire de l’éthanol en Europe, il faut utiliser la betterave, le maïs et d’autres aliments – on va sacrifier des centaines de millions de gens ? Est-ce là le monde où nous vivons ?
 Randy Alonso. À quoi il faut ajouter la concurrence croissante, non planifiée, mais certaine, qu’on va constater dans le monde entre les aliments pour les humains et les aliments pour les animaux. S’il y a rareté dans les aliments destinés aux humains, ce n’est pas seulement à cause de ceux qui sont destinés aux biocarburants, mais aussi parce que toujours plus d’animaux – bovins, porcins, volailles et autres producteurs de viande –  sont alimentés essentiellement de céréales.
 Eduardo Dimas. Mais surtout de maïs, ce qui élève les prix de la viande, de la volaille, de tous les produits à base de viande. Ma question est la suivante : va-t-on sacrifier des centaines de millions de personnes pour maintenir des niveaux de vie et surtout pour n’avoir pas à débattre d’un programme politique ?
 Randy Alonso. À ce sujet, Dimas, je me rappelle des déclarations faites par le principal conseiller scientifique de Gordon Brown, le Premier ministre britannique, le 7 mars dernier. Quand il occupe son poste, John Beddington provoque un grand esclandre en Grande-Bretagne, parce que l’une de ses premières déclarations est que la course accélérée aux biocarburants dans de nombreux pays signifie que toujours plus de terres arables seront consacrées à la production d’agrocarburants et non d’aliments. Selon une dépêche de l’AFP de ces jours-là, « le débat sur les biocarburants, tel l’éthanol produit à partir de la canne à sucre, a été relancé en Grande-Bretagne. L’expert, qui est le principal conseiller en questions scientifiques du gouvernement de Gordon Brown, a clairement affirmé que la priorité croissante accordée aux biocarburants, juste au moment où la demande de vivres a fortement augmenté dans le monde, avait des retombées négatives sur la production d’aliments. Dans son premier discours public important depuis sa désignation au poste de conseiller scientifique du gouvernement, Beddington a souligné que les biocarburants représentaient par conséquent un vrai danger pour la vie de millions de personnes sur la planète. En lançant cette mise en garde, il entre en conflit avec son gouvernement qui s’est engagé à accroître l’utilisation des biocarburants dans les prochaines décennies. »
 Mais c’est aussi une mise en garde à l’adresse de la communauté internationale, car il contredit les discours de plusieurs gouvernements, en particulier des Etats-Unis et d’Europe, en matière de biocarburants.
 Eduardo Dimas. Nous sommes par-dessus tout en face d’une grosse affaire au nom de laquelle peu importe de sacrifier des centaines de millions d’êtres humains, comme cela s’est passé tant de fois. Et le coût de cette grosse affaire est épouvantable. Rappelle-toi Le Rapport Lugano, un livre que tout le monde devrait lire, de Susan George. C’est de la fiction, assurément, mais quand on voit ce qu’il se passe dans le monde actuel, on se rend compte qu’elle ne l’a pas écrit par plaisir et qu’elle a raison de l’avoir fait. Mais il est trop long pour l’aborder ici.
 Randy Alonso. Merci, Dimas, de ton commentaire.

 [Nouveau documentaire sur le thème de la Table ronde, par Marisela Recaséns.] :
 Marisela Recaséns : Un combat artificiel contre les changements climatiques sous les auspices des gouvernements occidentaux, qui le présentent comme une campagne écologique, a favorisé la production et la demande d’agrocarburants. Duperie masquant une nouvelle recolonisation des économies paysannes et de la souveraineté alimentaire du Tiers-monde, dont l’essence est la suivante : semer des aliments pour nourrir des voitures.
 Eric Toussaint (président d’Annulation de la dette) : C’est la conséquence de la décision de gouvernements du Nord, mais aussi du Sud, de réduire les surfaces agricoles consacrées à la production d’aliments au profit de la production d’agrocarburants, ce qui implique moins de terres semées en vue d’aliments, moins d’offre alimentaire et donc hausse des cours.
 Marisela Recaséns : De nombreux pays du Sud sont tombés dans le piège. Au Brésil, où l’on dit que produire de l’éthanol à partir de la canne à sucre peut donner de meilleurs résultats, on occulte un chiffre brutal dénoncé par les exclus et d’autres mouvements sociaux :
 Delmar Mattis (Brésil) : C’est inadmissible. On porte préjudice aux besoins essentiels des peuples, entre autres l’alimentation, pour produire des agrocarburants au profit des voitures des grands centres urbains. Et dans le cas des pays du Tiers-monde, des agrocarburants pour les voitures du Premier monde. Tel est le meilleur diagnostic qu’on peut émettre. C’est la variante d’un modèle qui a à un bout l’agrobusiness – avec aussi le soja – l’élevage, les plantations, les monocultures et la biomasse, tel l’eucalyptus, et à l’autre bout la misère, l’expulsion des petits paysans, avec au Brésil un travail semi-esclave.
 Militant social du Guatemala : Dans mon pays, le Guatemala, à la saison des récoltes, de décembre à janvier, le maïs tombe normalement à 40 quetzals le quintal ; mais aujourd’hui, il se maintient à 150-160 quetzals. Qui peut acheter à ces prix-là alors que le salaire atteint à peine 20-25 quetzals par jour ?  On ôte les aliments aux populations indigènes pour nourrir la population des villes qui mangent du pain. Et le quintal de farine est passé en trois mois de 280 quetzals à 398. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que le prix du pain a augmenté bien entendu. On nous ôte les aliments, et c’est une situation désastreuse dans le monde.
 Marisela Recaséns : Un ensemble de raisons explique pourquoi la production d’agrocarburants n’a rien à voir avec une campagne écologique, mais avec un juteux négoce. Il suffit de voir quels sont ceux qui l’orchestrent. Les industries de l’automobile et du pétrole sont les investisseurs ; les transnationales céréalières monopolisent la distribution, tandis que les transnationales des semences et des engrais toxiques produisent en même temps des organismes transgéniques, peu importe si ceux-ci cessent d’être comestibles à la longue et provoquent des désastres en matière de pollution. Aucune des ces transnationales ne se soucient des coûts environnementaux et sociaux élevés de l’agrobusiness, et la plupart de leurs slogans publicitaires sont faux.]

 Randy Alonso. L’une des nouvelles les plus importants de la journée est le nouveau record battu par le baril de pétrole sur le marché international : selon une dépêche de l’AFP, « le baril de pétrole a atteint ce matin un record historique à la bouse de New York, pour atteindre 113,66 dollars, compte tenu de la faiblesse du dollar qui réduit le brut pour les investisseurs à monnaie plus forte et d’un ajustement de l’offre énergétique ». Un nouveau record, donc, qui nous permet de comprendre comment cette question de l’énergie et des aliments ne cesse de se compliquer.
 Ariel Terrero, comment ces cours des aliments influent-ils sur la situation internationale dans ce secteur, sur la crise financière et économique qui se développe aux USA qui a déjà des effets sur le reste du monde ?
 Ariel Terrero. Une série de facteurs influe sur la situation économique mondiale et provoque tous les problèmes de hausse des cours des aliments qu sont en train de causer des mouvements de protestation sociales dans de nombreux pays d’Afrique, mais aussi, tout dernièrement, en Haïti sur notre continent. Cette situation de si grande incertitude s’explique par une série de facteurs difficiles à solutionner, du moins en fonction des règles du jeu du système capitaliste mondial.
 Et parmi ces règles du jeu, il y a le dollar, d’une part, la spéculation, de l’autre.
 Le dollar. Qu’ont fait les USA avec ? Quel piège ont-ils tendu au reste du monde ?  Eh bien, ils ont décidé en 1973 de le faire flotter librement en le séparant de l’étalon-or, et ils en ont fait la monnaie de référence, la monnaie de change dans le monde. Depuis, ils émettent librement une quantité énorme de papier monnaie sans le moindre soutien économique derrière – par exemple l’or ou un autre métal précieux – pour couvrir justement la soif de consommation illimitée et inapaisable de leur population et leurs déficits commerciaux et fiscaux faramineux.  C’est là la manière qu’ils ont trouvé de s’en sortir. Faire fonctionne la planche à billet.
 Or, n’importe quel manuel d’économie politique vous le dira, cette augmentation effrénée de la masse monétaire entraîne une dévaluation de la monnaie, laquelle dévaluation entraîne à son tour une inflation, autrement dit la hausse des prix. Corrélativement, quand le dollar chute, les cours des matières premières, tels les aliments de base, augmentent à leur tour. Voilà ce qui explique la flambée des cours des produits ces trois dernières années : ainsi, ceux du blé, du riz et du maïs ont augmenté en moyenne de 83 p. 100 dans le monde et ont battu tous les records cette année-ci, en plus du soja.
 Certains de ces chiffres sont éloquents. Les cours mondiaux des aliments ont augmenté de 40 p. 100 l’an dernier, mais ceux du dollar ont chuté de 28 p. 100 par rapport à l’euro et de 130 p. 100 face à l’or, un autre produit dont les cours ont eux aussi flambé pour battre des records depuis le début de l’année, pour atteindre plus de 900 dollars l’once.
 Qu’est-ce qui provoque cette tendance ? A quoi il faut ajouter la crise financière qui a éclaté en août de l’an dernier par explosion de la bulle immobilière aux USA, et la crise des crédits et des hypothèques, tout ceci ayant accéléré la tendance à la récession.
 Certains refusent toujours de parler de récession aux USA, bien que toujours plus de données le prouvent.  Je veux parler des macro-indicateurs fournis par les Etats-Unis, comme les ventes au détail, comme le marché immobilier qui sont fondamentaux dans l’économie étasunienne. Parallèlement, il faut dire que le dollar a perdu de son prestige, a perdu de son intérêt pour les spéculateurs, ce n’est plus une monnaie forte, ce n’est plus une garantie d’investir ou de virer des capitaux dans cette monnaie. Alors, que font les spéculateurs ? Eh bien, face à l’inflation, ils cherchent un refuge ou une protection dans des matières premières comme le pétrole, par exemple, ce qui explique les cours records que tu donnais voilà quelques minutes, mais aussi comme l’or, qui bat des records, ou les céréales, essentielles pour l’alimentation et dont la flambée semble irrépressible.
 On constate une tendance générale à la hausse des cours de tous les produits alimentaires,  mais, quand on s’en tient aux chiffres de l’année actuelle, on voit qu’elle a été plus accélérée pour le soja, le maïs, le blé et le riz. Ce qui, bien entendu, entraîne un intérêt accru des spéculateurs pour les produits les plus rentables…
 Randy Alonso. Il vaut avoir en ce moment des tonnes de maïs que des billets verts…
 Ariel Terrero. Le papier ne se mange pas, et je ne crois pas qu’il ferait beaucoup de bien à la santé, tandis que le riz, le blé, le pétrole, les investisseurs et spéculateurs espèrent qu’ils vont continuer de monter, ce qui constitue en quelque sorte un cercle vicieux. Si vous placez votre agent dans le dollar, qui est en chute libre, vous êtes sûrs de perdre, tandis que si vous le placez dans ces produits, dans ces céréales, dans l’or, dans le pétrole, vous êtes sûrs de gagner.
 Randy Alonso. Autrement dit, selon toi, ce ne sont pas seulement des facteurs objectifs, comme la hausse du pétrole, des biocarburants, ou encore la crise elle-même, qui jouent, mais aussi la spéculation.
 Ariel Terrero. Exact. Comme tout le monde vend ces produits, mise sur eux, il existe un rapport d’offre et de demande, d’achat et de vente : j’achète un produit, son prix s’élève ; je vends un produit, son prix diminue. Que  font alors les spéculateurs ? Ils liquident leurs possessions en dollars, si bien que ces ventes entraînent la chute de la valeur de cette monnaie ; mais ils achètent ces produits alimentaires ou autres, ils misent sur eux, et leurs cours s’élèvent.  Ce qui vient s’ajouter aux autres facteurs dont nous avons parlé : la dévaluation du dollar implique en soi une tendance inflationniste sur les produits. Ceci s’ajoute au phénomène de biocarburants dont parlait Dimas, et aussi à la tendance réelle de pays en plein essor économique, comme la Chine, l’Inde et d’autres qui, de ce fait, achètent plus. A quoi viennent encore s’ajouter les stratégies des gouvernements eux-mêmes pour se prémunir d’une situation qui s’annonce chaotique : ainsi, des pays nettement exportateurs d’aliments comme le Vietnam pour le riz, l’Argentine pour le blé ou le soja – l’Australie connaît une grave sécheresse, et la Chine aussi – ont adopté des politiques pour freiner – ou du moins ne pas élever – leurs exportations. Par ailleurs, des pays achètent toujours plus : le Mexique, par exemple, a triplé le volume de ses importations de maïs blanc et de maïs jaune pour garantir ses réserves d’un produit essentiel pour ses habitants et pour la fabrication d’aliments pour animaux. Donc, de nombreux pays achètent maintenant pour faire des réserves stratégiques, pour se protéger, ces achats massifs ayant à leur tour influé sur le cours de ces produits.
 Mais le facteur essentiel de tout ce chaos, à mon avis, c’est la politique des USA vis-à-vis du dollar, une politique scandaleuse, ce que tout le monde reconnaît, ce que reconnaissent les principales institutions bancaires et financières du monde, qui ne peuvent pourtant rien faire pratiquement, parce qu’elles sont liées d’une manière ou d’autre à cette monnaie. Il ne convient à aucun pays de commence à liquider ses réserves en dollars, parce que cette monnaie se déprécierait encore plus. Et l’autre facteur clef, c’est la liberté absolue dont jouissent les spéculateurs sur le marché mondial, qui manient des billions de dollars tous les jours sans le moindre contrôle, même si les pays du premier monde commencent à parler d’adoption de mesures destinées à freiner un peu ce qu’ils appellent la volatilité excessive des marchés financiers.  Honnêtement, j’attends pour voir, parce que je ne crois pas que, compte tenu des règles du jeu, ils puissent faire grand-chose.
 La tendance va donc être aux achats effrénés de ces produits par les spéculateurs, ce qui va continuer de faire flamber les cours, en plus des autres facteurs signalés ici. La situation est extrêmement tendue, mais telle est la perspective à court terme ou du moins pour le restant de l’année, car la récession est bel et bien installée aux USA, ce qui va aggraver encore plus le peu de certitude ou de confiance : rares sont les économistes qui voient dans le placement de dollars une alternative sérieuse.
 Randy Alonso. Ce à quoi il faut ajouter, comme le signalait Marisela, les conditions climatiques qui influent à leur tour sur la production mondiale et donc sur les cours de ces produits. En fait, on vit en plein paradoxe : la FAO, les agences de presse internationales et différents observateurs annoncent que la production de céréales mondiale battra des records cette année-ci ! Ainsi, le 3 avril dernier, la FAO a annoncé une augmentation de la production mondiale de riz de 1,8 p. 100 pour 2008, soit 12 millions de tonnes en cas de conditions météorologiques normales, mais aussi, parallèlement, une élévation des cours de ce produit de plus de 50 p. 100 ces derniers mois. Voyons donc le reportage télévisé suivant :

 Journaliste. A Hong Kong, les acheteurs ont emporté tout le riz possible.  La crise de la hausse des cours a touché presque toute l’Asie, de la Chine à la Thaïlande et aux Philippines. A Manille, les acheteurs ont fait la queue pour acheter du riz pour apprendre finalement qu’ils ne pouvaient acheter que trois kilos par personne à un prix qui est pratiquement le double d’il y a  trois mois.
 Mila Gorospe, cliente. Bien sûr que la hausse du prix du riz nous affecte beaucoup. Comment on peut acheter du riz à  40 ou 50 pesos le kilo, alors que nous n’avons même pas de travail ?
 Journaliste. Les prix élevés ont déjà déclenché des protestations aux Philippines, un des plus gros importateurs de riz au monde. Pour apaiser l’indignation de la population, la présidente philippine, Gloria Macapagal Arroyo, a fait importer davantage de livraisons du Vietnam et de Thaïlande, et le gouvernement a pris des mesures énergiques contre l’accaparement.
 Piolito Santos, directeur adjoint régional. Je ne vois aucune raison pour que les Philippins s’inquiètent pour l’instant de la crise du riz. Nous déchargeons assez de riz en provenance de Thaïlande et du Vietnam.
 Journaliste. Le gouvernement a beau dire, la crise ne semble pas diminuer. Au Vietnam les cultures ont été attaquées par un virus qui a réduit les stocks. Qu’a fait le pays ? Réduire ses exportations de 25 p. 100. Le gouvernement tente de conserver plus de riz dans le pays et d’éviter la hausse des prix.
 D’autres exportateurs de riz limitent aussi leurs ventes, ce qui cause de l’inquiétude au sujet des stocks. Les organisations d’aide disent que les pauvres ont commencé à souffrir dans le monde pour avoir dû rationner leurs livraisons.
 Ceci pourrait causer des troubles dans des pays asiatiques et africains, quand les prix élevés commenceront à frapper les gens aux moindres ressources.
 Les experts ne voient aucun allègement à l’horizon. Ils envisagent plutôt un doublement éventuel des cours du riz, un élément de base pour presque la moitié de la population mondiale, dans les prochains mois.

 Randy Alonso. Igor Montero, vice-président de la société cubaine ALIMPORT, qui se charge d’importer les aliments dans notre pays, est bien placé pour nous parler de cette hausse effrénée des cours des aliments – et aussi du pétrole bien entendu – ces dernières années. Comment cette tendance haussière s’est-elle reflétée pour certains des aliments les plus vendus et les plus consommés par la population mondiale ?
 Igor Montero. La tendance a été comme nous l’avions prévue, car les facteurs analysés ici étaient déjà en jeu dès le début de la décennie : contraction de la production, demande accrue, coûts plus élevés, à qui se joignent plus récemment les biocarburants, la spéculation et la faiblesse du dollar. Bref, on voyait que tout ceci allait influer très négativement sur les cours des aliments : pratiquement depuis 2004,  un marché qui était d’acheteurs est devenu un marché de vendeurs.
 Prenez le cas des Philippines, qu’on vient de voir. Elles ont voulu acheter récemment plus d’un million de tonnes de riz sur le marché international et, tout en ayant les ressources requises, elles n’ont pas pu compléter leurs achats, faute de trouver le produit.
 Cette carence a eu bien entendu pour conséquence la flambée des cours des aliments, surtout ces deux dernières années.
 Je voudrais m’aider de quelques graphiques qui montrent bien cette tendance de 2002 à  2008. J’ai choisi des produits qui font partie du panier de la ménagère, non seulement à Cuba, mais dans le monde entier. Le blé, par exemple, dont on fait le pain, un des produits les plus consommés au monde, est passé de 155 dollars la tonne en 2o02 à 435 actuellement, et la tendance est à la hausse.
 Le maïs – qui veut dire œufs, viande et lait – est passé de 127 dollars la tonne à 315 dollars.
 Le riz, de seulement 223 dollars la tonne, est passé à 855 – avec des cotisations minimales de 1 000 dollars – et c’est l’un des produits dont la hausse peut être la plus élevée sur le court terme. Le riz, nous le savons, est un aliment de base dans le monde entier, pas seulement à Cuba : trois milliards de personnes en dépendent, pratiquement la moitié de la population mondiale.
 Les haricots sont passés de 420 dollars la tonne à 1 100 ; les pois chiches, de 250 à presque 800.
 En ce qui concerne le soja, ce qui veut dire, en plus de la consommation directe, lait, œufs et viande, la farine est passé de 200 dollars la tonne à 465 ; l’huile, de seulement 50o dollars à 1 400 et plus.
 Randy Alonso. Presque le triple.
 Igor Monero. Presque le triple. Le poulet et le poisson, des produits de consommation directe, sont passés, pour le poulet, de 600 dollars la tonne en moyenne à 1 300 ; et, pour le poisson, concrètement la carangue gros yeux, celui que nous importons le plus, de 700 à 1 300 dollars, et la tendance est à la hausse. La Niña agit actuellement dans le Pacifique-Sud, ce qui limite sa prise et réduit donc l’offre de ce poisson.
 La situation est donc bien complexe. Mais je crois que le champion dans tout ça, c’est le lait, qui est passé de 1 567 dollars la tonne en 20o2 à plus de 5 000 dollars en 2008, pour se stabiliser maintenant autour de 4 800-4 950 dollars.
 L’an dernier, répondant à une interview de Granma, autour du 26 octobre, j’analysais ce que nous avons coûté cette hausse des cours entre 2006 et 2007 : pour acheter les mêmes quantités d’aliments, nous avons dû payer 250 millions de plus.
 Si l’on compare maintenant entre 2002 et 2008, cette différence en plus est de près d’un milliard de dollars. En 20o2, les produits du panier de la ménagère nous coûtaient 700 millions de dollars ; aujourd’hui, indépendamment de l’augmentation des achats et en ne tenant compte que des cours, ils nous coûtent un milliard de plus ! Voilà la situation actuelle.
 Tout semble indiquer qu’elle se maintiendra en 2008. Certains produits vont subir des crises plus accélérées que d’autres, bien entendu, comme le riz par exemple, ou les produits oléagineux dont les cours sont partis en flèche à cause des gelées qui ont frappé la Chine en début d’année.  Dans le cas du Vietnam, son riz, en plus des basses températures enregistrées dans le Nord du pays, a été victime d’un parasite, ce qui a réduit ses capacités de production et d’exportation, au point que le pays a dû cesser d’exporter un million de tonnes de riz en quelques jours.
 Randy Alonso. Donc, la situation internationale est bien complexe. Pratiquement, tous les aliments les plus importants ont doublé ou triplé de prix sur le marché mondial. Comme le disait Igor, acheter les même aliments qu’en 2002 coûtera cette année à notre pays un milliard de plus. Et merci de tes commentaires.
 La question que nous analysons a une importance capitale, car il s’agit en fait de la survie même de notre espèce. C’est justement à ce sujet que la FAO a lancé un cri d’alerte ces derniers temps. Une réunion importante se déroule même en ce moment à Brasilia qui aborde la question des biocarburants et où plusieurs pays, dont le nôtre, ont dénoncé le rôle que joue leur production dans la réduction des aliments à l’échelle internationale. Pichs ?
 Ramón Pichs. Oui, la FAO et d’autres institutions internationales ont attiré l’attention sur cette urgence alimentaire qui frappe, bien entendu, les pays les plus pauvres, en particulier trente-sept où, dans beaucoup, ont éclaté de violentes émeutes : en  Haïti, en Egypte, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina-Faso, et dans des pays asiatiques.  Autrement dit, un groupe importants de pays où cette flambée des cours alimentaires s’est traduite par de sérieux problèmes, surtout pour les secteurs les plus pauvres.
 Pour ces populations pauvres, les familles consacrent souvent plus de 60 p. 100 de leurs revenus à l’achat d’aliments, alors que dans le monde développé, ce chiffre n’est que de 10 à 20 p. 100. Ceci provoque une situation très difficile pour trois milliards d’être humains pour lesquels une hausse de prix, si minime qu’elle soit, cause de gros problèmes.
 Par ailleurs,  notre monde compte actuellement 850 millions d’affamés. Or, ces chiffres d’affamés ne cessent d’augmenter – il faut constamment les réviser – dans la mesure où les cours des produits alimentaires de base augmentent aussi pour cette combinaison de facteurs dont nous avons parlé.
 La FAO attire l’attention sur le fait que la facture des importations de céréales augmentera  cette année de 56 p. 100 dans les pays pauvres, – après l’avoir fait de 37 p. 100 l’an dernier – voire de jusqu’à 74 p. 100 dans les pays les plus pauvres, autrement dit, les pays africains à déficit alimentaire, des pays extrêmement pauvres et très vulnérables. Comment peuvent-ils faire face à ce genre de situation ?
 Dans les années 80, nombre de ces pays pauvres et déjà fortement endettés ont été contraints d’une manière ou d’une autre de mettre en place des programmes d’ajustement structurel conçus par certaines des institutions qui font maintenant semblant de s’inquiéter de la situation actuelle, telles que le Fonds monétaire international, alors que ce qui l’inquiète le plus, ce sont les troubles, les émeutes, les manifestions contre le système, et non la sécurité alimentaire de ces pauvres. Dans le cadre des ces programmes d’ajustement structurel, donc, nombre de ces pays débiteurs ont été forcés d’orienter fondamentalement leur agriculture vers l’exportation au détriment de l’agriculture de subsistance et de toute une série de produits agricoles qui constituaient la base de leur alimentation.
 Bien entendu, ces programmes visaient à ce que ces pays disposent à tout prix de ressources d’exportation suffisantes pour payer avant tout leur dette et son service. Leur production agricole à des fins intérieures a tellement diminué qu’ils ne sont plus en mesure maintenant de faire face à cette flambée des cours alimentaires. Leur capacité de manœuvre est extrêmement réduite. Si l’on tient compte du fait qu’on a voulu, ces dernières années, suivre une politique très semblable avec les biocarburants, au point qu’on a accordé à ces pays des crédits et d’autres facilités, non pour remettre sur pied leur économie de subsistance totalement désarticulée, mais pour produire des agrocarburants et les exporter – ce qui revient à reprendre le modèle antérieur – et satisfaire ainsi les gaspillages énergétiques du Nord. Cette combinaison de facteurs se traduit par de graves problèmes pour ces pays dont trente-sept, selon les calculs de la FAO, connaissent une situation plus critique.
 Une conférence régionale de la FAO se déroule cette semaine à Brasilia et a pour thème prioritaire la sécurité alimentaire. Début juin, une conférence de haut niveau de cette même institution spécialisée se tiendra à Rome pour aborder ensemble trois des points que nous avons traités à cette Table ronde et à d’autres précédentes : la sécurité alimentaire mondiale, les problèmes des changements climatiques et les biocarburants.
 Le directeur de la FAO, Jacques Diouf, a souligné qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème économique, mais aussi d’un problème social, d’un problème politique qui doit constituer un avertissement et une préoccupation pour le monde en général.
 Randy Alonso. À ce propos, notre Table ronde est allée demander des déclarations au représentant de la FAO  dans notre pays :

Aglaya Díaz, journaliste. La FAO ne cesse de rappeler que le monde compte 850 millions d’affamés. Ce n’est pourtant que maintenant que les grands médias internationaux se décident à parler de crise alimentaire.
Marcio Porto. Oui, c’est seulement maintenant qu’on parle de la faim à ce niveau avec de nouveaux interlocuteurs, et pas seulement avec ceux qui ont vraiment faim. Le problème actuel n’est pas un simple problème de faim : c’est un problème de commerce, de cours des produits, et il y a une grande différence entre parler de marché et de commerce et de parler de la faim.
Aglaya Díaz. La hausse des cours des aliments est le résultat d’une série de facteurs simultanés.
Marcio Porto. Ce sont essentiellement quatre facteurs : 1) la flambée inouïe des cours du pétrole, à plus de 110 dollars le baril, si bien que les coûts de production agricole ont augmenté, ceux des intrants, du transport et de la distribution, qui ont des retombées négatives sur les cours des aliments ; 2) la croissance économique de pays émergents, surtout des pays très peuplés comme la Chine et l’Inde ; 3) des phénomènes climatiques, dont beaucoup sont survenus l’an dernier, qui ont causé des pertes de semailles et de récoltes ; 4) la spéculation sur les marchés, où joue la concurrence entre la production d’aliments et la production d’agrocarburants.
Aglaya Díaz. Selon cet expert, bien que l’idée de produire des agrocarburants à partir d’aliments soit née dans les années 70, c’est maintenant qu’elle constitue un problème à cause de l’ampleur avec laquelle les pays développés prétendent la développer.
Marcio Porto. Le problème est double : l’échelle à laquelle on pense substituer les carburants aux aliments et la matière première que l’on prétend employer. Aux USA, par exemple, c’est le maïs. Il est difficile de comparer l’effet qu’ont l’utilisation de la canne à sucre et l’utilisation du maïs pour produire de l’éthanol sur la production des aliments, car les gens consomment beaucoup plus de maïs que de sucre. Donc, le choix de la matière première est important.
Aglaya Díaz. L’expert de la FAO estime que l’avenir est peu prometteur, que la situation est critique, surtout en matière de distribution.
Marcio Porto. Le problème n’est pas une carence d’aliments, mais une mauvaise distribution. Le monde produit plus d’aliments qu’il n’en consomme. Notre continent, par exemple, en est un exportateur net : il produit 30 p. 100 de plus que ce dont il a besoin. Si la situation est toutefois critique, c’est que l’accès aux aliments n’est pas le même pour tous. Dans ce domaine, l’inégalité est criante, ce qui explique essentiellement pourquoi notre monde compte encore 854 millions de personnes à insécurité alimentaire, dont 52 millions de Latino-Américains.
Aglaya Díaz. La FAO a convoqué une réunion de haut niveau en juin prochain sur la sécurité alimentaire, sur les changements climatiques et sur les agrocarburants.
Marcio Porto. Elle est très importante. Cuba a un rôle très important à jouer dans cette réunion de ce niveau, dans la mesure où elle n’a cessé d’alerter le reste du monde au sujet des cours des aliments. Cette conférence aura donc beaucoup à gagner avec la présence de Cuba. Et c’est cela que souhaite la FAO : que ses membres discutent à haut niveau des stratégies à mettre en place.
Aglaya Diaz. Le système de distribution est intenable. La FAO avertit que seuls le consensus et la recherche créatrice de solutions de rechange pourront permettre de régler le problème alimentaire dans le monde.

 Randy Alonso. Comme le signalait Pichs, d’autres institutions bien discréditées, mais qui continuent d’avoir des échos dans les médias internationaux, comme le Fonds monétaire et la Banque mondiale, cherchent à attirer l’attention de la communauté internationale sur cette flambée des cours alimentaires et lancent des avertissements. Que dis-tu de ces opinions-là ?
 Ariel Terrero. Elles feraient rire si la situation n’était pas si dramatique et si la vie de tant de millions de gens, dont celle d’enfants, n’était pas en jeu. Ainsi, la semaine passée, on a eu droit à des déclarations d’organismes comme le FMI, qui a été le gendarme financier de l’ensemble de la politique néolibérale imposé depuis les années 90, ou la Banque mondiale et les groupes de pouvoir du capitalisme mondial – je parle de ceux qui tiennent si mal les rênes du pouvoir dans les nations riches, le groupe des sept nations les plus industrialisées, auquel se joint maintenant la Russie, le Groupe des Huit. Ces institutions et ces groupes de pouvoir sont bien entendu très inquiets non de la faim en soi – que les gens meurent de faim n’est malheureusement pas une nouveauté – mais des conséquences que cette situation pourrait avoir sur la stabilité du système.
 J’ai devant moi une dépêche de vendredi dernier tout à fait surprenante, et dont je vais vous lire le chapeau pour que vous voyiez les choses qui peuvent arriver dans notre monde : « Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a tenu à inscrire la hausse des cours des aliments à l’ordre du jour mondial en appelant les leaders du Groupe des Huit à la contrecarrer et à examiner les retombées de la production d’agrocarburants sur les coûts des aliments. » Il a adressé une lettre à ses pairs des nations les plus riches parce qu’ils sont tous très inquiets. Inscrire la hausse des prix à l’ordre du jour mondial ! Je n’en crois pas mes yeux. Comme s’il avait été le premier !
 Mais, bien entendu, ce serait trop demander à ces gros capitalistes de reconnaître que c’est Fidel qui, parmi les dirigeants mondiaux, a été le premier à alerter, et très tôt, au sujet des agrocarburants. Mais des chercheurs, des scientifiques et même des hommes d’affaires ont averti au sujet de ce grave problème aliments/biocarburants. Depuis, on ne cesse d’en parler. Alors, comment affirmer que c’est l’ineffable Premier ministre britannique qui a découvert le pot aux roses !
 Mais n’en restons pas là. Robert Zoellick, l’homme de la Banque mondiale, lance aussi un appel à un New Deal, à la façon dont Franklin Delano Roosevelt avait lancé cette politique dans les années 30 pour faire face à la Grande Dépression et sauver le capitalisme. Quel parallèle historique ! Un pacte des puissants pour tenter de freiner le désastre alimentaire qui s’approche. Mais ce n’est pas tout. Le tout récent président du Fonds monétaire, le Français Dominique Strauss-Kahn, a affirmé que des centaines de milliers de personnes couraient des risques d’inanition ! Seulement des centaines de milliers ? Avec la moitié de la population mondiale vivant au seuil de la pauvreté et environ un milliard de personnes qui se couchent la faim au ventre !
 Randy Alonso. C’est un peu juste, en effet…
 Ariel Terrero. Un peu juste, non ; c’est insultant ! Des centaines de milliers ! Voyez ce que dit cet homme : « Des milliers, des centaines de milliers de personnes souffriront de faim ; les enfants souffriront de malnutrition, ce qui aura des conséquences pour le restant de leurs jours. »  Non seulement, il donne des chiffres ridiculement bas, mais il parle en plus au futur : « souffriront », « des choses graves vont arriver »… Oui, on peut se demander : que se passe-t-il donc pour qu’après tant d’années de catastrophes économiques, de la moitié du monde plongée dans la pauvreté et la marginalisation, ces organismes s’en inquiètent maintenant ? Est-ce donc les biocarburants qui les tracassent, ou alors la stabilité du monde, les risques que peuvent provoquer ces politiques-là, ces émeutes, ces révolutions qui pourraient voir le jour, et qui sont même en train de le voir sur notre continent ? Ont-ils donc peur pour la stabilité d’un monde fondé avant tout – et créé dans ce but – sur une distribution foncièrement déséquilibrée, inéquitable des richesses, où le Nord riche vit grâce à la pauvreté du Sud ? On dirait que les pauvres du Sud commencent à se lasser de leur rôle, et c’est cela qui inquiète le Nord. Pourtant, ce Nord n’a même pas la décence d’appeler les choses par leur nom et nous affirme sans broncher : « Des centaines de milliers de personnes vont avoir faim » !
 Randy Alonso. La sinistre ironie de la politique actuelle… En tout cas, les pays les plus pauvres, tu le disais, vivent une situation tragique. Sur notre continent, c’est le cas d’Haïti, dont on a parlé ces derniers jours. Voyons comment Telesur voit les choses :

Citoyen. Lundi matin, si le prix du riz ne descend pas beaucoup, nous descendrons de nouveau dans la rue, parce que rien n’a changé pour l’instant.
Journaliste. La baisse des prix du riz se fera de concert avec les importateurs privés qui assumeront un manque à gagner de trois dollars par sac, tandis que le gouvernement prendra le reste en charge.
René Préval, président haïtien. Nous n’allons pas subventionner avec de l’argent public. Grâce à la coopération internationale, nous disposons de trois millions de dollars en vue de subventions : nous apporterons cinq dollars pour que le sac puisse passer à quarante-trois dollars. Si nous pouvons disposer de plus, nous l’ajouterons pour que le sac puisse diminuer encore plus.
Journaliste. En attendant, le parlement étudie la nomination d’un nouveau Premier ministre, après que les sénateurs de l’opposition ont obtenu la démission de Jacques-Edouard Alexis, l’accusant de ne pas être arrivé à contrecarrer la hausse constante du coût de la vie.  Le président Préval, bien qu’en désaccord, a accepté cette motion de censure contre son Premier ministre.

 Randy Alonso. Voilà la situation en Haïti : un Premier ministre chute à la suite des émeutes massives qu’0nt provoquées les hausses du prix du riz. Ces émeutes dont parlent des politiciens et que redoutent tant les organismes internationaux. Et ils ont raison, parce que, dans les pays les plus pauvres, les habitants ne supportent plus leur faim au ventre et les hausses continuelles des denrées alimentaires. Des médias alertent à ce sujet, et des observateurs, des spécialistes. Ce dont nous parle notre journaliste Aixa Hevia, surfant sur Internet.
 Axia Hevia. La première nouvelle concerne une autre institution internationale, l’Unicef, dont la porte-parole, Véronique Taveau, s’est dite extrêmement inquiète devant la hausse des produits de première nécessité, car cela aurait de graves conséquences sur les foyers, car les familles seraient obligées de réduire leurs dépenses et de retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler. Ici, l’inquiétude porte sur l’éducation.
 Même les médias étasuniens ont commencé à s’inquiéter de cette crise alimentaire causée par la hausse des prix, comme le confirment les articles d’opinion. Ainsi, certains commentaires affirment que les aliments et le pétrole bon marché appartiennent à une époque révolue dans le monde.  Des médias alternatifs analysent cette crise alimentaire. Ainsi, Juan Carlos Guerra analyse dans Rebelión, ce media espagnol, la hausse des prix, en 2007, du blé, du riz et du soja qui sont, avec le riz, les aliments les plus consommés au monde : le riz, le blé et le maïs constituent à eux  trois plus de la moitié de la production alimentaire mondiale. Selon la FAO, le blé est l’aliment de base de 2,5 milliards de personnes et celui qui fournit le plus de calories et de protéines ; il occupe 17 p. 100 des terres arables dans le monde, tandis que le riz et le maïs sont les aliments les plus consommés en Asie, en Amérique latine et en Afrique, constituant le quart de la consommation alimentaire des régions les plus pauvres de la planète. L’article analyse les conséquences de cette flambée des cours pour ces régions.
 On parle aussi des explosions sociales que cause cette hausse des aliments dans nombre de ces pays,  non seulement dans notre région, mais encore en Afrique.
 La FAO alerte au sujet de ce qui risque d’arriver, et voici l’une des informations les plus diffusées sur Internet : « Début avril, la hausse des cours des produits agricoles a engendré de graves émeutes sociales dans la région », a signalé José Graciano da Silva, directeur général de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes, ce que d’autres fonctionnaires ont affirmé ces jours-ci.
 En Haïti, ces protestations ont causé la mort de cinq personnes dans la semaine. En Egypte, la crise du pain, l’aliment essentiel, a causé la mort de plus de cinquante personnes ces deux derniers mois à cause des bousculades pour en acheter, dont quinze morts rien qu’en une semaine. Le prix du pain a monté de 35 p. 100, et celui de l’huile de 26 p. 100.
 On trouve aussi sur Internet de tristes images de troubles en Inde, en Côte-d’Ivoire, aux Philippines, dans ce cas pour le riz.
 Selon Europa Press, de ce lundi, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a alerté au sujet de la hausse rapide des aliments et dit que cent millions de personnes de plus pourraient sombrer dans la misère.
 Les informations selon lesquelles le FMI et la Banque mondiale accusent maintenant les agrocarburants de la crise ont été largement diffusées ces jours-ci. L’Europe est préoccupée à son tour des conséquences des biocarburants.
 J’ai aussi découvert quelque chose de très intéressant : pour les médias, surtout alternatifs, qui s’attachent à analyser les phénomènes agro-écologiques, les Réflexions de Fidel sont des références.  De même, depuis avril-mai de l’an dernier, l’ONU partageait les inquiétudes de Fidel au sujet des agrocarburants, tandis que des organes aussi prestigieux dans le monde que The Economist et The New York Times donnaient raison à Fidel.
 
Randy Alonso. A ces nouvelles d’Aixa, il faudrait en ajouter une de cet après-midi : l’Unesco a averti que la hausse des cours des produits alimentaires risquait de provoquer une explosion sociale imminente si les pays agricoles ne réforment pas leurs politiques, tandis que des pays touchés, comme les Philippines et l’Indonésie, tentent d’organiser l’approvisionnement des plus pauvres.  Le document, élaboré par quatre cents scientifiques, se fait l’écho de cette crainte d’une vague planétaire de troubles sociaux et politiques. Je te remercie, Aixa, de tes commentaires.

[Documentaire vidéo :
Journaliste. Le problème de la faim s’observe techniquement sous deux formes : en tant que sous-alimentation, il traduit une consommation quotidienne de calories insuffisante ; en tant que dénutrition, il expose les difficultés des gens à absorber les nutriments des aliments. Mais, indépendamment de ces concepts techniques, la persistance de la faim compromet la vie de ceux qui en souffrent. 14 p. 100 de la population mondiale souffre de la faim. Trois continents concentrent 93 p. 100 de la population mondiale dans ce cas. En Asie et dans le Pacifique, la faim touche 16 p. 10o de la population ; en Afrique et au Moyen-Orient, 42 p. 100 ; en Amérique latine et dans les Caraïbes, 10 p. 100, avec de plus forts pourcentages en Haïti, au Guatemala, au Nicaragua, en Equateur, au Pérou, en Bolivie et au Paraguay.
 Elizabeth Gutiérrez, médecin péruvien. Dans ce département, il y a une grande quantité d’enfants dénutris. Il n’y aura aucun développement tant qu’on ne luttera pas contre la dénutrition. Le développement humain n’y existera pas.
José Graciano da Silva, représentant de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Si les enfants ont faim, ils auront beau aller à l’école, mais ils n’apprendront rien ; si une maman a faim, elle ne peut pas alimenter correctement son enfant ; un travailleur affamé a une faible productivité.
Francisca Madani, Bolivienne. Parfois, on a mangé, parfois pas, parce que Dieu seul sait pourquoi il n’y a pas de travail.
José Graciano da Silva. Sauf en Afrique, l’existence d’affamés est faute de ressources, et non faute de produits : autrement dit, les gens n’ont pas d’argent pour acheter les produits nécessaires, c’est le cas de l’Amérique latine. On estime aujourd’hui que la production alimentaire de l’Amérique latine est quatre fois supérieure aux besoins réels. Bref, ça devrait être un sous-continent où la faim n’existe pas.
Carmelo Gallardo, du Programme de sécurité alimentaire pour l’Amérique centrale. Toute une série de problèmes structurels très difficiles à régler se maintient : une grande inégalité, une géographie difficile à vulnérabilité environnementale, des problèmes de propriété de la terre, les changements climatiques, des sécheresses plus prolongées.
Journaliste. Eliminer la pauvreté extrême et la faim sont le premier des Objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000 par 184 pays des Nations Unies.
José Graciano da Silva. La pauvreté engendre la faim,  mais la faim engendre aussi la pauvreté.
Jorge Chediek, coordinateur de l’ONU au Pérou. Ni la pauvreté ni la faim ne se solutionnent par une approche unisectorielle, il faut des réponses multisectorielles. Par exemple, la faim n’est pas simplement un problème de repas ou de production de repas, il existe des facteurs culturels, des facteurs d’eau, d’assainissement, d’éducation, de coction des aliments. Si tout ceci n’est pas abordé intégralement, l’impact voulu ne sera pas atteint.
Journaliste. Le concept du droit à l’alimentation a été repris pour donne la priorité à la suppression de la faim.
Carlos Condorin, Bolivien. Tout être humain devrait avoir ce droit à pouvoir d’une certaine manière protéger sa santé, se nourrir.
Walter Belik, coordonnateur de l’Initiative de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Les gens peuvent, en poussant les choses à l’extrême, engager un procès contre l’Etat s’ils n’ont pas de quoi manger. C’est un pas important dans l’évolution des droits.
José Graciano da Silva. C’est pour cela que nous nous battons : que les pays acceptent à titre de loi le droit de l’homme à l’alimentation.].

 Randy Alonso.  Nous sommes donc devant une crise internationale qui aura une importance capitale pour l’avenir de l’humanité. Qu’en penses-tu, Dimas ?
 Eduardo Dimas. Une crise qui, comme toute les autres, frappent surtout les pays pauvre, autrement dit ceux qui ont le moins de capacité de réponse. Ces trente-sept pays dont on parle comprennent vingt et un pays africains, neuf asiatiques, parmi lesquels il vaut la peine d’en signaler deux : l’Iraq et l’Afghanistan, les deux pays attaqués par les USA, quatre latino-américains et deux européens.
 Mais je voudrais signaler un point important : quel sont les gros bénéficiaires de cette crise ? Les transnationales qui vendent des produits alimentaires et les transnationales produisant des OGM. Pour les premières, il est facile de comprendre pourquoi ; pour les secondes, c’est le meilleur moment pour introduire des semences transgéniques qui transforment les paysans, quels qu’ils soient, nous le savons, en dépendants de ces OGM. Nous ne pouvons l’oublier, car ce facteur est latent dans toute cette crise.
 Randy Alonso. Igor, cette crise internationale touche bien entendu Cuba, qui doit dépenser infiniment plus pour acheter les mêmes quantités de produits alimentaires. Comment Cuba s’en sort-elle ?
 Igor Montero. Oui, c’est un gros problème, bien sûr. Notre pays, toutefois, prévoyant cette situation parce qu’il était au courant depuis longtemps, a pris une série de mesures qui ont pu amortir un peu les effets de cette facture alimentaire accrue. Mais la solution n’est pas là. Pour paraphraser ce que disait le compañero Raúl Castro le 26 juillet dernier, la solution est qu’il faut produire pour avoir plus. Et nous devons produire en faisant preuve de rationalité et d’efficience, afin de pouvoir réduire nos importations, surtout des produits que nous pouvons faire pousser ici. Or, la production agricole nationale est loin de satisfaire les besoins.
 Mais on commence à constater les premiers résultats. Ariel signalait précisément dans son programme de la matinée une augmentation des productions de lait, d’œufs, de viande de porc. Il existe une politique bien coordonnée pour substituer des importations de produits de base, pas seulement ceux du panier de la ménagère, mais aussi de produits destinés au tourisme et au marché intérieur en devises. Et notre pays étudie toute une série d’autres mesures pour mieux rationaliser certaines consommations en les adoptant à la réalité actuelle.
 Mais nous ne devons jamais oublier que notre pays, à la différence de tous les autres, est soumis depuis très longtemps à un blocus économique, commercial et financier rigoureux, et maintenant renforcé depuis Bush, de la part des USA. Nous devons donc être très prévoyants sur le plan économique et adopter toute les mesures requises justement pour réduire les effets désormais mondiaux de la crise qui, dans notre cas, viennent aggraver ceux du blocus.
 Randy Alonso. Ariel aborde cette situation depuis longtemps dans ses commentaires télévisés et dans sa chronique de la revue  Bohemia. Notre pays, faut-il le rappeler, a garanti le droit de tous ses citoyens à l’alimentation, sans la moindre exclusion, et il doit donc faire face à cette crise en conservant cette politique de non-exclusion. Mais je crois que nos meilleures réserves, indépendamment de ce que notre pays peut faire en matière d’importations de produits étrangers, sont en nous-mêmes.
 Ariel Terrero. Exact. La différence avec les autres pays, c’est que les Cubains pensent que nous sommes à part de cette situation, parce qu’il ne constate pas dans sa consommation quotidienne les brusques hausses des prix qui sont monnaie courante ailleurs, et même dans les pays du premier monde – je me rappelle que, l’an dernier, les Italiens ont fait en quelque sorte la « grève des spaghettis » pendant une journée pour protester contre les prix élevés de ce produit. Ici, les prix ne flambent pas ou n’oscillent pas comme ils le font ailleurs.
 Ainsi, même si la farine de blé, on l’a vu, a énormément renchéri, le prix du pain est resté le même. Oui, mais ce maintien des prix intérieurs pèse lourdement sur l’économie nationale, sur notre Etat, qui doit dès lors y consacrer des sommes qu’il pourrait destiner à d’autres investissements en faveur de la population. Ce qui nous ramène à un point clef : la sécurité alimentaire qui est pour nous, comme le rappelait Igor, doublement importante à cause du blocus et à cause de la crise mondiale.
 Notre pays a fait de nombreux investissements, depuis la construction de silos pour augmenter les capacités de stockage des réserves alimentaires jusqu’aux mesures actuellement en cours pour élever la production nationale et mieux satisfaire par conséquent nos besoins sans avoir à tant importer.
 Un exemple : la hausse des prix d’achat aux producteurs de lait a entraîné une élévation de la production. Pareil pour la production de viande de porc, au point que, depuis février de l’an dernier,  notre pays a cessé d’en importer et satisfait à ses propres besoins, même dans le tourisme.
 Randy Alonso. Je me rappelle que dans un des ses interventions spéciales en 2005, Fidel avait annoncé ce genre de mesures qui donnent maintenant leurs premiers fruits.
 Ariel Terrero. Exact. Il se passe la même chose dans la production de pommes de terre, dans d’autres productions, dans celle du riz, par exemple, qui a commencé à décoller, quoique encore très lentement. Cuba est en mesure de produire du riz. Ce n’est pas le cas du blé, à cause du climat, et nous devrons toujours en importer, mais nous devrions être capables de produire tout le riz dont nous avons besoin et de produire des céréales destinées à l’alimentation du bétail. Bref, Cuba dispose des capacités et nous devons les utiliser à fond.  Les mesures récemment adoptées vont dans ce sens et peuvent donner de bonnes surprises sur ce point clef : la sécurité alimentaire.
 Randy Alonso. Je vous remercie tous de vos interventions à cette Table ronde qui constitue, je crois, une petit contribution pour mieux faire comprendre à notre population la réalité dans ce domaine, pour lui faire mieux prendre conscience, pour élever sa culture économique, parce que la situation alimentaire mondiale a forcément des retombées sur notre pays et doit nous inviter tous à chercher des solutions, à être plus efficaces, à chercher nos propres solutions pour faire face à cette très grave crise alimentaire mondiale.
Bonsoir à tous et à demain.
 

22:12 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, courcelles, histoire, actualite, romain, economie, presse, medias, silence, information, television, capitalisme, democratie | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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