19/11/2016

COMMENT ONT-ILS INCENDIE L'INSTITUT KURDE IL Y A 18 ANS?

Sent: Saturday, November 19, 2016 2:31 PM
lpv/lcg/wp/bl
Subject: COMMENT ONT-ILS INCENDIE L'INSTITUT KURDE IL Y A 18 ANS?
 

Extrait de mes mémoires d'exil:

Lorsqu’Öcalan se trouvait en Italie, des manifestations sauvages se déroulaient non seulement en Turquie, mais dans les métropoles européennes où se trouvaient de fortes communautés d’immigrés turcs, excités par les propos agressifs des dirigeants turcs, les articles des journaux turcs, et les émissions des chaînes de télévision turques.

Le premier résultat déplorable de ces incitations à la haine se produisit à Bruxelles, capitale de l’Europe, la nuit du 17 novembre 1998. Nous suivions le dernier bulletin d’informations du jour lorsqu’un ami nous téléphona de Saint-Josse pour nous annoncer que les locaux kurdes de la rue Bonneels avaient été incendiés.

Le premier était celui de l’Institut kurde de Bruxelles, l’autre celui de l’Association culturelle du Kurdistan, membre de la Fédération des associations kurdes en Europe. Les agresseurs en avaient profité pour molester un commerce assyrien rue Verbist.

Ce qui était impardonnable côté belge était que la police, qui était au courant que des jeunes, incités depuis des jours à l’action, s’étaient réunis sur une place à quelques kilomètres de là, et s’étaient mis en branle vers la rue Bonneels en brandissant des drapeaux turcs et du MHP et en scandant des slogans antikurdes, avait observé de loin sans intervenir l’incendie volontaire des deux locaux.

Les témoins des événements ont raconté que la foule en délire, une fois le feu bouté aux locaux kurdes, s’était dirigée vers les locaux d’Info-Türk situés deux rues plus loin, toujours scandant des slogans, mais que certains journalistes turcs les en auraient dissuadés en disant : « C’est un organe de presse, là-bas, si vous vous y attaquez, la réaction belge sera forte.» Fort heureusement, comme personne ne se trouvait dans ces locaux à ce moment-là, il n’y eu pas de victime à déplorer.

Le lendemain matin, les événements de Saint-Josse faisaient la une des journaux, des radios et des chaînes de télévision en Belgique. Le plus grand quotidien belge, Le Soir, titrait : « Violences kurdes à Bruxelles». Or, depuis des jours, nous mettions en garde les autorités et les médias belges contre l’éventualité prochaine d’une agression contre les Kurdes. Il n’y avait pas encore quatre ans que les manifestants kurdes qui marchaient dans le même quartier pour la liberté s’étaient fait agresser.

L’Institut kurde de Bruxelles, l’Association des Arméniens démocrates, le Centre culturel du Kurdistan, le Centre culturel Mésopotamie et Info- Türk publièrent un communiqué conjoint pour protester contre les agressions et contre l’attitude de la police à l’égard de celles-ci. Nous appelions les autorités belges à prendre les mesures nécessaires pour que de telles agressions ne se reproduisent plus dans la commune où vivait en paix le microcosme anatolien.

Le même soir, les chaînes de télévision turques diffusaient en boucle les images et les informations relatives aux événements avec les commentaires les plus incendiaires. Les meilleures prises de vues en plans les plus serrés, qui permettaient l’identification des agresseurs, étaient celles de Show TV, que nous enregistrâmes immédiatement.

Les dirigeants de l’Institut kurde tinrent une conférence de presse dans les ruines des locaux incendiés, et montrèrent les dommages aux journalistes belges. Je pris également la parole à cette occasion pour critiquer vivement la manière dont les médias belges avaient montré les événements. Le grand reporter de RTL, Marie-Rose Armesto, demanda :

- Je vais m’occuper de l’affaire, mais avez-vous suffisamment de preuves ?
- Et comment ! Viens tout de suite chez nous, dis-je.

Sur les images de Show TV, on voyait très nettement les drapeaux aux trois croissants des agresseurs, les signes de reconnaissance des Loups gris, et le visage d’un certain nombre de participants aux événements.

Choquée par les images, Marie-Rose dit :
- Je ne peux pas diffuser ces images telles quelles pour des questions de droits d’auteur. Ce qui serait bien, c’est que je fasse des plans rapprochés de ces images te montrant regarder la télévision, tout en passant simultanément tes commentaires.

Le reportage fut emballé en une demi-heure. Marie-Rose ne se contenta pas de diffuser ces images sur RTL, elle les distribua à toutes les chaînes de télévision francophones et néerlandophones et permit ainsi aux téléspectateurs de connaître la vérité.

Désormais, plus personne ne pouvait dissimuler la vérité. Il fallut bien traîner en justice les personnes dont l’identité avait été révélée par les enregistrements, mais rien ne fut fait à l’encontre des diplomates turcs ainsi que des associations et médias turcs qu’ils manipulaient. En outre, à l’issue des procédures qui durèrent des années, aucun des saboteurs ne fut condamné. Un seul jeune, qui fut jugé meneur, fut condamné à un mois de travaux d’intérêt général dans une association !

(Dogan Özgüden, Journaliste "apatride", Academic and Scientific Publishers, Bruxelles 2014)

 
linkedin
53, rue de Pavie
1000 BRUXELLES
Tel: (32-2) 215 35 76
Fax: (32-2) 215 58 60
 

21:52 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.